‹ La question sociale et le socialisme en HongrieChapitre 67 sur 122 · Der Feldarbeiler, 3 novembre · texte numérisé non relu

Der Feldarbeiler, 3 novembre

2. Le contrat de domestique contient les stipulations suivantes : le domestique marié et père de famille doit recevoir par an 360 couronnes, 8 quintaux de froment, 5 d’orge, 6 de grain, 1 joch 1/2, une demeure se composant au moins de trois pièces, 6 mètres cubes de bois et le droit d’élevef un porc et une vache. Ilne doit être occupé que pour le bétail chaque dimanche et jour de fête et être complètement libre un dimanche sur deux. Son travail ne peut commencer dans les champs avant 6 heures, ni finir après 6 heures; pour le soin des bêtes, avant 4 heures et après 8 heures. Le domestique célibataire doit rece-

voir 60 couronnes par mois et l'habitation.

3. Le contrat de journalier comporte les conditions minima suivantes,

chefs de la fédération agricole profitaient de ces conférences pour donner aux délégués des instructions touchant l’organisation politique et économique et la diffusion de la presse : les résolutions publiées faisaient à tout travailleur de la terre une obligation de donner son adhésion à la fédération et.au parti social-démocrate et de s'abonner au journal de la fédération.

Cetravail systématique de la jeune Fédération desouvriers agricoles effraya aussitôt les propriétaires : dès sa séance du 23 octobre 1906, l'Association des Agriculteurs décidait d'organiser une importation en masse d'ouvriers de Galicie et de Russie ; les propriétaires décidaïent de former des unions locales pour défendre leurs intérêts contre ceux des journaliers organisés ! : d’autres songeaient à engager des coolies chinois. L’inquiétude devint grandissante au printemps de 1907; l'activité de la fédération ne se démenlait pas ; son action s'étendait dans le pays ; elle s’adressait à toutes les organisations socialistes étrangères pour demander aux travailleurs des autres pays de ne pas répondre aux offres qu'on pourrait leur faire de Hongrie ; la fédération fut victime de sa propagande. Tout l'effort du gouvernement et des propriétaires s’employa à la briser, à entraver son action, surtout en refusant le travail aux adhérents dela fédération. Celle-ci devait ou remporter une victoire signalée ou périr, selon le degré d’organisation, la solidarité et l’esprit de lutte des travailleurs des champs. Ses chefs ont annoncé son agonie à la fin

qui supposent les repas compris dans le temps du travailet la nourriture à la charge du journalier : en décembre, janvier ct février, 2 couronnes de salaire et 10 heures de travail par jour; en mars, avril et mai, 3 couronnes et 42 heures ; en juin, 5 couronnes et 14 heures; en juillet, T couronnes et 16 heures : en août, 5 couronnes et 14 heures ; en septembre, octobre et novembre, à couronnes 6t12 heures. (Feldarbeiter, 3 novembre 1906.)

1, Neue fréièe Presse, 27 mars 1907.

de 1908 ; avant les moissons en 1907, les autorités prononcèrent la dissolution d’un grand nombre de groupes locaux, comme ayant violé leurs statuts. D'autre part, les ouvriers adhérents trouvaient très difficilement du travail, tant à cause des prétentions qu'ils élevaient et qu’ils n’étaient pas capables de faire accepter, qu'à cause de Ia conduite des propriétaires. Enfin ceux-ci, en présence de ce danger et de la main-d'œuvre peu abondante, augmentèrent le salaire des ouvriers agricoles qu’ils engagèrent, et ceux-ci sentirent moins vivement le désir de s’affilier à la fédération. Pour tous ces motifs, après trois ans de vie, passés à lulter pour l’amélioration du travail agricole, la fédération est entrée en sommeil, dont on saura dans l’avenir si elle se réveillera.

Le dernier mode d’action des syndicats relatif au contrat de travail, c’est la préparation et la proclamation de grèves. Ce n’est ni dans les rapports annuels des syndicats hongrois, ni dans les journaux socialistes que l’on peut trouver des renseignements touchant celte préparation, l'importance des fonds de grève ou de résistance, les contribulions des ouvriers, etc. Toute activité d’un syndicat en ce sens est considérée comme contraire à la loi et peut causer sa dissolution. Ainsi, quand la Fédération des ouvriers du bâtiment a été en 1907 soumise à une enquête judiciaire, puis dissoute, on a pris soin de relever avant tout qu’elle avait exigé de ses membres des contributions non seulement pour le parti socialiste, pour l'organe syndical, pour la Nepszava, mais encore pour le fonds de grève géré secrètement. Cette activité cachée et ce mode de décision n’est peut-être pas sans donner au mouvement gréviste ce caractère si marqué de croissance rapide, fiévreuse et désordonnée. Jusqu'en 1902, les grèves étaient rares, exceptionnelles ; à partir de cette date, le dévelop-

