Aus der Geschichle, p
2. M. Popovitch, Le monvement socialiste, 1 septembre 1903, p. 68.
et des mines et dans certaines petites villes serbes; mais ses seuls centres d'élection sontles milieux magyars et allemands.
Or, les Allemands n’ont jusqu'ici eu ni le goût, ni le moyen de donner au mouvement un caractère fédéraliste comme en Autriche. Sans doute, ils y étaient entrés assez nombreux, surtout dans la direction; mais les ouvriers de cette nationalité n'étaient pas groupés en masse compacte dans une région déterminée ; ils étaient au contraire diffusés en quelque sorte sur tout le pays. Puis faire du parti une fédération de sections nationales, c'était condamner son état-major, qui était au début pour une bonne part composé d’Allemands, à n'être qu’à la tête d’une petite fraction peu nombreuse. Il devait leur paraître à tous égards beaucoup plus opportun de créer un parti unitaire, où la langue allemande serait employée de pair avec les autres et où les Allemands auraient toujours le grand avantage d’être les interprètes désignés de lorthodoxie, les exégètes du marxisme, les traducteurs de la pensée allemande, et en quelque mesure le cerveau du parti.
Si telle est la situation actuelle, cela ne veut point dire que la question des nationalités ne sé posera pas un jour dans une phase ultérieure de développement du socialisme. On l’a résolue dans le programme adopté au congrès de 1903 par cette phrase : « L'égalité des droits pour toutes les nationalités vivant en Hongrie ». Cette égalité n’a été, dans la pratique, réalisée au sein du parti que dans l’emploi de la langue. Si quelque jour les nationalités accueillent avec plus de faveur les idées socialistes, nul doute que l’exemple de l'Autriche ne les incite à réclamer des sections nationales autonomes.
Déjà aujourd’hui, les éléments allemands protestent contre la direction du parti, devenu de plus en plus exelu-
sivement magyar; ils critiquent violemment la centralisation qui domine l’organisation politique ; à mesure qu'ils sentent à la tête du parti leur action diminuée, ils éprouvent le désir d’une certaine autonomie nationale ; autant pour les satisfaire que pour faciliter la propagande, le parti a créé des comités nationaux allemands, slovaques, serbes et roumains ; dans le congrès de Pâques 1908, les nouveaux statuts ont accordé à ces comités une certaine autonomie,’ encore très restreinte. L'organisation centralisatrice demeure intacte, l'esprit centralisateur reste entier et le désir de l’hégémonie magyare n’est pas caché. Aussi faut-il prévoir qu’au jour, peut-être lointain, peut-être plus proche qu'on ne croit, où le socialisme grandira chez les nationalités, celles-ci rejetteront la tutelle envahissante du comité directeur‘ de Budapest et se créeront une organisaüon indépendante.
À ce jour sé posera pour le parti la question de sa réorganisation sur dé nouvelles bases.
D’après les statuts actuels, adoptés aux congrès de 1903 et de 1908, le parti se compose d'organisations régionales et de groupes locaux.
Jusqu'en ces dernières années, la véritable base de l'or ganisation politique, par une confusion qu'expliquent l’histoire du parti et l’absence de liberté pour les associations pülitiques, se trouvait dans les syndicats professionnels : les membres des syndicats, qui ne s’y refusaient pas, étaient considérés comme appartenant au parti et on leur réclamait hebdomadairement leur cotisation ; seuls les cadres étaient différents, c’est-à-dire qu’un camarade était chargé des affaires syndicales, un aütre des affaires du parti.
Depuis un an ou deux, la distinction tend à se faire entre l'organisation syndicale et l’organisation politique : la vie même pousse à cette spécification ; la réforme du suffrage accélère cette séparation. Aussi le congrès de 1908 a-t-il approuvé les bases d’une organisation politique complète et autonome, composée de sections locales, groupées par circonscriptions électorales. Dans chaque comitat, se tiendront des congrès locaux. Enfin, des secrétariats régionaux sont institués pour donner une impulsion d'ensemble au mouvement dans chaque région et 24 fonctionnent actuellement.
