Voir Tableaux anneaes G, 3° el
exerçant cette profession au titre principal. Qu'est-ce cela quand on songe qu’en France pour une population double ilexiste 1.400.000 exploitations par métayers ou fermiers et en Allemagne pour une population triple 2.600.000 exploitations par fermiers! !
C’est qu’en Hongrie la règle comme mode d'exploitation est par tradition le faire-valoir direct : le propriétaire a son cheptel, ses instruments, qui lui seraient inutiles, s’il affermait sa terre ; le petit propriétaire, comme cela se comprend, trouve son bénéfice à diriger son exploitation et d’ordinaire à travailler ses champs lui-même avec les membres de sa famille et parfois avec des domestiques ; le grand propriélaire demeure sur ses terres une partie de l’année ; il y a, entous Cas, son château, une partie de sa famille ; il a Fe goût de la vie des champs, la tradition de la vie seigneuriale ; il sent qu'il doit être présent pour maintenir son iufluence ; malgré l'attrait de Budapest ou des villes étranoères avec ses plaisirs et le jeu, auquel le magyar se livre avec frénésie, l’absentéisme a fait de moindres progrès qu'ailleurs : si, une partie de l'hiver, beaucoup de membres de cette noblesse voyagent ; si, à la fin de l'hiver et au début du printemps, ils séjournent à Budapest pour la « season », le reste du temps ils demeurent le plus souvent sur leurs terres. Là, avec l’aide d’intendants ou d'hommes d’affaire, ils dirigent eux-mêmes leurs exploitations et ils emploient pour cela des domestiques agricoles et, au moment de grands travaux, des journaliers.
Domestiques et ouvriers agricoles, telles sont donc les deux grandes catégories du prolétariat agraire, en dehors des petits paysans-journaliers. Leur total forme un nombre
1. Il est vrai qu'il faudrait réduire ces chiffres de près de moitié, au moins pour la France, si l’on ne voulait compter que les fermiers et métayers non-propriétaires.
énorme, absolument disproportionné avec les chiffres que nous venons de donner pour les autres classes dela population agricole. Les domestiques agricoles sont 500.000, d’après le recensement de 1900 ; quant aux ouvriers agricoles, on doit évaluer leur nombre à 1.500.000 au minimum c'est-à-dire au quart de la population active de Hongrie!. Avec leur famille ils constituent une masse flottante dans les campagnes de plus de 3 millions d'individus, milieu susceptible de devenir singulièrement favorable au développenient d’un mouvement ouvrier. D'autant que dans le centre du pays, particulièrement sur le cours moyen de la Tisza et entre le Danube et la Tisza, comme aussi dans le centre de la Transylvanie, la proportion des journaliers est encore beaucoup plus forte et atteint les chiffres extraordinaires de 30 et 35 p. 100 de ia population active de la région” .
Cet exposé dans son aridité donne le sentiment net que les bases sociales de la Hongrie ne sont pas saines : la population rurale se répartit les terres avec une inégalité trop marquée, le nombre des prolétaires y est trop grand par rapport à celui des propriétaires : une enquête privée faite en 1905 estimait qu’à cette date sur une population rurale globale de 12.600.000 âmes, 3.100.000 appartenaient à la classe des vrais propriétaires indépendants, tandis que 9.500.000 constituaient le prolétariat agraire *. Une telle extension de ce dernier d’une part et
A. Voir Tableaux annexes, B, G %, et H; le recensement de 4900 ne donne que le chiffre de 1.385.000 : mais il y a en outre 278.000 journaliers-qui ne sont comptés ni dans l'industrie, ni dans l’agriculture, et dont la plus grande partie doit être attribuée à cette dernière. De l'enquête de 1890 on peut déduire que 1.522.000 journaliers agricoles ou sans désignation spéciale existaient alors; or, depuis cette époque, le
nombre a assez sensiblement augmenté. On doit donc regarder le chiffre de 1.500.000 que nous donnons comme un minimum.