‹ La question sociale et le socialisme en HongrieChapitre 69 sur 122 · Cf. Documents annexes, lableau M · texte numérisé non relu

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bre de députés socialistes, les intellectuels viendront plus nombreux au parti; un syndicat peut s’en passer, un parti politique et parlementaire en a besoin ; aujourd’hui le socialisme hongrois ressent une défiance au moins théorique à l'égard des intellectuels et reflète en cela les idées allemandes de Marx et d'Engels, si bien que les intellectuels imbus du pur marxisme sont des « anti-intellectuels » ; demain cette défiance disparaitra dans la pratique, si, comme tout l’indique, le socialisme se jette dans la lutte électorale ; à ce moment, le mouvement social-démocrate revêtira un aspect non plus spécifiquement ouvrier, mais démocratique, et recrutera des adhérents dans des groupes sociaux différents.

Dès aujourd’hui il s’est infiltré chez les instituteurs : ceux-ci sont de petites gens, mal payés et mécontents ; ils étaient autrefois souvent partisans de l'opposition nationaliste ; mais, quand celle-ci arriva au pouvoir, elle ne leur donna pas satisfaction ; aussi des instituteurs se tournèrent-ils du côté d’une nouvelle opposition et se dirent socialistes à Budapest ; un assez grand nombre déjàadhèrent, parait-il, secrètement au parti. Dans les campagnes, symptôme particulièrement sérieux, quelques-uns se déclarent aussi social-démocrates : à la fin de 1906 par exemple, l'Association des instituteurs du comitat de Abauj-Torna dans une réunion tenue à Kassa résolut de former un syndicat au lieu d’une association et de s’aflilier à l’organisation syndicale.

De même que le socialisme est susceptible de trouver dans l'avenir des adhérents dans des groupes sociaux, où il a encore peu pénétré, de même il pourra s’étendre dans des nationalités, où son recrutement est aujourd’hui assez malaisé. Nous l'avons dit, il n’a jeté que des bases fragiles chez les Roumains, les Slovaques, les Slaves du Sud et les

Ruthènes. Mais ses chances d’extension sont ici plus lointaines, car elles se lient avant tout à sa pénétration dans le prolétariat agricole et dans les milieux agraires les moins riches et les plus arriérés.

Enfin, parmi les diverses confessions religieuses de Hongrie, catholique, calviniste, luthérienne, orthodoxe et israélite, ses progrès sont jusqu'ici très différents. Ce n’est pas que les chefs du mouvement n’agissent avec précaution en matière religieuse; s'ils sont à peu près tous libres penseurs, ils prennent garde de ne pas heurter les sentiments répandus dans la masse. Dans le programme du parti, la religion est déclarée « affaire privée » ; c’est comme une proclamation de neutralité religieuse. En fait, si les idées anli-religieuses des dirigeants se font sentir, Ja tactique journalière distingue soigneusement l'idée religieuse et les organisations ecclésiastiques. Ainsi le manuel d’une fédération * contient une dizaine de pages consacrées au « chrislianisme et socialisme »; on y publie la lettre d’un prêtre catholique de Budapest et l'écrit d'un pasteur suisse, qui déclament contre la société actuelle ; or, que veut prouver l’auteur ? C’est, dit-il, qu’ « aujourd’hui le vrai, l'originel esprit du christianisme fête sa renaissance, sa résurrection dans la social-démocratie » et que « des chrétiens croyants, de leur point de vue religieux et chrétien, arrivent à la même conclusion que les maitres du socialisme moderne ». À ce procédé adroit se joint de vives attaques contre les églises, particulièrement contre la hiérarchie et la politique catholique, plus active que celle des autres religions en Hongrie, comme nous le verrons.

Peut-être est-ce à cetle activité, peut-être aussi à la forte organisation du catholicisme, qui rend malaisée une

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