pement industriel, la cherté des loyers et des vivres et l’organisation syndicale les font éclure de plus en plus fréquentes et affectent un grand nombre d'entreprises ; depuis 1905 elles ont presque autant d'importance, proportionnellement à la situation industrielle du pays, que dans les états occidentaux et il est significatif de remarquer que, pour une population d’un peu plus de 600.000 ouvriers industriels’, déjà en 1905 et en 1906 une cinquantaine de mille se sont mis en grève et qu’au moins 30 p. 100 de

A Budapest particulièrement, il n’est peut-être pas de corporation qui n'ait eu sa grève ; à certains moments le

ces grèves ont eu plein succès ?.

nombre des ouvriers grévistes s'élevait à un chiffre considérable, quand on songe que l’industrie hongroise n’est encore qu’à ses débuts. Par exemple, en novembre 1906, on comptait jusqu’à 24.000 travailleurs qui avaient cessé le travail, 17.000 ouvriers du bâtiment de toute catégorie, 1.800 ouvriers boulangers, 700 charpentiers, 800 ouvriers blanchisseurs, 3.000 employés des tramways électriques. L'exagération n’était pas trop grande d'appeler Budapest, comme le faisaient alors les journaux socialistes, « la ville des grèves ».

Les syndicats ne bornent pas leur activité à lutter pour l'amélioration des conditions du travail. Ils s’efforcent de donner satisfaction aux besoins des ouvriers tant dans l’ordre intellectuel que dans l’ordre matériel. Ce sont autant de nouveaux liens qui retiennent ceux-ci dans le syndicat

4. Cf. Documents annexes, tableau B : l'industrie proprement dite comprenait 620.000 ouvriers en 1900, les mines 60.000.

2, Cf. Documents annexes, lableau N.

et c’est aussi une manière de créer en eux l’état d'esprit « prolétarien ».

Ce côté de l’activité syndicale se réflète clairement dans l'examen des budgets et des dépenses de ces associations : on voit qu'elles consacrent leurs ressources d’une part à des bibliothèques, à des œuvres d'éducation et à des feuilles corporatives, d'autre part, à des organisations d'assurances contre les risques de la vie. Sociétés de secours mutuels et sociétés d'instruction, c’est ce que tendent à devenir les syndicats, et de plus en plus à mesure qu’ils se développent ‘. Leurs ressources ont considérablement augmenté ; l’ensemble des unions rattachées au Conseil central des syndicats ne disposait que de 273.000 k. en 1903; en 1907, ce chiffre montait à 1.944.000 sans compter les versements pour les fonds de résistance et de grève. Aussi ces syndicats se sont-ils organisés sur de solides bases financières ; ils réclament de leurs membres des cotisations assez élevées, d'autant plus élevées que les salaires en Hongrie sont encore assez bas.

On a calculé par exemple qu'en 1905 chaque syndiqué avait en moyenne versé, uniquement comme contribution syndicale, la somme de 15 k. 90. Grâce à cela, les syndicats ont pu mettre en réserve des fonds considérables en vue de subvenir aux frais d'assurance : la Fédération des ouvriers du bâtiment a créé par exemple un fonds de ch6mage qui s’est rapidement élevé de 9.000 francs en 1903, à 217.000 francs au 30 juin 1906; si cette corporation compte le plus grand nombre d'ouvriers syndiqués, elle est dépassée en richesse par les typographes : ceux-ci ont fondé à côté de leur syndicat une caisse de secours juridiquement distincte, à laquelle ils versent 1 k. 80 par

1. Pour le détail statistique touchant cette activité, cf. Documents annexes, tableau M.

semaine ; grâce à cette cotisation très élevée, le capital de la caisse a atteint rapidement en 1906 plus de 500.000 k., et celle-ci subvient aux risques d'invalidité, de mort, de maladie, de chômage, donne des secours aux veuves et aux enfants, et accorde des frais de route aux ouvriers qui changent de ville.

