‹ La question sociale et le socialisme en HongrieChapitre 51 sur 122 · SON ORGANISATION ET SES CHEFS · texte numérisé non relu

SON ORGANISATION ET SES CHEFS

I. Le parti social-démocrate : son organisation centraliste et- non fédéraliste; les raisons de cette organisation: la faiblesse du mouvement nationaliste en Hongrie, l'absence de provinces autonomes, le petit nombre d'adhérents au socialisme dans les nationalités ; les groupes locaux, le congrès national et le comité directeur. Les chefs du parti : l’ancien et le nouveau comité directeur; MM. Goldner, Weltner, Kardos, Garami et les causés de leur remplacement; les intellectuels et le parti: MM. Bokanyi, Jaszaï el le poète-paysan Sandor Csizmadia ; le Dr Ervin Szabo.

IT. L'organisation syndicale : la centralisation: les deux organismes Séparés pour les ouvriers industriels et pour les ouvriers agricoles : la fédération des travailleurs des champs. Les ouvriers industriels : le conseil syndical, le secrétariat permanent du travail, le congrès syndical; les fédérations de métiers, l'exemple de la fédération des ouvriers du bâtiment, son organisation, les groupes locaux et leur cercle d'action ; les ouvriers des mines ; les organisations locales de corporations encore non fédérées ; l'organisation du prolétariat féminin : les femmes dans les syndicats, l'Union des ouvrières de Hongrie; la dissolution de syndicats ou de fédérations et les sociétés secrètes ; les associations libres pour fonds de grèves ; le personnel directeur des’ syndicats.

IT. Les rapports du parti et des syndicats : les organisations théoriquement distinctes et les directions de fait données aux syndicats par le comité directeur du parti ; les syndicats au service du parti ; le désir d'autonomie des syndicats, la conquête de la direction du parti par les chefs des syndicats.

L'organisation actuelle du parti social-démocrate date de 1903 ; le 10° congrès adopta les statuts nouveaux

qu'avait proposé le comité du parti. Ces statuts ont été partiellement revisés au congrès d'avril 1908.

Le trait dominant de cette organisation, c’est d’être centraliste et non fédéraliste ou nationaliste : le parti hongrois est donc à cet égard essentiellement différent du parti autrichien.

Les causes de cette différence sont multiples : le mouvement nationaliste en Hongrie est encore assez faible, il n'y existe pas de pays autonomes qui auraient pu devenir le cadre ou le centre de ce mouvement; enfin, le socialisme compte ses adhérents surtout chez les magyars et les allemands ; ils sont encore en assez petit nombre dans les autres nationalités.

En Autriche, si l'organisation est toute différente, c’est que les circonstances sont tout autres. Il n’y a, en effet, actuellement aucun rapprochement à faire entre le mouvement nationaliste en Autriche et celui existant en Hongrie. Il y a sans doute en Hongrie des minorités roumaines irrédentistes, composées de bourgeois de certaines villes mécontents de l’hégémonie magyare, qui leur ferme toute carrière publique, mécontents surtout des procédés de fonctionnaires locaux qui aiment à faire du zèle, créer des factieux pour se donner aux yeux du pouvoir le mérite de la vigilance, et commettre des actes arbitraires. Mais la force du mouvement nationaliste à l'heure actuelle est encore très faible : les magyars sont quelquefois portés à l’exagérer aux yeux de l'Europe, pour légitimer leurs mesures répressives ou leur opposition à certaines réformes ; les nationalités font de même dans le dessein de montrer à quel point elles sont opprimées. En réalité, la seule revendication généralisée est celle de l'usage libre de la langue nationale ; au surplus, le mécontentement et l'opposition proviennent des atteintes portées

à ce libre usage et surtout de la situation économique. Le malaise social, qui règne dans le centre de la Hongrie, se retrouve sur les marches du pays, où habitent les nationalités. Et la les revendications sociales s'expriment parfois sous une forme nationale, quand quelque prètre, quelque pope ou quelque bourgeois propagandiste à fait office d’agitation chez les paysans. Les députés des nationalités sont élus tout autant, sinon plus, parce qu’ils sont des démocrates que parce qu’ils sont des nationalistes. Ils doivent épouser toutes les revendications populaires sous peine de n'être plus en communion d'idées avec la masse : aussi les députés roumains, qui sont les plus nombreux, doivent se présenter sous un aspect avant tout démocratique, tandis qu'autrefois ils excitaient surtout le chauvinisme roumain. Comme, chez les nationalités, il n'y a pas d’aristocratie et peu de riche bourgeoisie, les petits bourgeoïis et le pauvre clergé ont dû se faire les défenseurs des paysans contre l'aristocratie magyare pour garder de l’influence et gagner le peuple à leur cause. Ils profitent de la différence de race pour doubler le conflit social du confit national ; mais les observateurs impartiaux s'accordent à dire qu’en général la masse des pysans des nationalités éprouvent actuellement des ressentiments sociaux et non des haines de race ; cette situation peut se modifier, mais pour lheure ils ne pensent point à lutter contre l'État magyar; mais démandèent seulement des conditions de vie meilleures et le maintien de leur langue et de leurs usages.

