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Épargne et formation de la propriété individuelle

Elle aussi, en tant qu’elle n’a pas pour objet les moyens de production collectif, est complètement compatible avec le principe fondamental du socialisme.

A l’encontre de toutes les autres opinions très répandues, il faut répéter encore une fois que le

socialisme n’exclut ni la propriété en général, ni la propriété privée.

Le collectivisme, il est vrai, réclame sérieusement et assez exclusivement la collectivité des capitaux productifs, mais il n’exclut ni la propropriété en général, ni la propriété privée. De même la libre consommation immédiate et la libre accumulation privée des biens ne servant pas à la production, et le droit d’héritage de cette propriété privée consistant en moyens de jouissance, n’ont rien d'incompatible avec le collectivisme.

La suppression de la propriété privée en général et le nivellement des besoins ne sont nullement des conséquences obligées du socialisme contemporain.

Les moyens de travail collectif , et non les moyens de consommation individuelle, doivent en général être mis en propriété collective.

Il est impossible que les moyens d’existence qui ne peuvent être consommés qu’individuellement, les vêtements qui ne peuvent être portés que par une seule personne, les moyens d’instruction dont chacun doit prendre sa part, puissent être propriété commune.

Il est d’autant plus nécessaire d’insister là. dessus que l’opinion publique est portée à attri-

buer aux collectivistes bien plus de communisme et d’idées nivelleuses en ce qui touche l’emploi du revenu et la direction du ménage qu’il n’y a lieu de le faire en se rapportant aux écrits des socialistes et en recherchant les conséquences vraies du socialisme. Et cela a lieu tandis qu’on paraît à peine se faire une idée d’ensemble de l’immense bouleversement que produira le socialisme dans le domaine de la production et de l’échange. C’est de là que vient le manque d’une juste appréciation.

Voilà pourquoi il est très regrettable qu’on ne veuille pas se faire, avec calme et réflexion, une idée claire du principe collectiviste dans sa véritable portée et qu’on ne sache pas faire une distinction nette entre l’essence et les accessoires du socialisme. La conséquence est celle-ci : d’un côté on amoindrit l’importance du socialisme et d’un autre côté on le défigure monstrueusement.

On voit même des personnes instruites faire preuve, en ce qui touche la négation de la propriété, d’une ignorance telle qu’elle saute aux yeux de milliers de travailleurs ordinaires, qui expliquent volontiers cette ignorance comme résultant de la malveillance des classes dominantes.

Nous le disons en insistant : il n’est pas vrai que le collectivisme veuille abolir toute propriété, qu’il soit la négation complète de la propriété, il repousse seulement l'appropriation privée des moyens de production et il veut la remplacer par la mise en propriété collective de ces mêmes moyens de production (biens-fonds, ateliers, machines, etc.). La propriété privée des moyens de consommation ou de jouissance n’est pas et ne peut pas être repoussée. Aucun socialiste contemporain n’est assez imbécile ni assez fou pour repousser l’appropriation privée et le libre emploi des moyens d’existence, tels que vêtements, mobiliers, livres, etc.

Nous le répétons, la propriété collective doit seulement s’étendre aux moyens de production (où régnent déjà la division et l’association du travail), c’est-à-dire au capital qui doit faire partie du domaine social, comme cela a déjà lieu pour les rues et les routes, les places publiques, les institutions commerciales, judiciaires, d’instruction, de police, etc.

Ainsi on veut étendre le principe collectiviste (déjà amplement en vigueur aujourd’hui), aux moyens de production, basés sur la division du travail, c’est-à-dire au capital social.

Il est bien évident que seulement dans le do-

maine de cette extension de la propriété collective, la propriété individuelle sera restreinte.

Nous appuyons fortement sur ce point, non pour défendre ou pour combattre cette extension de la propriété collective, mais pour empêcher quon ne pose à faux cette question.

Quiconque connaît quelque peu la littérature socialiste sait combien cette insinuation que le socialisme voudrait l’abolitipn absolue de toute propriété, est exploitée par les meneurs du prolétariat pour accuser les classes possédantes et instruites, de mauvaise foi, de calomnie et de basse et mensongère dénonciation.

En effet, il n’est pas vrai que le socialisme veuille des 'partages périodiques annuels. Il demande le rachat des moyens de production sociale, comme se fit autrefois le rachat des charges et servitudes féodales. Il veut ensuite mettre en commun ces moyens de production et partager le produit annuel, créé à l’aide du capital social, entre tous les travailleurs, au prorata du temps et de la qualité de leur travail.

