CHAPITRE VIII
&o SON ACTIVITÉ ET SES RÉSULTATS
I. — L'action du parti : les réunions publiques, les périodes électorales ; les journaux et brochures: les journaux. propriété du parti : la Nepszava et la Volksstimme; l'imprimerie et la librairie du parti, le lancement des tracts; la revue le Szocializmus ; les autres organes socialistes ; le budget du parti.
IT. — L'action des syndicats : 1° L'amélioration des conditions du contrat de travail : le placement des ouvriers ; le contrat collectif et lexemple des ouvriers du bâtiment; la fédération des ouvriers agricoles et les engagements de travail agraire ; la préparation des grèves et le mouvement gréviste; — 2° Les satisfactions données aux besoins des ouvriers : les budgets des syndicats, leurs ressources et leurs dépenses ; les dépenses de secours mutuel : le fonds de réserve, les secours aux chômeurs, les autres dépenses d'assurance, le « viaticum » ; les dépenses « d’éducation » : les bibliothèques,les conférences, les journaux corporatifs.
III. — Les adhérents au mouvement socialiste : le nombre des syndiqués et son accroissement, le développement de certaines fédérations ; les journaliers agricoles organisés ; les milieux où se recrutent ces adhérents : le milieu prolétaire, les intellectuels et les instiluteurs ; les milieux nationaux; les milieux religieux et la politique religieuse du socialisme : catholiques, protestants, orthodoxes et : juifs.
IV. — L'’impression de force donnée parle mouvement : les premières” tentatives de résistance des patrons: les grandes démonstrations publiques, un facteur politique indirect.
V. — L'évolution du mouvement socialiste et le süffrage universel : paysans et socialisme; parti et syndicat ; le parti et la politique démocratique ; les syndicats, les influences russes et françaises et les idées révolutionnaires.
Ce programme et ces tendances commandent l’activité des organisations socialistes. Leur action est avant tout un
travail de recrutement, de cohésion et de solidarité ouvrière. Dans ce dessein elles se sont servies de tous les moyens efficaces de propagande : réunions et meetings, brochures et journaux, enfin et surtout action économique des syndicats. Ceux-ci s’oceupent de tout ee qui touche au contrat de travail : placement des ouvriers, conclusions de contrat collectif, conseils pour les engagements de travail agricole ; et secrètement ils préparent cette arme d’attaque et de défense qu'est la grève. D'autre part ils cherchent aussi à donner satisfaction aux besoins des ouvriers par des organisations d'assurance, par la publication d’une presse corporative et par l'institution de bibliothèques, de conférences, de salles de lecture, etc.
Ils s’occupent même de coopératives ; ce n’est pas qu’ils ne gardent contre elles des méfiances que des socialistes d'autres pays leur ont longtemps portées ; toutefois ils ont fondé à Budapest une coopérative générale de consommation, qui a un nombre remarquable de membres ; on s’emploie à créer actuellement un restaurant coopératif et à agrandir l’ancienne société ; il existe, en outre, quelques coopératives de production, d'assez maigre importance, à Budapest et à Erzsébetfalva ; mais ces institutions, comme on voit, ne constituent qu'un embryon de mouvement coopératif socialiste.
Ce double travail, l’un extérieur, mené surtout par le parti, l'autre intérieur, conduit par les syndicats, a pour résultat de leur donner ce que s’efforce de conquérir le mouvement socialiste : le nombre, révélé par le chiffre des ouvriers organisés, et la cohésion, la solidarité, la force en un mot.
Chez un peuple sensible à l’éloquence, comme le sont les Magyars, les réunions publiques sont un efficace moyen d'action. Aussi, chaque fois qu’une question sollicite l’opi-
LE MOUVEMENT SOCIAL-DÉMOCRATE 283 nion et est susceptible de lémouvoir, les socialistes en profitent pour organiser des meetings et chercher à amener à eux les indécis. Pour frapper davantage lattention, le part annonce pour le même jour des réunions dans toutes les grandes villes de Hongrie. Ainsi depuis 1905 c’est surtout l’avènement du suffrage universel qui parait passionner les masses ; aussi, à chaque occasion, comme à la réunion des Chambres, des réunions populaires sont convoquées dans 30 ou 40 villes de province et à Budapest on en tient le même soir une vingtaine dans tous les faubourg.
Les périodes électorales sont largement mises à profit ; non seulement les passions sont excitées, mais la liberté des réunions est alors reconnue et on en use ; on ne craint plus l'interdiction administrative préalable. C’est pourquoi les socialistes posent de nombreuses candidatures aux élections. Ils savent que le mode de suffrage restreint ne leur permet pas la moindre espérance : d’après une statistique de la police de Budapest, dans 36 distriets les socialdémocrates n'ont recueilli en 1905 que 964 voix; cela ne les empêche point de présenter cette même année des candidats dans 132 circonscriptions : on peut dire que, par delà les électeurs, ils s'adressent à la foule des non-électeurs.
Mais le journal et la brochure demeurent le grand moyen de propagande. A limitation du parti allemand et du parti autrichien, le parti social-démocrate hongroisest propriétaire de deux journaux, les principaux organes du mouvement. Le parti en est propriétaire non directement, maïs par l'intermédiaire du comité directeur et d’une société anonyme. Cette société anonyme a pour actionnaires les membres du comité et les actions ont été souscrites secrètement par les syndicats. L’une de ces feuilles est quotidienne depuis 4905,
elle est rédigée en hongrois, c’est la Népszava (La voix du peuple). Son directeur, nommé par le Comité, a été long:temps M. Garami; M. Weltner vient de le remplacer ; c’est un journal assez bien fait, l’un des plus intéressants de Budapest, avec ou après le Budapesti Hirlap, feuille constitutionnelleindépendante, etl’Az Ujsäg, organe libéral. Son succès n’est pas douteux, puisqu'il tirait, au début de 1907, à 30.000 exemplaires environ ; le chiffre est considérable, si l’on pense que les plus gros tirages de Hongrie ne dépassent pas de 50 à 80.000 numéros. Le second journal du parti est la Vo/ksstimme, rédigé en allemand et hebdomadaire. La société anonyme, en réalité le parti, réalise de beaux bénéfices avec ces deux feuilles ; elle est aujourd’hui riche et puissante, elle possède son imprimerie, s’est annexée une librairie socialiste‘ et publie ainsi des tracts que lance fréquemment le parti : celui-ci en éditait déjà en 1902 12 tirés à 110.600 exemplaires ; en 1903, 25 tirés à 336.000; au congrès de 1907, le rapport menüonnait qu'environ À million et demi de brochures, généralement vendues de 4 à 6 centimes, avaient été répandues. En 1908, le secrétariat du parti a publié vingt manifestes en toutes langues, représentant 1.520.000 exemplaires de propagande.
Toutes ces publications et cette librairie sont centralisées à Budapest dans un immeuble d’une des grandes avenues de la capitale, où sont aussi installés les bureaux du secrétariat central du parti, du « comité d'organisation des social-démocrates de Hongrie parlant allemand » et du secrétariat général des syndicats?; cette sorte de maison d'édition prospère remarquablement et ce n’est pas seu-
1. En 1908, cette librairie a publié 14 volumes ou brochures, tirés au total à 107.000 exemplaires.