‹ La Question socialeChapitre 5 sur 9 · L'EGLISE A FONDE LES PREMIERES ASSOCIA- TIONS OUVRIERES · texte numérisé non relu

L'EGLISE A FONDE LES PREMIERES ASSOCIA- TIONS OUVRIERES

L'P]glise est loin de défendre aux ouvriers de s'unir afin de faire respecter tous ces droits, iie s'assurer un travail stable et régulier qui leur permette d^ vivre et de f^ire vivrr ((ui leur donne un lendemain assuré, un foyer honoré où })réside la mère de famille, libre d'élever ses enfants.

^'11 n'est pas bon que l'homme soit seul". Telle est 1 1 ,i:çrande et féconde parole que Dieu a jetée sm- le berceau du monde.

"Vous êtes tous frères,'' divsait Jésus Christ. "Là où deux ou trois sont réunis en mon nom. je suis au milieu d'eux."

L'association, c'est le corps humain dont les membres s'entr'aident par une amicale relation de mouvements et de généreux concours. Les hommes réunis sont plus forts. Voilà pourquoi rassf)ciation peut faire beaucoup de bien. Elle assure à l'ouvrier une protection ; groupés, les travailleurs constituent une force avec laquelle le patronat rs' n' lige de compter; ils peuvent efficacement défendre leurs droits et ils sont en état de débattre librement les conditions du contrat de travail et de n'accepter que celles qui leur paraissent équitables. La corporation prenant fait et cause pour ses membres et se solidarisant avec eux, il est beaucoup plus difficile de se permettre impunément à leur égard un déni de justice ou un abus de pouvoir. Si rien n'eet plus faible qu'un ouvrier isolé, rien n'est plus fort qu'un ouvrier soutenu par un groupement nombreux.

C'est l'Eglise qui, au moyen âge, a fondé ces sociétés d'ouvriers qui s'appelaient Corporations. Elle engageait tous les ouvriers à en faire partie. Elle donnait un saint pour protecteur à chaque métier. Le jour de la fête du patron, les membres de la Corporation faisaient chanter une messe solennelle; ils y communiaient et y offraient le pain bénit.

L'ouvrier était heureux en ce temps-là parce qu'il savait se contenter de sa modeste situation. Il avait la santé, le travail; la joie. Il comprenait alors cette belle et consolante parole de l'Apôtre: "les afflictions de cette vie qui, après tout, ne durent qu'uj^ moment et peuvent être supportées, produiront là-haut pour nous une éternelle et incomparable gloire." On n'avait pas encore flatté ses mauvais instincts; on ne lui avait pas encore dit qu'on ne cherchait qu'à l'exploiter, qu'il était le plus malheureux des êtres; que le patron s'engraissait de ses sueurs et tant d'autres faussetés, tant d'exagérations qui ont pour but unique de jeter la division entre le maître et l'ouvrier.

Et quand on pense à ces associations ouvrières qui gardaient et vénéraient avec tant de ferveur l'image de leur

saint patron, dispensaient avec tant d'abondance le pain de l'aumône aux membres appauvris, visitaient avec tant d'affecti«)n les membres malades et offraient pour les défunts tant do prières, tant de sacrifices, quand on pense à ces belles Corl)or:itions qui rendaient l'ouvrier si heureux et qu'on regarde ((iielques-unes au moins de celles qui ont surgi de nos jours, la tiistesso p'empare du cœur et on est obligé d'avouer que les siècles ont été loin de tout améliorer.

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