On peut regarder cette réclamation comme impraticable et même comme contraire au but, mais il n’est pas vrai que ce soit là un partage périodique des fruits du travail et de I épargne de chaque individu, avec des mangeurs fainéants;

et il n'est pas vrai non plus qu’il y ait là l’idée insensée de vouloir abolir la propriété privée des moyens de consommation, qui, d’après leur nature, ne peuvent être consommés que d’une manière privée, soit exclusivement par un seul, soit dans le cercle séparé d’une famille.

De même il n’est pas vrai que le principe de la propriété collective soit un principe nouveau par excellence, étranger et hostile au droit existant, car toutes les collectivités morales de l’Etat, de l’Eglise et de la Commune, comme aussi les collectivités familiales représentent la propriété collective dans une large mesure.

La question est uniquement celle-ci : les moyens de production en tant qu’ils sont déjà maintenant la base fondamentale du travail national, associé et divisé, doivent-ils devenir la propriété collective (nationale ou communale) de l’administration sociale de la production ? Voilà la question.

Qu’elle soit résolue de cette manière ou d’une autre, il est évident que ni la propriété privée de tous les biens, ni la propriété en général n’y sont mises en question. Toute base de discussion raisonnable manque, et l’on ne fait qu’exciter profondément les passions du prolétariat, quand, au lieu de s’en tenir exactement à la

question réelle, on attribue au socialisme des choses dont il ne veut pas lui-même ; danger immense, car accuser le socialisme de vouloir des « 'partages * sans cesse renouvelés, quand il veut la mise durable en commun des moyens de production, c’est démontrer qu’il n’y a rien de sérieux dans les réfutations anti-socialistes.

La négation du droit d’héritage individuel et familial n’est de même ni une conséquence nécessaire, ni un intérêt essentiel du socialisme.

Le socialisme pourrait dire avec raison aux exaltés qui veulent « abolir » le droit d’héritage : que Dieu me garde de mes amis !

Le principe du collectivisme accorde au droit d’héritage juste autant de place qu’à la propriété privée, quelles que soient toutes les fables débitées là-dessus par les socialistes anciens et modernes, et quelles que soient les conclusions de certains écrivains socialistes qui allèchent le prolétariat en parlant de l’abolition ou d’une importante restriction du droit d’héritage.

Mais il est bien entendu qu’aucun droit d’héritage privé ne saurait être attaché au capital qui serait dès lors l’héritage collectif et inaliénable de la communauté.

Le socialisme ne peut pas laisser subsister l’appropriation privée du capital, laisser diriger

et exploiter par des individus quelconques et à leur profit le procédé social de production, ni laisser se créer de nouveaux capitaux individuels et par conséquent les laisser héritables. Mais s’il pouvait faire que les moyens de production, les capitaux, ne soient plus en propriété individuelle, s’il pouvait faire cela (comme la Révolution bourgeoise de 1789 a définitivement aboli la grande propriété féodale), il pourrait parfaitement accorder le droit d’héiitage des moyens de consommation, vêtements, meubles, moyens d’instruction, d’amusement, objets d’art, etc., .sans porter la moindre atteinte à son principe fondamental.

Ce droit d’héritage serait d’ailleurs limité en lui-même; car l'excédant des moyens de consommation qu'on pourrait léguer serait forcément restreint parce que la richesse actuelle des particuliers en moyens de consommation disparaîtrait avec leurs sources de rentes.

Beaucoup de gens ont trouvé incompréhensible que Karl Marx , le socialiste le plus influent et le plus conséquent, n’ait pas proclamé, en premier lieu, l’abolition du droit d’héritage dans l’État futur. Un peu de réflexion suffit pour montrer qu’étant donné la mise en collectivité des capitaux, le droit d’héritier des moyens de

jouissance a une portée excessivement secondaire. Même si les socialistes réalisaient aujourd’hui un rachat des capitaux, analogue dans ses résultats à l’abolition par la bourgeoisie de la grande propriété féodale, ils pourraient accorder immédiatement le droit- d’héritage des valeurs données en échange, qui ne pourraient être, comme nous l’avons montré plus haut, chapitre II, que des valeurs représentatives de moyens de consommation (ou même des rentes annuelles) et non de moyens d acquisition.

Les fils des millionnaires auraient soin que les moyens de jouissances des dynasties d’argent actuelles soient réduits a des proportions raisonnables et cela dans l’espace de quelques générations.

Le droit d’héritage n’est un gros morceau (si l’expression est permise) qu’en tant que les capitaux productifs ou moyens de production (sources de rente) font partie de la propriété privée.

