‹ La question sociale et le socialisme en HongrieChapitre 66 sur 122 · RSR D TAROT IE DOTE FTP ET TT · texte numérisé non relu

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implique une sorte de reconnaissance de fait des syndicats par les employeurs. Dans certaines corporations, comme celle des ouvriers du bâtiment, chez lesquelles les grèves ont été particulièrement fréquentes ces dernières années, on peut dire que le contrat collectif est devenu une pratique qui n’est plus exceptionnelle. Leur fédération a publié une enquête statistique très significative à cet égard’. Ces travailleurs sont en partie organisés à Budapest et dans 232 villes ou bourgades de province; or nous avons calculé, d’après cette étude, qu’en 1907 dans 73 villes un contrat collectif réglementait les conditions du travail ; et ces villes sont les plus importantes de Hongrie, telles Budapest, Arad, Szabadka, Ujvidek, Pécs, Gyuüla, Nagyvèrad, Miskolez, Brasso, Gyür, Debreczen, Kolozsvär, Kaposvàr, etc. Ces contrats sont conclus dans cette corporation pour un an en général, quelquefois pour deux ans, au maximum pour trois. Ils fixent la durée du travail (de neuf heures à dix heures ét demie par jour) et le prix de l'heure. Le plus souvent, c’est à la suite d’une grève ou d’une menace de grève que ces contrats ont été signés et ils sont un triomphe pour les syndicats autant par leur signature que par les conditions de travail qu’ils comportent. Cette question du contrat collectif a fait l'objet d’un débat au Congrès des syndicats de 1908, à propos de cer- : tains contrats conclus par les typographes ; à la presque unanimité, les délégués ont approuvé la pratique du contrat collectif, mais non sans éveiller la défiance des syndiqués sur les dangers qu’il peut présenter : « ces contrats, dit la motion qui a été adoptée, assurent aux deux parties contractantes certains avantages. Aux patrons, ils assurent la paix pour la durée des contrats ; aux ouvriers ils per-

| 1. Taschenbuch für Baüarbeiler, 1908, p. 189-206.

mettent, dans le même espace de temps, de rendre plus intense leur propagande, de développer et deortifier leur ofganisation dans le calme. » Mais le congrès met aussitôt en lumière les inconvénients qu'il trouve à eette pratique : « Les avantages qui résultent des contrats collectifs sont généralement plus considérables pour les patrons que pour les ouvriers, car ces derniers ne peuvent pas profiter d’une période de prospérité qui surviendrait pour exiger une augmentation de salaire ;.… en outre, les lonques périodes de paix font naître chez les ouvriers un sentiment de calme et de sécurité, qui paralyse la combativité des syndiquës. » Cette dernière raison, qui paraît la plus importante, montre dans ce congrès une tendance vers les idées syndicalistes révolutionnaires, qui n'est pas négligeable, Aussi conseille-t-il de ne conclure des contrats collectifs que pour une très courte période et de ne jamais relier les conditions du travail et du salaire à la situation économique et aux profits des patrons. C’est la condamnation nette de l'échelle mobile pratiquée par les mineurs anglais. Si des syndicats d'ouvriers industriels sont arrivés à des résultats tangibles, ceux des ouvriers agricoles en sont: très éloignés : ils livrent et surtout ils ont livré aux propriétaires un combat qui est relatif également au contrat de travail, mais sur un terrain bien différent. Les étapes de cette lutte sont curieuses à marquer : avant 1898, il n'existait aucune loi spéciale sur le travail des ouvriers agricoles; surviennent les grèves agraires ; les ouvriers refusent de lever la moisson; sur le moment, les propriétaires el le gouvernement, terrifiés, employèrent tous les moyens pour obvier au danger ; mais il fallait légiférer pour l’avenir et cette législation, comme nous l'avons dit, donne au contrat de travail agraire une sorte de caractère public et l’inexécution des conditions comporte de graves sanctions

pénales. Les socialistes n'étaient pas assez forts pour passer outre purement et simplement.

Ils s’efforcèrent done de persuader aux ouvriers de n’accepter dans ces contrats que certaines conditions de salaire et de durée de travail. Mais cette tactique réussit peu. Les contrats en vue de la moisson sont signés l'hiver précédent; en présence d'ouvriers encore peu organisés, à une époque éloignée du moment où tout retard est une perte irréparable, avec l’aide de tous les organes du pouvoir et de toutes les influences dont ils disposent, les propriétaires avaient beau jeu d'amener l'ouvrier à accepter les conditions anciennes du travail. Parfois on le retenait mieux encore par des avances. Aussi les conseils des syndicats d'ouvriers agricoles n’eurent-ils pas grand succès. Des grèves se reproduisirent au moment de la moisson, sporadiques et spontanées, plus que généralisées et organisées : elles furent rudement réprimées. Et on en était là quand la fédération naissante des ouvriers agricoles tenta une nouvelle tactique, qui fut mise à l'essai. Cette tactique est bien simple : toute la loi, ses prévoyances et ses sanctions, supposent qu'un contrat a été passé ; mais elle n’a pu forcer l’ouvrier à conclure ce contrat, puisqu'il n’est plus serf, mais libre; si donc on repousse tout engagement, l'édifice législatif s’ééroule et les dispositions légales sont sans objet. La fédération conseilla donc aux journaliers de se refuser à tout traité défavorable, d'attendre, s’il le fallait, la veille des moissons pour engager leurs bras ; à ce moment, ils pourront faire leurs conditions, et, si on les repousse, refuser le travail sans qu’on ait sur eux la moindre prise. La tactique est en elle-même assurément habile. C’est à la fin de 1906 qu'elle a été inaugurée par la fédération : les chefs de celle-ci organisèrent dans un grand nombre de villes des conférences de district, où se

rendaient les représentants des sections existantes dans les communes de ce district : les premières se tinrent en octobre à Nagy-Kanisza, à Pécs (Fünfkirchen) et à Székesfehérvar (Stuhlweissenburg) ; puis chaque dimanche d'hiver les compagnons les plus actifs, généralement les rédacteurs eux org'a aadaires de la fédération, le Vilades deux organes hebdomadaires de la fédération, le Vil gszabadsäqg (en hongrois) et le Feldarbeiter (en allemand) réunirent sur place les délégués des groupes locaux. Partout le programme de la conférence était le même, et les mêmes résolutions adoptées. Des contrats de travail types avaient été préparés et les journaliers étaient pressés de n'en signer aucun autre. Le contrat de moisson comportait comme conditions principales ” : l'élection par chaque groupe d'ouvriers d'un délégué chargé de les représenter auprès des patrons ; en cas de paiement en nature, l’attribution du 110%de la récolte ; en cas de paiement en argent, le versement de 12 eguronnes par joch ou demi-hectare moissonné ; la fixation par les ouvriers eux-mêmes du temps de travail quotidien ; enfin l'obligation pour le propriétaire de fournir aux travailleurs un logement convenable, de l’eau pure, ct par couple un demi-kilo de viande chaque jour et chaque semaine 30 litres de blé, 2 kilos de lard, l’Ltre de bouillie, 1 litre de pois et un demi-kilo de sel. De même un contrat-type avait été rédigé pour le travail des domestiques * et pour celui des journaliers *. Enfin les

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