Ces groupements locaux sont autonomes dans leur action, mais en réalité fortement centralisés, car c’est le congrès général du parti qui dirige souverainement celui-ci. Ce congrès se réunit annuellement à Pâques et les délégués y sont nommés à raison d’une voix par cent membres; c’est done le vote proportionnel et non le vote par organisation, qui est admis. Le congrès élit un comité directeur permanent, dont le secrétaire est l'organe. Ce comité est le vrai centre du mouvement : il dirige l’action et la politique du parti comme un chef à plusieurs têtes, mais quasi-souverain ; il donne l'impulsion aux groupes locaux, aux syndicats et gère les ressources ; celles-ci se composent surtout de « l'impôt du parti », comme on l'appelle, qui se monte à 4 hellers par semaine! et que paient tous les adhérents, et des revenus que procurent la librairie et les journaux, surtout la Nénszava de Budapest, dont la situation est prospère.
Des modifications profondes ont été apportées à ce per-
sonnel directeur par les élections du congrès de 1906 et $ 4. Avant le congrès de 1908, l'impôt du parti était de 2 hellers. 2. Le parti est représenté aux congrès internationaux socialistes. A Stuttgard, il avait envoyé 24 délégués.
el
du congrès de 1907. Au congrès de 1906, l’ancien chef du paru, le D° Adolphe Goldner, est resté en minorité. Au congrès de 1907 n’ont de même pas été réélus MM. Jacob Weltner, Jacob Kardos, Ernest Garami et Max Grossmann. Tous ces hommes étaient jusqu’à présent les esprits dirigeants du mouvement. C’étaient non des ouvriers, mais des journalistes ou des intellectuels ; le D' Goldner était médecin et à été longtemps une des personnalités les plus influentes du parti. M. Weltner a été secrétaire général du par, puis il est devenu directeur du journal la Népszava, quand M. Garami a quitté ce poste pour rédiger la nouvelle -revue mensuelle Szocializmus ; jusqu’au dernier jour, il est demeuré, avec M. Israël-Jacob Kardos, celui qui dirigeait l’activité du parti ; ce sont eux qui ont organisé les grandes manifestations du 4° mai et du 15 septembre à Budapest, avec l’aide des syndicats, dont ils voulaient faire l’appendice du parti, un centre de propagande et de recrutement pour celui-ci, des organes à son service, et un appui quand il en était besoin.
Les motifs de cette petite révolution intérieure sont d'ordres très divers : contre le D' Goldner, on invoqua une histoire fâcheuse d'hôpital; contre M. Kardos, qui était trésorier du part, un déficit de quelques milliers de couronnes dans la caisse du parti, où en trois ans presque 3 millions de couronnes avaient passé ; on allégua que chez les socialistes, la morale et l'honnéteté devaient être plus sévères que chez les bourgeois. Enfin, on décida et en 1906 el en 1907 que les hommes que l’on qualifie d’ « employés du parti », secrétaire, trésorier, directeur ou rédacteur de la Népszava, ne pouvaient être en même temps membres du comité directeur. »
Il est assez difficile de savoir si à ces raisons, d’autres ne se Sont pas jointes : certains soutiennent que ce chan-
gement est dû à une lutte d'influence entre le groupe d'’esprit ouvrier et syndical et celui des intellectuels, non ouvriers et souvent d’origine israélite. Chez les socialistes, on se défend d’un tel mobile ; l’un d’eux nous écrit : « Sans doute on a, par exemple en 1907, renvoyé cinq rédacteurs intellectuels de la Népszava pour les remplacer par des ouvriers; sans doute, le parti a déclaré qu’il voulait avant tout faire l’éducation des ouvriers et désirait que le journal soit autant que possible rédigé par ces derniers ; mais il n’y a pas pour cela d’antipathie contre les intellectuels, seulement un désir d'autonomie ouvrière. Aussi bien, le congrès de 1907 a-t-il permis de maintenir comme employés du parti les membres non réélus du comité directeur. »
Par contre, dans les milieux universitaires et intellectuels, amis des idées socialistes, on entend une autre note ; un groupe nous disait : « Le parti compte en somme assez peu d’intellectuels et éprouve à leur égard une certaine méfiance. Beaucoup de ceux-ci sont en marge du parti, n’y sont pas inscrits et ne peuvent être acceptés, soit parce qu’ils sont propriétaires, soit pour toute autre raison : ainsi M. Jaszy ou M. Léopold. Pour y pouvoir aujourd’hui jouer un rôle, il faut avoir rendu de longs services, avoir donné des gages de sa fidélité, et cela se comprend un peu si l’on songe que l’on redoute les traitres : sous le régime présent, beaucoup de moyens d’action sont dissimulés, comme les relations des journaux socialistes avec les syndicats, la destination aux- fonds de grève de l’argent des syndicats, etc. »
Une autre personnalité de même tendance, au lendemain des élections du congrès de 1907, nous écrivait dans le même sens : « Ce changement de personnes n’est pas dû à des questions de principes, mais d’influences : les chefs des syndicats prennent de l'autorité sur le parti et celui-ci
marque aux intellectuels une froideur soupçonneuse, «eine sehr argwühnische Kaltung ».
