‹ La question sociale et le socialisme en HongrieChapitre 62 sur 122 · ET PRE ER PO RO RIRE VOTRE DATA SE LG · texte numérisé non relu

ET PRE ER PO RO RIRE VOTRE DATA SE LG

d'Ausgleich et partout on vote une résolution accusant le gouvernement de vouloir empêcher le développement économique autonome de la Hongrie, de maintenir l'unité de territoire douanier, de hausser la quote-part des dépenses communes et de rendre impossible l’institution d’une banque d'émission nationale. Qui peut dire, après cela, que les chefs du socialisme hongrois ne cherchent pas à adopter des idées aptes à plaire au nationalisme magyar. Ils ne sont ni les serviteurs CONVaIncus de ce dernier, ni ses courtisans prêts à tous ses caprices, mais au moins ses flatteurs avisés, retenus et prudents.

Ces tendances politiques et opportunistes ne sont pas les seules qu’indique l'observation du mouvement socialiste ; dans une partie de la masse prolétarienne se révèle un sens révolutionnaire encore confus, mais que la pratique de la lutte réveille ét qui semble surgir du tempérament propre de ce peuple, alors que les autres tendances sont plutôt imprimées au mouvement par ses dirigeants, C’est dans la conduite des grèves et des syndicats qu'on peut surtout noter des phénomènes en ce sens. Remarquons bien qu'il ne s’agit ici que de pratique ; dans la doctrine ou la théorie, syndicats et parti ne se distinguent pas ; de même il n'y a dans le socialisme hongrois ni mouvement revisionniste, ni mouvement révolutionnaire ; la doctrine du marxisme « orthodoxe » n’est pas discutée. De même encore 11 n'y à pas un seul syndicat qui professe le mépris de la politique ; tous luttent pour le suffrage universel et les libertés politiques, dont on espère des merveilles, illusion commune pour les choses que l'on ne possède point. De même enfin, parti et syndicats s'intéressent surtout aux

intérêts immédiats et les syndicats, par exemple, très bien organisés, forts et riches, s'occupent dans la pratique d'assurances et avant tout de placement.

Mais cependant l’atmosphère, si l’on peut dire, des syndicats est un peu différente de celle du parti ; si la même inspiration directrice souflle sur eux, les chefs, les cadres, les organisations sont distincts ; ceux-ci conservent une indépendance de fait dans le détail de la pratique; la nature de leur préoccupation, le milieu exclusivement ouvrier leur donnent un esprit moins porté aux combinaisons politiques, aux alliances bourgeoises ; bien loin de se diriser vers la droite du parti, comme en Allemagne, ils se portent sur sa gauche. La tendance syndicaliste hongroise est très différente en effet de la tendance syndicaliste allemande : si les syndicats hongrois comprennent des nonsocialistes et les attirent, ils se marquent ouvertement d’une étiquette socialiste, au lieu de se donner des allures de neutralité politique; leur sens révolutionnaire éclate dans leur goût pour la pratique de la grève générale et de l’action directe. La doctrine syndicale, comme la doctrine politique du socialisme hongrois, n’admet pas la préparation de la grève générale, comme moyen d'amener la société nouvelle ou comme mode d’éducation propre à cultiver l'esprit révolutionnaire du prolétariat ; elle répugne à la conception de M. Georges Sorel, qui propose la grève générale comme un « mythe » apte à réveiller les ardeurs ouvrières et à rendre plus saisissants et plus conscients les antagonismes de classes. La doctrine hongroise, fidèle à l'esprit allemand, repousse cette idée; mais elle approuve la « grève en masse » en vue d’un dessein immédiat et dans des cas exceptionnels, qu'il s’agisse soit d’une grève générale politique, pour défendre une liberté politique, comme le suffrage universel, soit d'une grève générale

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économique, pour conserver les prérogatives menacées des syndicats, comme en cas de leur dissolution, d’arrestation des chefs, ete. Cette conception est très nettement définie dans un article de M. Joseph Diner-Dénes, publiée par l'organe officiel du parti la Volksstimme® : « Nous ne pouvons en Hongrie prendre la grève en masse comme arme de défense qu’au cas où la majorité se refuserait à réaliser le suffrage universel, égal et secret, pour lequel elle s’est déjà engagée. Cela signifie que pour nous la grève en masse ne peut être qu’une arme de défense et non une arme d’attaque, par quoi nous exprimons aussi ceci qu’en Hongrie aucun dessein utopique n’est lié à la grève en masse. On ne peut espérer ni qu'avec ce moyen on mettra fin au système de domination féodale, agraire et cléricale, ni qu’on jettera bas le système économique du capitalisme. De telles espérances ne sont vraiment que du romantisme révolutionnaire bourgeois ».