Que cela soit changé et il n’y aura plus que des successions modestes qui ne pourront introduire dans l’état social aucune inégalité dangereuse de fortune.

Il faut s’étonner, au contraire, que l’agitation socialiste n’ait pas depuis longtemps protesté hautement et solennellement contre l’imputa-

tion qu’on lui fait de vouloir abolir le droit d’héritage familial et le droit de tester. Le socialisme pouvait, sans se départir en rien de soit principe, comme on l’a vu, faire sincèrement cette protestation.

Après ce que nous avons dit des conséquences économiques du socialisme, en ce qui touche la consommation et le ménage, il est facile d’aborder ses conséquences en ce qui touche le mariage et la famille, pour porter un jugement sûr.

Parmi les socialistes d’aujourd’hui , on rencontre des opinions « libres » relativement au mariage et à la famille, qui vont quelquefois jusqu’à « l’amour libre ». On pourrait citer sur ce point de graves indications.

Mais parmi les classes possédantes et instruites Y amour libre et la religion libre sont aussi très répandues en théorie et en pratique.

C’est pourquoi, pour l’homme politique dont l’horizon est plus large, la question se pose ainsi : l’abolition du mariage indissoluble, de l'éducation familiale et du droit familial d’héritage sontils oui ou non des postulats inhérents au socialisme?

A cette question, il faut répondre négativement.

L’abolition de la propriété privée des moyens

de 'production sociale établit déjà une limite indirecte si énergique à la grande inégalité des ménages, de l’éducation familiale et de l'héritage? que précisément l’Etat socialiste pourrait accor* der sans aucun danger la liberté individuelle du ménage, de l’éducation familiale et de l’héritage, en ce qui touche les moyens d’entretien et de jouissances. Il n’y aurait pas, nécessité absolue d’organiser, d’après les idées solidaristes de Fourier, les dortoirs, les réfectoires, les salles de jeu; et la contrainte sociale n’irait guère au delà de l’instruction obligatoire d’aujourd’hui. Il est vrai que les choses de la cuisine, du recurage, de l’éclairage, du chauffage, devraient être organisées autrement, parce que les serviteurs personnels — qualifiés d’esclaves domestiques par le socialisme — devraient être remplacés, en partie par des applications mécaniques étendues aux travaux de ménage, et en partie par la libre vocation de ceux qui préféreraient ce genre de travaux.

Si les magnifiques cuisines privées et les salons luxueux privés devaient disparaître, il n’en faudrait pas renoncer pour cela à la table privée et au logement privé. L’impulsion serait donnée à la mécanique qui ferait beaucoup de travaux incombant maintenant aux domestiques.

La physionomie des maisons serait toute autre : point de palais luxueux appartenant à un seul, point de trous infects en guise de logement; mais la demeure privée et la vie de famille ne seraient pas exclues.

Les socialistes contemporains doivent s’attendre à une grande opposition contre l’amour libre parmi des populations qui seraient presque au niveau des classes moyennes d’aujourd’hui. (1)

(l) Ces populations seraient moralement supérieures par leur instruction p’us rationnelle et par la cessation de l’antagonisme des intérêts. Qu’entend-on par amour libre ? Les socialistes demandent en général Vun:on libre , c’est-à-dire le mariage vivifié par la liberté et n’ayant d’autre lien que l’amour réciproque et l’acceptation de devoirs ou pour mieux dire la moralité des conjoints. Il est évident que cette forme matrimoniale appelle des contractants supérieurs en moralité aux membres de la société bourgeoise actuelle. Le mariage légal indissoluble est une précaution sociale prise contre des individus qu’on juge indignes de pratiquer librement leurs devoirs, il en est ainsi de presqne toutes les lois bonnes ou mauvaises ; à mesure que progresse la civilisation, le nombre de ces lois va diminuant ; elles doivent périr, quand elles ne sont plus une forme êdticative. Les lois matrimoniales ne font pas exception : elles disparaî-

On ne se laisserait pas prendre par l’Etat et les maîtres d’école ses enfants, ses parents ou son conjoint, plus volontiers que ne le font aujourd’hui les classes moyennes.