Il est certain que dans les milieux ouvriers des syndicats, on se sert des intellectuels pour diriger le parti, souvent parce qu'on ne peut les remplacer; on les nomme au comité directeur, on les y laisse, mais on ne se fait pas faute de les critiquer âprement, en leur reprochant d’être des intellectuels ; on attaque leur esprit opportuniste, leur mollesse, leur manque d'activité révolutionnaire ; aux congrès de 1907 et de 1908, aucune voix ne s’éleva pour trouver que la tactique du comité directeur était trop hardie ; au contraire, on s’irrila de son défaut d'énergie ‘. Les ouvriers syndiqués ne se font même pas faute de déclarer ouvertement que ces intellectuels ne recherchent auprès d'eux qu’un poste rétribué et ils l'impriment dans le Bullelin syndical, organe officiel de la commission centrale des syndicats : « Les étudiants, écrit ce Bulletin?, qui Jouent un rôle dans le mouvement dans ces dernières années, ne possèdent nullement de grandes aptitudes ; de la plupart d’entre eux on peut dire qu'ils n’ont rien appris. Néanmoins ces jeunes gens, avec leur instruction incomplète, courent ayant tout après un poste rétribué dans le mouvement ouvrier. Bien qu’ils aient eux-mêmes encore besoin d'apprendre, ils veulent enseigner et diriger. Ces individus sont beaucoup plus nuisibles qu'utiles ; ils découragent beaucoup d’honnêtes propagandistes ouvriers et
1. Les principales critiques adressées au comité directeur, en 4907et en 1908, portaient sur l'esprit de la direction, trop opportuniste: elle ne s’occupait pas, disait-on, de lancer des brochures, dé soutenir la presse de province, de préparer et proclamer:la grève générale en présence des dissolulions répétées de syndicats, d'appuyer le mouvement d'organisation des femmes et des jeunes travailleurs. Certaines de ces critiques étaient tout individuelles, mais l'ensemble déno{ait un état d'esprit plus combatif que celui du comité. A0
2. Cité par Szabo. Mouvement socialiste, janvier 4909. p. 62.
éloignent du mouvement les intellectuels vraiment instruits et désintéressés. Les camarades devraient prendre ces réflexions en considération et bien examiner les étudiants, avant de leur confier une mission quelconque ».
Quel que soit donc le motif déterminant des récentes élections, il semble bien que les ouvriers aient tendance à réagir contre une direction exclusivement composée d’éléments non ouvriers. Aussi le comité directeur actuel est-il composé d'intellectuels mélangés à des chefs de syndicats : les membres les plus influents sont MM. Garami. Bokanyi, Buchinger, Csizmadia, Tarcai, Malasite comme aussi MM. Garbai, Lerner, Vancäk, Matos, ete. Les plus connus sont M. Desider Bokanyi, M. Alexandre Csizmadia et M. Samuel Jaszai. Lie premier est le tribun du parti, l’orateur à la voix chantante qui entraîne les masses, que l’on place à la tête des manifestations et qui livre son éloquence aux causes socialistes qui en ont besoin. Sa culture et la profondeur de son intelligence ne répondent peutêtre pas à son grand talent de parole, qui le fait comparer au comte Apponyi ou à M. Gabriel Ugron. De fait, il tint un jour une réunion contradictoire avec ce dernier et l’on ne sut à qui décerner la palme de l’éloquence naturelle. M. Jaszai est secrétaire syndical, c’est-à-dire celui qui centralise et coordonne tout le mouvement des syndicats de Hongrie : on devine quelle influence peut lui donner cette qualité dans les conseils du parti.