La faiblesse présente du mouvement purement « nationialisie » explique déjà qu'on n’ait point eu jusqu’à présent à en tenir compte dans l’organisation du parti social-démocrate. Toutefois, on à fait à l'idée nationale la part qui convenait à la réalité actuelle, en proclamanit la liberté de la langue dans les congrès du parti, dans les communica-

tions et, autant que la pratique le permet, én loute matière.

D'autre part, il n’existe pas en Hongrie de pays ou provinces autonomes qui forment lé cadre ou le centre naturel d’un mouvement nationaliste. La Croatie mise à part, comme une exception sur laquelle ne porte pas spécialement cette étude, la Hongrie proprement dite est un pays centralisé comme là France, dont les comitats sont les départements et où Budapest joue le même rôle que Paris. Sans doute, il aurait été possible de créer une organisation fédérale, personnelle et non territoriale ; mais une telle œuvre-n'aboutit que s’il existe au moins un centre territorial autonome ou un mouvement national très puissant. Or, ni l’un ni l’autre n’existent en Hongrie, et ceci encore explique l’organisation centraliste du parti social-démocrate. ‘

Enfin, jusqu’à présent le socialisme a recruté ses partisans surtout chez les magvyars et chez les allemands. Ses centres de développement sont les milieux industriels des grandes villes, Budapest, Poszony, Temesvar, Arad, Sabadka, ete., et des régions minières du Banat. Or, la masse des ouvriers y est magyare ou allemande ; là où une assez forte minorité nationale existe, comme à Poszony (Pressbourg) les ouvriers slovaques, on se contente d’y fonder ut journal dans la langue de cette minorité ; sans doute, il y a dans les usines un grand nombre d'ouvriers d'autre race, mais aucune autre nation n’y est encore représentée par un fott contingent de ses enfants, concentré dans le même lieu.

Quant aux milieux agraïres, le socialisrne y prend corps surtout dans l’AIfüld et le centre de la Hongrie, pays peuplé exclusivement de magyars, où les latifundia et les salariés sont nombreux, Dans la Transylvanie, si la petite

propriété est assez étendue, la pauvreté et le joug auquel sont soumis les paysans roumains avaient fait éclore de grandes espérances‘; un journal hebdomadaire, l’Adeverul, avait été créé pour être l'organe central du mouvement socialiste roumain ; mais il semble que jusqu’à présent les petits paysans roumains expriment plus volontiers leurs revendications par la voix de leurs députés démocrates et que le contact avec eux soit malaisé à prendre,

Dans le nord, les paysans slovaques sont d’une ignorance extrème, qui les rend encore impénétrables au socialisme. Leur misère, qui est la plus grande peut-être de Hongrie, ne provoque chez eux que la soumission aux conseils de leurs prêtres, dont quelques-uns ont des vel- Iéités anti-hongroises. Chez les slaves du sud de la Hongrie, le milieu serbe,est plus développé intellectuellement, moins misérable, plus indépendant aussi des fonctionnaires locaux ; aussi le prolétariat serbe accueille avec une certaine faveur les idées nouvelles : depuis 1902, la distribuüon de brochures et l'apparition d’un journal mensuel, puis hebdomadaire, la Narodna Recs, a créé quelques noyaux d'adhérents ; les efforts du parti ont même fondé à Budapest, en 1903, un journal en langue serbo-croate et en caractères latins, le Crvena Slovlete, destiné aux populaons croates de Croatie et de Hongrie ?. Mais, somme toute, si de petits centres d’agitation ont pu ainsi être établis, ils n'ontencore qu’une minime im portance et ne vivent pas d’une vie propre.

Ainsi le socialisme ne s’est implanté encore ni dans les milieux roumains et ruthènes, nichezles paysans slovaques ; il a recruté quelques adeptes chez les ouvriers des usines

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