Les pédagogues à l'esprit faux, les libertins et autres exaltés du socialisme ne réussiraient pas envers et contre tous, contra naturam , mais ils essuieraient l’échec qu’ils mériteraient

Certainement la vie intérieure de la famille serait en rapport direct avec l’ordre de production, et les travaux des femmes dont on pourrait se passer n’auraient plus leur raison d’être, et sur ce point, qu’on ne s’y trompe pas, le socialisme pourrait prendre une force de conviction et de propagande énorme, justement en ce qui touche la pureté de la vie de famille, le mariage, le système de logement, le travail des femmes, la conservation des enfants, dès qu'il rejetterait ses tendances profondément irréligieuses et matérialistes qui ne découlent pas de son principe, mais qu’il partage avec toutes les classes de la

tront quand, n’étant plus" qu’une pure oppression, elles répugneront à la dignité humaine. Et il en sera ainsi en civlisation socialiste, on peut le prévoir. (Note du traducteur . )

société actuelle, qu’il a acceptées seulement provisoirement et qu’il doit à la fantaisie de ses premiers fondateurs français (1-2).

(i) Fourier, Phanéragomie , etc.

• (2) L’éminent auteur nous paraît être tombé ici dans une erreur d’appréciation et une erreur de fait. L’erreur d’appréciation concernant la grande utilité que trouverait le socialisme à se faire religieux et spiritualiste, nous ne la discuterons pas, ayant simplement à présenter la Quintes: ence du socialisme aux lecteurs français, sans avoir à L’approuver de la première à la dernière ligne. C’est aux lecteurs à juger ce puissant travail.

L’enreur de fait consiste à dire que ce sont les socialistes français qui ont donné au socialisme ses tendances irréligieuses et matérialistes. Rien n’est plus faux. Ce qu’on doit reprocher à la masse des premiers socialistes français, c’est justement leur spiritualisme effréné et leur religiosité. Saint-Simon et ses disciples, Cabet et ses communistes, Bûchez et ses associationnistes, s’intitulent néo-chrétiens . Fourier et les siens sont déistes convaincus et spiritualistes déterminés. Pierre Leroux et son école, panthéi >tes-spiritualistes; Proud’hon, spiritualiste et déiste à ses heures; Louis Blanc, plus que déiste, providentialiste. Auguste Comte n’est pas spiritualiste, mais il jette les bases d’une religion de l’humanité. Un seul * socialiste français, Dezamy, osa être matérialiste en 1840; le néo-chrétien Cabet le tua moralement par l’accusation

Après avoir parlé du libre emploi des revenus privés de l’épargne et de l’héritage, il nous reste 3. — A savoir ceci : le socialisme pourrait il aussi garantir les épargnes, c’est-à-dire organiser Y épargne et Y assurance au moyen du prêt et du crédit? si oui, comment doit il l’organiser?

Il est bien évident que la transmission des épargnes serait dans l’avenir absolument exclue des placements à intérêts. Les moyens de production ne pouvant plus être propriété privée, la transmission privée de y usufruit du capital (d’où découle l’intérêt comme dédommagement de l’usufruit du capital transmis) n’aurait plus de raison ni de possibilité d’être.

Mais il ne serait Nullement interdit de transporter dans l’avenir des épargnes jusqu’à une

d’immoralité de doctrines. A la même époque, l’anglais Owen et le russe Herzen étaient au contraire nettement matérialistes.

Cette rectification n’a pas pour but de repousser pour les premiers socialistes français une accusation qui serait déshonorante ; nous voudrions au contraire que cette accusation ils l’eussent méritée, leur action n’eut pas été si éphémère. Mais il n’en a rien été, et, malheureusement pour le socialisme, presque tous ont voulu d’abord christianiser . (Note du traducteur.)

certaine somme et pour un certain laps de temps. Ce qui, dans les revenus du travail, ne serait pas immédiatement employé pourrait être garanti pour l’avenir dans sa valeur nominale au profit de celui qui a fait cette épargne. Les épargnes d’assurance payables et les capitaux et les épargnes nouvellement inscrites s’équilibreraient réciproquement et cette transmission de simples droits et rapport naturels n’accordant aucun intérêt ne pourrait aucunement troubler l’harmonie économique de la société socialiste. L’organisation collective de la production unitaire comporte parfaitement cette garantie des épargnes payées à volonté ou à terme.

La concentration de plus grands revenus pour des buts privés (voyages, études, associations) ne serait pas exclue en principe, comme se plaissent à le dire actuellement les adversaires du communisme et comme nous-mêmes l’avons longtemps admis. Seulement la perception et le paiement des intérêts serait plus radicalement aboli qu’il ne l’a jamais été par la législation canonique sur l’usure; il serait donné complète satisfaction à l’idée d’Aristote que l’argent ne doit pas faire des petits.

