i LA QUEUE
Essayer, à noire époque, une apologie sérieuse de ce philosophe est une mauvaise action. Benjamin Constant, qui, dans l'autorité du discours, dépasse de cent coudées MM. Houssaye et Janin, s'écrie :
« Le voltairianisme descend de ses tréteaux usésî Pour rire encore avec Voltaire aux dépens des livres saints , il faut posséder deux qualités qui rendent cette gaieté fort triste : une grande ignorance et une grande légèreté. ^)
M. de Bragelonne, dans une de ses chroniques, parle ainsi à l'auteur du Roi Voltaire :
« Vous mettez votre talent. Monsieur, au service d'une méchante cause. Quelle était donc la royauté de Voltaire? Celle de l'esprit; mais les ducs d'Ayen (*), de Richelieu et de Nivernais,
(') C'est le duc (rAyeii qui a fait un mot devenu célèbre, au moment où les brochures de Voltaire sm- Calas avaient tant de retentissement. On cherchait à excuser le tribunal qui avait condamné le protestant de Toulouse. « — Que voulez-vous, disait une dam^, il n'y a pas de bon cheval qui ne bronche.
DE VOLTAIKE. 155
ses contemporains, ne baissèrent jamais pavillon devant lui. L'abbé Maury et Rivarol, sans compter Beaumarchais, l'eussent maté. Fréron, si calomnié par Voltaire, Fréron, le pauvre et incorruptible Fréron, tout aussi spirituel que Voltaire, lui était supérieur sous le rapport du goût. Dispensez-vous donc d'ériger une nouvelle statue à ce philosophe. N'est-ce pas assez de la
— A la bonne heure, répondit le duc, mais toute une écurie? 1) Voltaire aurait donné Tin-folio de mémoires, griffonnés par lui sur le procès, pour avoir trouvé cela. On lui a prodigué d'interminables louanges à propos de la réhabilitation de Calas, amenée par ses soins, et dans laquelle il n"a cherché qu'un moyen de propagande antireligieuse. « Rien n'est moins prouvé, dit l'auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg, que l'innocence de Galas. 11 y a mille raisons d'en douter, et même de croire le contraire. » Et c'est peut-être dans les preuves de culpabilité recueillies après cette réhabilitation qu'il faut chercher le secret de la répugnance de la magistrature à revenir aujourd'hui sur une chose jugée. Voltaire, pour avoir injustement soulevé l'opinion et pris le parti d'un coupable de son siècle, enlève aujourd'hui toute espérance aux victimes judiciaires. Il écrivait à Tronchin, le célèbre docteur de Genève : « Vous avez trouvé mon Mémoire sur Galas trop chaud, je vous en prépare un autre au bain-marie. » Ce soi-disant vengeur de l'innocence boufîonnait avec son rôle.