C’est encore un chef de syndicat et sans doute le plus original que M. Csizmadia. Sandor Csizmadia est un ancien garçon de ferme, devenu poète et entraineur d'hommes. Il est né à Oroshàza, au cœur de PAIfId ; il vécut là ce qu'il appela plus tard la vie « d’un esclave de la motte de terre », en s’enthousiasmant aux vers de Petôfi sur les combats pour la liberté hongroise ; dans ce
qu'il nomme « le plus riche grenier de l'Europe », il reçut des salaires de famine et dut chercher du travail comme terrassier pour la construction des routes ou des canaux. Cette extrémité le fit voyager et connaître sa patrie et les milieux agraires. Le malheur de ses compagnons de labeur le poussa vers le socialisme, dont il embrassa la doctrine vers 1894; dès lors il fut un des propagandistes les plus acharnés des nouvelles idées où il se lança avec tout son idéalisme naturel. Cela lui valut, depuis « l'ère Banffy », plus d’une poursuite et d’une condamnation : pendant les dix dernières années, c’est à peine s’il est resté un an sans connaître une des prisons d'État de la Hongrie.
Cette immobilité forcée lui donna le loisir d'étudier : il apprit un peu l'allemand, qu’il ne parle du reste pas plus que le français, lut avec ardeur les classiques du socialisme et écrivit pour la Népszava des articles enflammés et lyriques. Il se révéla alors le chanteur de la souffrance des déshérités, celui aussi qui leur prêchait non la résignation, mas la vengeance et la lutte. L’agitateur Csizmadia devient le poète Csizmadia ; il publie alors une petite brochure de vers Proletärkültemények (poèmes prolétariens), qui attirèrent l'attention par leurs qualités de poésie naturelle. Son: second volume, dont le titre indique assez l'esprit, Küzdelem (le combat), fut loué par les adversaires comme par les amis. Il était dédié à sa mère, une pauvre blanchisseuse, que le premier poème du livre chantait : Édes Anyäm (tendre mère) commençait un livre de lutte par une inspiration pleine de douceur et d'intimité. C’est dans ce volume que se trouve une de ses poésies les plus fameuses, « le Capital », où il résume.en un style enflammé la doctrine marxiste. Chacune des 7 strophes commence par le même vers : « Qu'est le capital? » et Csizmadia \
LE MOUVEMENT SOCIAL-DÉMOCRATE el
répond en des termes qui sont devenus populaires chez les ouvriers de Hongrie :
Qu'est le capital?
Des larmes et de la sueur figés dans du bronze. Sur un trône d’or il se dresse fièrement, Une peste ignoble le suit comme son ombre; Cependant dans les lointains apparaît déjà au soleil Et poursuit son sillage une floraison enivrante.
Qu'est le capital ?
La puissance qui domine toutes les puissances humaines, Cependant sans force, si la force ne lui était livrée Par des bras sans nombre de travailleurs.
Qu'est le capital? :
Pour qui souffre en silence, malédiction et tourment. Mais laisse le marteau èêtre-une arme,
Qu'il lui apporte le tourment de la ruine ; Alersilfaiblira, comme disparaît l'oppression d’un songe Quand au matin flamboie le premier rayon;
Ainsi la puissance, qui n’opère que dans les ténèbres, S'évanouira quand se lèvera notre jour !!
Une grande partie du nouveau volume était consacrée aux « esclaves de la terre », comme était intitulé un cvele de poésie : « À füld rabjai ». Sur un fond de paysage, toujours identique, la grande plaine hongroise, il fait passer les silhouettes des pauvres gens, ouvriers et domestiques qui peinent et qui souffrent, et il leur apprend à répéter la « marseillaise des travailleurs ».
Le succès de ces poèmes encouragea Csizmadia à publier en 1905 un troisième volume : Dans la lueur de l'aube (Hajnalban), qui contient, à côté de contes en prose poétique sur les hommes en travail, une nouvelle série de poésies lyriques sur les esclaves de la glèbe.
1. Nous traduisons aussi littéralement que possible ces passages du
poème, Cf. Volksslimme-Kalendèr 1907. Budapest, 1907, p. 79. Alexandre Csizmadia, par Richard Schwartz, p. (6-74.
Ces œuvres donnent à Csizmadia une véritable auréole dans le monde socialiste et le prolétariat agricole hongrois. Elles sont répandues comme un ferment d’agitation, elles enflamment les sentiments de l'homme des champs dont elles épousent toutes les aspirations. Le poète y ajoute une activité personnelle très grande qu'il déploie et dans la création du syndicat des travailleurs de la terre dont il était le président, et dans sa collaboration à la Népszava, et dans la rédaction du journal hebdomadaire des travailleurs agricoles, la Liberté du monde (Vilàgszabadsäg), et dans ses traductions de Marx, d'Engels et d’autres œuvres de propagande.