Mais dans la pratique les ouvriers sont très portés à proclamer à tout propos la grève générale ; ils sont pleins d'enthousiasme pour cet acte révolutionnaire et, loin de la réserver avec Ccirconspection pour des cas exceptionnels, ils la déclarent fréquemment. Des grèves générales partielles ont éclaté dans plusieurs corporations, entre autres dans celles des ouvriers du bâtiment, des employés de chemins de fer de l’État : on se rappelle sans doute que les communications ont été rendues, il y a quelques années, fort malaisées pendant quelque temps.

Des grèves générales locales sont aussi très fréquentes : à Székesfehérvär (Stuhlweissenburg), en août 1907, le secrétaire du parti socialiste est condamné à quinze jours de prison, à 150 k. d’amendes et à l'interdiction de séjourner

1. Volksstimme-Kalender, 1907, p. 102-115, Der politische Massenstreik in Ungarn.

dans le territoire de la commune pour atteinte à la liberté du travail ; aussiôt les ouvriers de la ville s’étant concertés cessent le travail. Ailleurs, la police interdit-elle une réumon, le gouvernement prononce-t-il la dissolution d’un syndicat, de suite les ouvriers ont pour première pensée de décréter la grève en masse : c’est ce qu’ils ont fait à Nagy-Varad, à Eszék, à Zägräb, à Lugos, à Miskolez, à Fiume, à Nagy-Kanizsa, à Temesvar, à Szatmàr, ete.

De même les ouvriers magyars sont par tempérament national portés vers l’action directe : meetings, grandes démonstrations dans les avenues, actes de sabotage surtout dans les campagnes, résistance aux injonctions de police et luttes de la rue, tout cela plait aux ouvriers de Hongrie, qui sont à cet égard bien plus proches des ouvriers de France ou d’Italie que des Allemands. Les organisations catholiques ou nationalistes décident-elles des manifestations publiques, on ne se fait pas faute de les troubler : en septembre 1908, par exemple, ils se heurtent aux délégués du congrès du parti catholique à Budapest ; malgré l’interdiction de la police, ils organisent ouvertement et à l'avance une contre-manifestation, qui se produit quand la procession traverse l'avenue Andrassy et une cinquantaine d’entre eux sont blessés par la police.

En octobre 1908, le préfet de police de Budapest interdit plusieursréunions socialistes ouvrières. Aussitôt les ouvriers parcourent les avenues de la capitale et le soir, descendant du bois de ville vers la place Octogone, ils se heurtent à la police, échangent des coups de revolvers avec elle, non sans blessés de part et d’autre. Le 1°’ janvier 1909, ils ne reculent pas devant la proclamation d’une grève générale à Budapest pour répondre à la dissolution de certains syndicats ; déjà en 1904, lors de la fête du 15 mars, commémorant la proclamation en 1848 par les poètes Jokaï et

Petôfi de la loi constitutionnelle promise par l’empereurroi Ferdinand, des cortèges d'étudiants manifestent dans les rues devant les maisons qui n’avaient pas arboré le drapeau vert-blanc-rouge et déposent des couronnes devant le monument des poètes; aussitôt des ouvriers grévistes organisent une contre-manifestation avec rixes, violences el arrestations nombreuses.

On pourrait aisément multiplier ces exemples. Ils illustrent assez notre observation : contre la théorie orthodoxe des chefs et des inspirateurs se pratique une conduite ouvrière qui affirme dans les faits le sens révolutionnaire du prolétariat magyar. Ce sentiment est reconnu par l’auteur de l’article sur la grève politique que nous citions : « La tension révolutionnaire, dit-il, vit dans notre prolétariat, elle l'anime. Et ce n’est pas l'œuvre d’aujourd’hui. Ses racines poussent loin, loin dans le passé, depuis des siècles »

Mais jusqu’à présent cetle pratique syndicaliste n'a pas trouvé son docteur, qui élève son hétérodoxie révolutionnaire contre la doctrine officielle. Peut-être M. Ervin Szab6, dont nous avons parlé plus haut, aurait-il été cet homme, si lesoin de sa santé n’avaitlimité son activité : la conclusion d’un de ses discours à tendance syndicaliste, révolutionnaire et anti-parlementaire, le fait présager, Mais à l'heure actuelle, un tel mouvement ne se remarque pas au sein du socialisme ; 11 est épars dans de petits groupes de penseurs indépendants et se présente plutôt comme un courant intellectuel que comme une organisation de propagande et d’agitation. Ces esprits à la fois idéalistes, libertaires, anarchistes, sont en partie d’origine bourgeoise et non prolétarienne ; ce sont des chefs sans soldats, des hommes de cabinet et non de place pablique. Ils sont plus nombreux

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