LA FRATERNITE AU PIED DES AUTELS
L'Eglise aidera de tout son pouvoir l'ouvrier à avoir un foyer oii il apportera ses sueurs à. des êtres qu'il aime, mais elle verra aussi à ce qu'il ait -des., .autels où il viendra reprendre baleine sur le cœur d'un Dieu qu'il adorera.
Vous aurez beau donner à l'ouvrier du travail, vous aurc^z beau décupler son salaire, si vous ne lui procurez pas une religion qui le repose, le relève, le moralise, le transfigure, il ne sera jamais heureux. L'ouvrier n'est pas une machine; il a une âme et cette âme a absolument besoin des autels au pied desquels il ira s'a2;enouiller, tout près de Jésus, ouvrier comme lui, où il se sentira l'enfant de Dieu, le frère du Sauveur du monde, l'égal de tous, où il répétera les l)aroles du Prophète royal: "Louons le Seigneur, car II a regardé le ])auvre dans sa misère et II l'a placé parmi les ])rinces, ''de sfercore evigens pauperem./'
Là au pied des autels, l'ouvrier oubliera les soucis et les labeurs de la vie présente; il rapportera au foyer domestique cette joie de l'âme auprès de laquelle tous les plaisirs du monde paraissent fades et insipides, cette allégresse spirituelle, ces douces émotions qui accompagnent et suivent la ])ratique du devoir et qui faisaient dire au Prophète royal: "h^afa qens cuj'W'i est Dominus Deu.s ejus, heureux le peuple dont Dieu est le Maître souverain."
Là, dans l'église, le riche et le pauvre se rencontreront dans la maison du Père commun et tous se sentiront frères. La doctrine chrétienne qu'on leur prêchera leur rappellera
que devant Dieu, grands et petits, riches et pauvres, sont unis par les liens d'une même religion comme d'une même nature; que, comme tous respirent le même air, mangent le même pain, prennent un même sommeil et vont dormir dans le même champ de repos, tous aussi sont chrétiens paile même baptême, fortifiés par la même grâce, nourris par les mêmes sacrements, exposés aux mêmes fautes, pardonnés par la même misérisorde, appelés au même ciel. Ces sentiments de la véritable égalité effacent toutes les distinctions secondaires, rapprochent toutes les conditions.
Là, dans l'église, l'ouvrier ira s'asseoir à côté du riche; il se sentira chez lui ; il retrouvera le sentiment de sa dignité trop souvent affaiblie; il oubliera ses fatigues, ses épreuves: quelque chose de doux, de bon, de pur, de fort, entrera dans son âme; sa tête se relèvera au souffle des espérances immortelles et, pour un instant, le lourd fardeau de la vie, la duro inégalité de sa condition pèsera un peu moins sur ses épaules écrasées.
Là mieux que partout ailleurs il comprendra que le but de la vie n'est pas dans la vie, que la fin de l'homme n'est pas d'amasser des richesses périssables, qu'il peut élever et embellir sa demeure, mais qu'il doit aussi se .rappeler qu'^ ces demeures ne sont que des tentes d'un jour, qu'il n'y a pas ici-bas de cité permanente et qu'il marche vers la glorieuse cité de l'avenir.
Amenez les hommes au pied des autels où tous, maîtres et serviteurs, riches et pauvres, adorent Dieu, apprennent du même MaHre à être doux et humbles de cœur, à se dévouer les uns pour les autres, à craindre le même souverain Juge, à espérer la même et suprême récompense, et la solnti')n d^ la question sociale aura fait un grand pas.