Cet autodidacte est devenu le poète officiel du socialisme agricole hongrois ; mais il est resté l’agitateur d'autrefois ; il va à travers la Hongrie, discourant et organisant, prêchant avec lyrisme la liberté socialiste, tandis que ses adeptes redisent ses poèmes comme un cri de guerre et d'espérance.
Il n’est pas jusqu'à ses prisons qui n'aient achevé sa légende, en lui ajoutant l’auréole du martyre. En 1906 encore il a été poursuivi pour une de ses poésies, et accusé de rien de moins que de quatre crimes, d’exciter à la haine de classe, à la révolte, à la violation de la propriété privée, et d’avoir fait éloge d’un crime, puisqu'il louait des ouvriers d’avoir entraîné de force des travailleurs récalcitrants. L’accusation demandait cinq ans de « prison dure », le tribunal correctionnel pour une fois l’acquitta.
Au demeurant, ce poète garde toutes les apparences d’un rustre des champs; ses origines se décèlent au premier regard ; son. front haut et déjà dénudé accuse la quarantaine ; une figure régulière, des cheveux longs rejetés en arrière, une barbe entière, des yeux dont le regard est comme enveloppé, donnent à sa physionomie un air d'apôtre;
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un corps solide, la tête plantée un peu en avant sur des épaules légèrement voûtées font penser à un homme de lutte. Cet ancien garçon de charrue, d’une culture limitée, a pris, par son prestige de poète et d’organisateur, une part prépondérante dans le mouvement socialiste agraire.
Outre les hommes que nous venons de citer, membres anciens ou nouveaux du comité directeur du parti, d’au-’ tres personnalités ont sur ce dernier une action directe ou indirecte.
Le D' Ervin Szabo est une des figures les plus intéressantes de ce milieu : dans un corps maigre et frêle, épuisé à trente ans de travail, de pensée et de méditation, il cache un esprit clair, profond et ouvert aux choses de la vie comme aux idées nouvelles. La littérature française, comme l’allemande, lui est familière ; il a traduit en trois volumes les œuvres choisies de Marx et d’'Engels, il les a commentées, puis il s’en estémancipé. Exception encore rare dans ce mouvement, cet intellectuel garde de la réserve à l'égard de la politique et des politiciens ; il a prononcé un discours de tendance antiparlementaire et à conclusions « syndicalistes », comme on dit aujourd’hui chez nous; il porte toute son affection sur le mouvement syndical et sur l’organisation économique; l’opportunisme des diseiples de Marx lui déplait fort et il cultive avec ferveur le sens révolutionnaire, le goût des réalités syndicales, l’éducation autonome des ouvriers. C’est une des grandes espérances du’mouvement : tous parlent avec respect de ce jeune penseur, dont l'esprit original dirige les syndicats hongrois vers un dessein inspiré à la fois de la Confédération du travail française et des organisations prudentes de
4. Cette tendance se retrouve dans un article de doctrine publié par le Mouvement socialiste, en février 4909, p. 108-129 : Polilique et syndicals.
l’Allemagne. Malgré sa jeunesse, il est écouté et suivi : il a déjà comme des disciples, d'autant plus attentifs que son corps frêle menace de ne plus le servir. Nous le vimes aux bains de Bude, dans un de ces établissements où les surmenés viennent reprendre quelque force, puis dans une de ces maisons modestes cachées au-dessous du palais royal sur les flancs de la colline qui domine Pest. Sa pensée s’exhalait.et semblait avoir peine à passer à travers un Corps sans vie; mais elle élait toujours pleine, précise et forte. Ce pourrait être le chef intellectuel d’une école socialiste hongroise. C’est déjà le penseur indépendant du parti, comme M. Garami en est le penseur orthodoxe, M. Bokanyi le tribun et M: Wellner l'organisateur.
Qui citer encore? le D° Kunfi, ancien professeur en province, rédacteur à la Népszava, un autre « intellectuel » du parti; M. Emmanuel Büchinger, secrétaire du parti ; le D' Eugène Läszl6, un avocat, rédacteur à la Népszava ; M. Läszlô Rudas, etc... Un certain nombre se révèleront sans doute, quand la réforme du suffrage aura permis à certains d'entrer dans le Parlement futur.
