Prolokoll des II Kongresses p
LE MOUVEMENT SOCIAL-DÉMOCRATE 253 « réformiste », en tous cas très éloignée de tout sens révolutionnaire.
Une discussion des plus significative à cet égard s’éleva au sein du congrès syndical de 1901. Le comité proposait la création de chambres du travail, organisées par l’État sur le modèle des chambres de commerce, pour que les ouvriers puissent donner leur avis et faire prévaloir leurs vœux par ce moyen dans la législation ; il demandait pour commencer la formation d’une chambre à Budapest après entente entre les ouvriers et les fonctionnaires communaux. Un congressiste, M. Max Grossmann, le représentant d’un journal du parti, la Vo/ksstimme, s'éleva contre cette résolution et, soutenu par quelques partisans, il demanda de lécarter de l’ordre du jour. Un membre du comité l'appuya et s’étonna de cet appel fait à l'État et aux communes, de. cette organisation dont on demandait à la loi linstitution, C'était, dit-il, aux travailleurs euxmêmes à s'organiser d’une façon autonome, indépendante de l'État. Les deux conceptions étaient ainsi en présence, le collectivisme d’État et le syndicalisme ouvrier. Les membres du comité s’élevèrent contre le rejet de leurs proposition et la défendirent par le seul motif qu’ils désiraient la réforme et qu'ils ne pouvaient la réaliser qu'avec l’aide de l'État. Il n’est pas douteux que l'avantage pratique et immédiat dominait leurs préoccupations, dont était exclu le désir d'institutions autonomes spécifiquement ouvrières.
Ce même congrès syndical offre un autre exemple du même état d'esprit : il se révèle dans un passage du programme revisé, adopté à ce moment. Celui-ci commence par affimer que la domination de classe ne peut cesser
A. Idem., p. 47-50.
qu'avec la disparition de l’ordre de choses actuels mais aussitôt, pour passer à la longue liste des revendications pratiques, il ajoute : « Néanmoins il y a dans le cadre de l'ordre de choses présent des arrangements (Einrichtungen, dans le texte allemand de la résolution) qui sont propres à adoucir les conséquences extrêmes des oppositions de classes. Ces arrangements doivent être pris pour placer des bornes à l'extension de l'exploitation capitaliste‘, » Vouloir adoucir les antagonismes sociaux et le proclamer, c’est faire du socialisme d État « réformiste » et « paciliste », non du marxisme. Il ne faut pas prendre trop au pied de la leltre cette phrase ; cependant elle montre bien l'esprit à la fois réaliste, étatiste et nullement révolutionnaire du programme des marxistes hongrois.
IT
Si tel est le programme du parti et des syndicats,” quelles sont les tendances pratiques du mouvement socialiste? Il n’est pas surprenant que ces tendances ne correspondent pas toujours exactement à ce que révèle ce programme. Ce dernier, nous l'avons dit, a été transplanté, sans être naturalisé ; il a de plus été rédigé par les premiers chefs du mouvement, imbus des idées allemandes, Ceux-ci ont imprimé aux résolutions et aux congrès leur esprit, les ont façonnés à leur image. Et on les a laissé faire, partie parce qu'on s’intéressait peu aux controverses doctrinales, parlie aussi parce qu'ils étaient les initiateurs, les vétérans, dont on respectait l'autorité. Mais le mou vement, la vie, le tempérament d’un peuple sont choses plus