M LA QUEUE
cette domination, à cette couronne (Janin, mon ami, en ètes-vous bien sûr?) Voltaire est resté notre espoir, notre consolation, notre orgueil,
NOTRE PÈRE ET NOTRE MKRE {sic); il est tOUt pOUr
nous, il est tout ce siècle, il est le monde!... Et plus nous sommes insultés par les cuistres (ce gros littérateur appelle cuistres ceux qui défendent l'Évangile oA la croix), plus nous comprenons qu'il disait vrai. « Je vous ai délivrés d'une bête féroce! » criait-il. Non! non! il l'avait muselée à peine, et la bète féroce a brisé sa muselière... »
Ah! miséricorde! est-ce que vous avez peur d'être dévoré, cher monsieur Janin?
Tranquillisez-vous. Les catholiques, muselés ou démuselés, ne vous mangeront pas : vos discours, vos principes et le dégoût les tiennent à distance.
On doute, en vérité, du témoignage de ses yeux, quand on lit de pareilles choses.
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Essayez, je vous prie, de soutenir (jue la Queue de Voltaire, comme je Fenlends, est un simple épouvantai!. Vous voyez ce que ces gens-là pensent, aujourd'hui encore, et la manière dont ils raisonnent?
Je reviendrai sur ce beau livre et sur celle belle préface.
L'essentiel est d'user ici des précieux renseignem.ents (jue M. Arsène Houssaye veut bien m'oflVir pour achever ce chapitre. D'abord, il avoue la ruine à peu près complète des hôtes de l'écrivain, par ces paroles qu'il emprunte à la spirituelle médisance d'une contemporaine de Voltaire, madame du Deffant :
« Représentez -vous une malb^esse d'école (c'est d'Emilie qu'on parle), sans hanches, la poitrine étroite, avec de gros bras trop courts pour ses pa'^sions, des pieds de grue, deux petits yeux vert de mer et vert de terre, la lèvre plate et les dents clair-semées, qui veut être belle en dépit de la nature et de la l'ortune,
car elle n'a pa^ toujours une chemise sur le dos. » C)
C'est on ne peut plus explicite.
La question de beauté, chez la inaïquise, n'a qu'une importance médiocre. Si on ne dispute
(') Page 138. — La marquise avait aidé puissamment son époux à consommer la ruine commune. Un soir, au jeu de la reine, à Fontainebleau, elle perdit quatre-vingt-quatre mille francs. {Mémoires sur Voltaire, par Longchamp. — tome II, page 138.) Il résulte de tout ceci que M. Nicolardot se trompe, en disant que Voltaire vivait aux dépens de madame du Chastelet. Plus tard, il fit gagner aux époux un procès qui leur mit en potlie deux cent mille livres, sur lesquelles il voulut en vain reprendre quarante mille francs prêtés au marquis. A la mort de madame du Chastclet, il transigea pour une pension viagère de deux mille livres qui ne fut jamais payée. Enfin il réduisit la somme à quinze mille livres, savoir : dix mille livres espèces et cinq mille livres en meubles. « Et quels meubles ! s'écrie-t-il, des meubles que j'ai achetés et payés, comme la commode de Boule, etc. « (Lettre à madame de Montrevel.) Deux ans plus tard, écrivant à Frédéric pour lui demander une indemnité de route : « Il m'est impossible, disait-il, de faire en ce moment une dépense extraordinaire, parce qu'il m'en a coûté beaucoup pour établir mon ménage, el que les affaires de madame du Chastelel, mêlées avec ma foutune, m'ont coûté davantage. »
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pas des guùts, c'est principalement dans le domaine de la passion.
D'ailleurs, M. de Voltaire avait un motif plausible d'arrètei" son choix sur une maîtresse d'école. 11 voulait étudier les sciences, afin d'étonner l'Europe et le monde par la multiplicité de ses aptitudes.
Or, comme il approchait de la quarantaine, et que ses agiéments physiques se fanaient de plus en plus chaque jour, il trouvait commode, avec les mêmes déboursés, de rétribuer des fonctions doubles. Partout il eût payé les fournisseurs, et chez le marquis il économisait un maître de njalhémaliques. La science, l'avarice et la débauche y trouvaient chacune leur compte.
Voici d'autres détails précieu.x fournis par M. Arsène lloussaye:
<i Emilie, (jui savait déjà le latin, se mil à apprendre trois ou quatre langues vivantes. Elle
traduisit Newton, analysa Leibnitz et concourut pour le prix de l'Académie. Voltaire ne voulut pas rester en arrière ; il se fit savant, presque aussi savant que sa maîtresse. N'est-ce pas un curieux spectacle que ces deux amants qui ne trouvent rien de plus beau que de se disputer sur des points de pbysique et de métaphysique? Leur amour éclatait le plus souvent en bourrasques. Dans leur jalousie ou leur colère, ils allaient, le dirai-je? (dites, monsieur, ne cachez rien) ils allaient jusqu'à se battie (Oh !) La bourrasque passée, les amants pleuraient comme des enfants taquins. M. du Chastelet survcnail et les raccommodait avec effusion (brave et digne homme !) Un jour que la marquise cachait SCS larmes", il lui dit : « — Ce n'est pas d'aujourd'hui que Voltaire nous trompe. )) Un peu plus tard , il disait à Voltaii-e : « Ce
(') l>fs \MpX 141.