4. — Enfin la possibilité et la liberté des dons aux siens, aux tierces personnes privées,

aux associations, ne sont pas du tout contraires aux principes du collectivisme.

C’est pourquoi le compagnonnage, l’ hospitalité, la bienfaisance ,les libres soins aune malades, la libre pour suite d intérêts humanitaires , scientifiques et religieux , sous la forme d associations. sont parfaitement concevables dans un étatoù la production serait unitairement organisée.

Nous insistons expressément là-dessus, car on dit fréquemment : le socialisme est impossible par cela même qu’il exclut, avec la propriété privée, tout mouvement libre individuel.

Cette non-liberté pourrait pratiquement s’établir dans un état socialiste despotique et matérialiste, mais elle n’est pas une conséquence obligée du principe fondamental du socialisme.

• Chacun aurait le droit de taire, sans léser en cela le principe socialiste, des dons consistant en b >ns de temps de travail à des particuliers, à des associations, à des corporations et même à des églises.

Encore un point sur lequel nous nous arrêterons. Le socialisme d’aujourd’hui est complètement irréligieux et ennemi de l’Eglise. 11 dit que l’Eglise n’est qu'une institution policière du capital qui trompe le prolétariat avec une traite sur le

ciel, et que par conséquent elle doit être détruite.

L’Eglise et même toute religion quelconque sont fanatiquement détestées par beaucoup de socialistes, et certes c’est de baucoup la faute de l’Eglise; mais cette tendance n’est pas une conséquence nécessaire du principe économique du socialisme, au moins en ce qui touche les insti tutions religieuses qui ne se rattachent pas à des intérêts de classes opposées (1).

Si dans l’avenir le socialisme se réalise, tout ce qui regarde le culte sera probablement entretenu par les cotisations volontaires des coreligionnaires, sous forme de travail. D’ailleurs il est possible, quoique peut probable, que l’Eglise soit entretenue par l’Etat et traitée au point de vue financier comme institution 'publique. En tout cas, l’Eglise pourrait subsister comme association libre soutenue par les libres subsides de ses adhérents.

(1) Le socialisme apportera la lumière et un esprit de justice p’us développé. Dans ces circonstances, les absurdités et les insanités contenues dans les mythologies sémétiques qui obstruent la pensée européene, ne sauraient longtemps résister. Cela ne veut pas dire qu’on vivra sans religion ; l 'humanisme remplacera le jéhovisme et le mahométisme ; on sera simplement entré dans une religion humaine et supérieure. (N. du traducteur.)

Cette dernière forme d’existence se prête à beaucoup d’autres associations, constituées en dehors de l’Etat avec des buts sociables, religieux, scientifiques, techniques, politiques et sociaux. Nous nous bornons ici à ne constater que les conséquences économiques.

Il est impossible actuellement de prédire le' sort de cette Eglise chrétienne ou Internationale noire , d’un côté si violemment repoussée de l’union avec l’Etat libéral, et de l’autre si profondément détestée par Ylnternate rouge , et de dire si, dans l’Etat socialiste, elle pourrait encore dominer et exercer une influence sur les âmes.

Toutefois, comme nous l’avons déjà montré, une mahière d’entretenir l’Eglise sauvegardant sa liberté et son indépendance n’est généralement pas impossible dans l’Etat socialiste.

Ceci, est toujours à remarquer par les amis et les ennemis de l’Eglise, en vue de la séparation financière imminente entre celle ci et l’Etat.

La science, l’amitié, l’humanité, la bienfaisance, et tout ce qui a trait à l’utilité publique, trouveraient aussi amplement leur place, pourvu que le socialisme se limitât à son vrai principe qui est la réalisation du système de production collective.

On pourrait faire maintes objections contra-

dictoires pleinement motivées par l’extravagance et la frivolité de quelques socialistes ; mais elles ne sont nullement fondées en ce qui regarde le principe économique qui devient toujours, et de plus en plus, la base du socialisme et qui sera le point central de la grande lutte de l’avenir.

Puisse-t-on aussi renoncer enfin aux illusions dangereuses et aux combats contre des moulins à vent. On contribue par cette manière de combattre le socialisme à une réalisation socialiste violemment révolutionnaire, qui amènerait la ruine des plus hautes conquêtes et des idéals les plus élevés de la civilisation! Une telle réalisation ne devrait pas résulter de la question soulevé entre le troisième et le quatrième état, question qui doit se limiter strictement à sa base économique, c’est-à-dire : extension des institutions de droit public dans le domaine de l’économie, et le développement; social subséquent par les réformes de détail.

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