IT
L'organisalion syndicale est centralisée plus encore que l’organisation politique. On n’y connaît ni groupements nalionalistes, ni fédérations nationales, La base de l’organisalion n’est même pas, en général, géographique ; les Syndicats d’une ville ne sont pas unis par un lien permanent ou réunis dans des bourses du travail. |
Les grands traits de l’organisation syndicale peuvent se résumer en quelques lignes : deux organismes entièrement séparés et indépendants, celui des ouvriers indus-
triels et celui des ouvriers agricoles ; le premier est composé de fédérations nationales de métiers avec des sections locales, d'un congrès annuel des délégués de ces diverses fédérations, élisant un comité directeur et un secrétaire permanent’.
Tandis que le groupement des ouvriers industriels avec ses congrès, son comité syndical de 11 membres et son secrétariat, date déjà de quelques années, celui des ouvriers agricoles ne remonte qu’à la fin de 4905 : quand fut alors fondée la fédération des ouvriers des champs, on aurait pu la rattacher aux autres fédérations ; mais il s’ag'issait d’un milieu tout différent, d'intérêts spéciaux, d’une propagande particulière. Aussi préféra-t-on donner aux syndicats agraires une indépendance absolue ; leur fédération, avec ses congrès, son comité directeur de A1 membres et son secrétariat, est ua organisme autonome se développant parallèlement aux syndicats industriels.
Ainsi le socialisme, de même qu’il sait en Autriche tenir compte des contingences nationales, sait en Hongrie s’incliner devant les intérêts agraires.
C'est au premier congrès des syndicats de 1899 que furent posées les bases de l’organisation des ouvriers industriels. On adopta alors une résolution proposée par la commission d'initiative, qui faisait à tous les syndicats spéciaux existants, aux Fachvereine, comme les appelle le compte rendu allemand du congrès, un devoir de s’unir en fédéra-
1. Les syndicats hongrois sont représentés aux conférences syndicales internationales. Ainsi, ils figuraient à celle de Christiania en septembre 1907, à côté des syndicats d'Angleterre, d'Allemagne, de Belgique, de Danemark, de Finlande, d'Italie, des Pays-Bas, de Norvège, de Suède et d'Autriche. On sait que la CG. G. T. de France a refusé d'y prendre part, la grève générale et l’antimilitarisme n'étant pas à l’ordre du jour de la conférence. C’est le secrétaire des syndicats allemands, Legien, qui est secrétaire international, (Of. Sozialistiche Monats-
hefte, novembre 1907.)
tion nalionale (Landesverein). Le cercle d'action des syndicats, disait cette résolution, doit être étendu, la cotisaon élevée, et le syndicat doit s'inquiéter de l'éducation intellectuelle de ses membres, comme aussi assurer un secours aux chômeurs et aux ouvriers en voyage, s’occuper du placement des travailleurs et entrer en rapport avec les autres organisations ouvrières!,
Ce même congrès complétait la liaison des groupes ouvriers, en constituant un conseil syndical de 11 membres élus par le congrès (Gewerkschaftrath), pour établir des relalions entre les fédérations, contrôler leur activité et leur prospérité. D’après la résolution adoptée, ce comité devait faire exécuter les décisions du congrès, assurer les devoirs de réciprocité entre syndicats pour les secours aux ouvriers en voyage, organiser une caisse de résistance et de grève, étendre l’organisation syndicale et augmenter le nombre des journaux corporatifs, dresser les statistiques du mouvement ouvrier, préparer et convoquer les congrès syndicaux périodiques?.
Ce comité se compose d’un président et d’un vice-président, d’un secrétaire général et d’un secrétaire, de deux trésoriers, de deux inspecteurs pour l’organisation intérieure et de trois inspecteurs pour la surveillance des syndicats. C’est à lui que le congrès donna le mandat d’org'aniser un secrétariat permanent du travail,
Ce secrétariat fut établi en janvier 1904 et ressemble aux secrélariats analogues d’autres pays ; il centralise les efforts des syndicats, étudie le mouvement ouvrier, Contrôle l’action syndicale, fait la statistique, s'occupe d’organiser les métiers encore inorganisés, donne à tous le senti-
1. Prolokoll des ams 21 und 22 mai 1899 Abgehallenen ersten Landeskongress der ungarlandischen Fachvereine und Gewerkschaften. Budapest, 1899, p. 16.