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n'est pas d'aujourd'hui que ma l'emmc nou!^ trompe. » (*)
Lecteur honnête, décidez, je vous prie, quel est le plus ignoble des trois !
On s'imagine bien que l'espèce de dénonciation de l'époux troubla quelque peu le philosophe. Il eut, à dater de ce moment, l'oreille aux écoutes et l'œil au guet, pour tcàcher de surprendre la coupable Emilie.
« Un soir, dit encore M. Houssayc, la sachant enfermée avec le mathématicien ClairauH, sous prétexte de prendre une leçon de géométrie, il donna à la porte un si violent coup de pied qu'il la jeta hors des gonds. La scène fut terrible; l'amant foudroya le maître et l'écolière. — Un autre jour, entrant à l'improviste dans la chambre de madajne du Chastelet, il trouva Saint-Lambert (') à ses pieds. On avait
(') Le pocfo des Snisoii.i.
oublié de pousser le verrou. Voltaire ne lut pas moins foudroyant pour le poète que pour le mathématicien. Il s'en alla commander des chevaux de poste. La marquise donna contreordre et monta à la chambre de Voltaire. Elle le trouva couché et. malade. Il la battit. Néanmoins, ajoute M. lioussaye, il fut magnanime et pardonna. « — Mais, dit-il à Saint-Lambert, une autre Ibis, poussez le veirou ! » (')
En voilà sullisamment, ce me semble, sur le château de Cirey et sur ses holes.
Si j'avais tracé moi-même un pareil tableau de mœurs, on aurait jeté les hauts cris. Je n»' suis pas lâché que les couleurs aient été broyécipar un autre, et (ju'un partisan de Voltaire ait teiui la palette.
C'est du lond de cet asile [)lein d'o|tprobic et de scandale qu'on a vu sortir toutes les impu-
l'i Payes 142 et li3.
relés L'I tous les blasphèmes que le dix-huitième siècle a salués de ses applaudissements. f> Montre-moi la source, dit le proverbe arabe, je te dirai si lu dois boire. »
Oïli iFi notice iDiographique rlia patr-itirclae !=5e complète.
J'ai beaucoup de place à réserver aux disciples, et je dois abréger l'histoire du uiaitre.
Pour toute àme loyale, qui ne cherclie pas à s'aveugler systématiquement en face de l'évidence, Voltaire est une des natures les plus méprisables que le scalpel du psychologue ait jamais soumises à l'étude anatoniique.
Libertin gangrené, sa vie tout entière ne l'ut qu'un tissu de dépravations audacieuses qu'il affichait avec un cynisme à soulever le cœur.
Il n'y a pas d'exemple d'une vieillesse plus
cori'umpue que lu sienne el plus eirrunléinent impudique. Loin de moi la pensée de remuer ici, comme preuves, les ordures entassées dans ses œuvres de septuagénaire : il me sulïira de signaler au lecteur les lignes suivantes, qu'il traçait à l'âge de soixante-quatre ans :
«Votre idée, ma chère nièce, de l'aire jieindre les belles nudilcs, d'après Natoire el Bouclier, pour rayai l la nlir ma vieillesse, est d'une âme compatissante, et je suis reconnaissant de celle belle invention. On peut aisément, en elTet, faire copier à peu de Trais, au Palais-Royal (le duc d'Orléans le permet), ce qu'on trouveia de plus beau el de plus immodesle. » (*)
Voltaire ne s'occupa jamais que de trois choses avec passion, je puis dire avec frénésie : il entassa l'or par les moyens les plus illicites, consacra cet or à une vie honteuse, (^t s'ellorça
t') (lonespoiidanir. — Juin 1757.
de justifier sa débauche et ses vices en attaquant la religion pure et sainte qui les trappe d'anathéme.
Cet écrivain démocrate, irréconciliable ennemi de tous les jougs, ce poète si éloquent dans ses épîtres contre l'esclavage, trouva juste et rationnel de gagner six à huit cent mille livres, en s'associant à la spéculation d'un armateur de Nantes, qui frétait des navires, et les envoyait sur le rivage africain charger une cargaison de noirs, destinés à être vendus à New- York.
Joignant l'hypocrisie à l'avarice, Voltaire écrivait à son associé :
c Je me féUcite avec vous de l'heureux succès du navire le Congo, arrivé si à propos sur la côte d'Afrique pour soustraire a la mort tant de malheureux nègres. Je sais que les noirs embarqués sur vos bâtiments sont traités avec autant de douceur que d'nuMANiTÉ, et, dans une telle circonstance, je me réjouis d'avoir
fait une donne m taire, en même temps qu'une