Si l’on prend les chiffres d'ensemble fournis par le Conseil central du syndicat, on voit que les dépenses de secours sont réparties en trois « postes » prineipaux : les secours aux ouvriers sans travail atteignent 259.000 k. en 1907 et en réalité dépassent ce chiffre, qui ne comprend pas en effet les dépenses faites par la Fédération des ouvriers du bâtiment sur son fonds spécial de chômage ; les secours d'autre nature dépassent 300.000 k. en 1907 : ce sont surtout des subventions aux veuves et aux orphelins, des frais funéraires, des secours pour maladie ; il n’y a guère que l'Union des typographes qui s'occupe d'assurance d'autre sorte. Enfin les secours donnés comme viaticum s'élèvent à 56.000 k. On est frappé de la très large part faite aux risques de chômage : toutes les corporations, à commencer par les plus riches, celles des typographes, des ouvriers du bâtiment, des ouvriers métallurg'istes , dépensent des sommes élevées de ce chef : en réalité, il s’agit non pas seulement de chômage proprement dit, de chômage involontaire, mais aussi de chômage par suite de grève ou de lock-out. C’est ce qui explique que des fédérations continuellement en grève, comme celle des ouvriers du bâtiment, aient constitué un fonds de chômage spécial, dont les comptes-rendus ne mentionnent que les recettes et qui absorbe à lui seul les deux tiers des ressources de la fédération. Lors de la dissolution administative de 1907, le gouvernement releva que cette fédéralon ne consacrait pas plus de 10 p. 100 des cotisations

à des objets « statutaires ». Que la proportion soit exacte ou non, il est évident que le ministère considérait ce fonds de chômage comme un fonds de grève et, eomme tel, illégal, selon les conceptions hongroises.

À côté de ces organisations d'assurances commençantes, les syndicats se sont de bonne heure occupés d'œuvres intellectuelles. Ces dépenses « de formation » ou « d'éducation », comme ils les appellent, s'appliquent surtout à la création de bibliothèques, à la publication de journaux corporatifs, enfin à l'organisation de conférences ou de cours. Dès le début du mouvement, on s’efforça d'inculquer un esprit nouveau aux ouvriers en mettant à leur disposition des ouvrages choisis et appropriés à celte fin, pour lutter contre l'influence des bibliothèques communales et __« bourgeoises ». déjà rombreuses. Il est très remarquable qu’un grand nombre de ees livres sont des ouvrages allemands : en janvier 1904, on évaluait à 35.000 les livres en allemand sur 57.000 volumes. Peu à peu la littérature socialiste étrangère se traduit et ies livres en hongrois augmentent de nombre.

L'action du livre fut complétée par celle dela conférence : celles-ci sont nombreuses, écoutées, et portent sur les sujets les plus divers; elles se font dans les syndicats et, à côté d’eux, dans des cours libres ; à Budapest seulement, on est allé jusqu’à coopérer à la création d’une sorte d’université populaire, où l’on envoie les ouvriers les plus aptes à jouer un rôle actif; nous avons signalé plus haut l’œuvre et les tendances de cette « École libre ».

Enfin au livre et à la conférence devait s'ajouter le journal : il n’est pas de fédération qui n'ait aujourd'hui son organe, sa « feuille corporative »; quelques-unes ne tirent qu’à quelques centaines de numéros, et paraissent mensuellement ; la plupart sont bi-mensuels et comptent

jusqu’à 20.000 abonnés, comme /'Ouvrier du bâtiment, qui parait en trois langues, en hongrois, en allemand et en slovaque ; car il en est des journaux syndicaux comme des organes du parti : ils se publient en plusieurs langues, pour atteindre les ouvriers de toute nationalité: ainsi l'Ouvrier du bätiment, Typographia, organe hebdomadaire des tvpographes, l'Ouvrier métallurgiste, le Relieur, le Tailleur, le Tailleur de pierre, le Boulanger etlOuvrier des champs, ont une édition allemande, en outre de l’édition hongroise. Cette presse syndicale a pris un développement aussi grand et aussi rapide que la presse politique, dont nous avons parlé : elle tirait à une dizaine de mille exempläires en 1902 ; à la fin de 1904, ses 21 journaux atteignaient un tirage de plus de 50.000. Aujourd’hui il s'approche de 150.000. Augmentation du nombre des abonnés et accroissement des cotisations spéciales sont les deux signes indéniables de développement du mouvement.

Celte action, dont nous venons d’esquisser les principaux aspects, a eu pour résullat d'entraîner dans le mouvement socialiste, sinon les masses, du moins un nombre déjà considérable d'ouvriers. Surtout, — comme jl est du reste naturel que cela se passe dans une organisation récente, — l'accroissement du chiffre des syndiqués est extrêmement rapide. Ils n'étaient pas 10.000 en 1902; ils quintuplent en trois ans, dépassant 50.000 en 1905; ils atteignent 130.000 en 1907' et restent stationnaires depuis lors, nous avons dit ailleurs pourquoi. Si l’on évalue à 800.000 le

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