LA CROATIE
proportion. On jugeait plus prudent à Rome de laisser la Croatie à ses anciens maîtres. D'autre part, la diplomatie russe, mal informée et préoccupée d'empêcher la contamination religieuse des Slaves orthodoxes par les Slaves catholiques, se rallia à cette combinaison qui fut consacrée, au printemps de 191 5, par ce qu'on appela la clause du veto. Les Cabinets de Paris et de Londres eurent la faiblesse de s'associer à un engagement contraire au droit des peuples de disposer d'eux-mêmes. La clause interdisant l'union des Croates avec les Serbes ne figure pas dans le texte lu le 13 février 191 8 à Montecitorio. Toutefois, elle a été formellement mentionnée, dans la seconde moitié de 1917, par des amis avérés de la Consulta. A cette époque, dans l'entourage de M. Sonnino, on paraissait désireux de négocier la renonciation à la clause du veto contre la reconnaissance par les Yougoslaves des autres stipulations des arrangements de
Nous avons mis en lumière ailleurs (x) les funestes conséquences de ces arrangements préparés dans le secret à l'insu de tous les Yougoslaves intéressés, y compris le gouvernement serbe allié. Leurs auteurs étaient certainement animés de louables intentions. Mais ils ignoraient les éléments essentiels des questions qu'ils traitaient. La guerre mondiale a révélé la profonde ignorance, en matière de politique extérieure, de la plupart des hommes d'Ëtat d'Europe et d'Amérique. Que d'exemples on citerait, si la courtoisie le permettait! L'excuse de ces personnages, si toutefois c'en est une, se trouve dans le déplorable défaut de préparation politique de la jeunesse. On fait beaucoup de politique, on en fait trop ; mais presque personne n'apprend de façon méthodique ce que devraient savoir les hommes qui peuvent être appelés à participer à la direction des grandes affaires
(x) Dans un article sur l'Italie et la guerre, dans la Revue de Paris du Ier février 191 8.