Loco cilalo, p
en Hongrie qu'on ne pourrait le penser, car, comme nous le disait l’un d'eux, aristocrate ruiné à l'esprit étrange et brillant, « nulle part plus qu’en Russie et en Hongrie, ne se développent des idées plus avancées, et d’autres plus arriérées, car les idées nouvelles nous choquent doublement par leur nouveauté (nous n’avons rien vu de pareil) et par leur antagonisme avec la réalité ».
Un groupe a fait parler de lui, en partie à cause de la personnalité qui le dirige. Le comte Ervin Batthyäny, de l'illustre famille hongroise de ce nom, s’est lié d'amitié avec l’anarchiste russe bien connu, .Krapotkine ; il a été converti aux idées anarchistes et a employé sa fortune à créer un journal hebdomadaire et une école libre pour développer cet esprit dans la jeunesse. Le Testvériség (fraternité) qui se publiait à Szombathely (Steinamauger) et que le comte Batthyäny dirigeait de Bügôte, où il habitait, grou- pait des collaborateurs de loute école, généralement des intellectuels, adversaires du marxisme orthodoxe : les uns, par exemple, comme le docteur Mérü Gyula, sont des syndicalistes révolutionnaires ; les autres, comme le professeur Sehmitt, des élèves de Tolstoï.
Aujourd'hui le comte Batthyäny habite Londres ; il a fondé en février 1907 un nouveau journal /4 Révolution sociale (Tärsadalom forradalom), qu’il fait rédiger à Buda-
pest par le « groupe des socialistes révolutionnaires », en s’en réservant la direction morale et les charges pécuniaires. Ce groupe date d’une dizaine d'années ; il se compose d’anarchistes intellectuels, de socialistes mécontents et d’adeptes des idées syndicalistes. Ils se réclament des principes posés par le congrès anarchiste international de 1907 et tente d'org'aniser une agitalion systématique dans certains milieux de la capitale, — surtout chez les Russes réfugiés, — et en province. En décembre 1908, quand la
guerre menaça entre l’Autriche-Hongrie et la Serbie, il lança un manifeste antimilitariste, conseillant aux soldats le refus d’obéissance ; ce manifeste valut la confiscation au journal la Révolution sociale etune poursuite judiciaire aux signataires de l'affiche, au bas de laquelle les 200 membres du groupe avaient tenu à mettre leurs noms.
Des polémiques continuelles s’échangent entre ces feuilles révolutionnaires et la Népszava : ces hommes, d'esprit critique, criblent de leur ironie et de leur esprit ce journal, ses collaborateurs et ses inspirateurs.
Ces attaques d’adversaires placés hors le parti ne sont pas sans accentuer l’attitude des chefs du parti socialiste ; comme d'autre part ces adversaires sont en grand nombre des intellectuels et des « bourgeois », voire des aristocrates, elles poussent encore le parti. vers le mépris des questions doctrinales et sur le chemin de « l’anti-intellectualisme »; ce sont de bons moyens pour se défendre contre des critiques, qui, si elles étaient répandues dans la masse du prolétariat, pourraient trouver de l'écho. C’est ainsi qu’en fait les intellectuels « socialisants » semblent écartés par la marche du parti sur sa droite et sur sa gauche et avec ceux de gauche il n’est rien de commun ; ces libertaires sont des indépendants et ne sont pas des ambitieux, ils n’acceptent pas le contrôle de leur pensée et ne cherche pas à concilier leur action pratique avec les désirs du parti. C’est assez pour que tout accord soit inuüle et ainsi les théories syndicalistes et révolutionnaires sont représentées par des intellectuels sans influence sur l’organisation socialiste. Cela ne veut point dire que dans un avenir prochain ou éloigné le prolétariat hongrois ne se laisse en partie gagner par des idées, qu'il semble déjà mettre parfois en pratique de son propre élan.
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