COMPAGNONS
Depuis la fondation du Parti ouvrier, la coopération a pris un grand développement dans tout le pays. Les coopératives existantes, en général, ont vu augmenter leur nombre de membres dans une proportion considérable.
C’est ce qui donne heu constamment à des créations nouvelles de coopératives. Là où il y a un groupe du parti, l’idée vient vite de fonder une cooperative.
Cependant, un certain nombre de petites coopératives ont eu beaucoup de peine à se développer et dans certains cas, elles n’ont pu se maintenir.
Cela tient surtout à l’administration qui est confiée bien souvent entre des mains inexpérimentées et parfois môme à des gens peu scrupuleux, abusant de notre confiance.
Il en est tout autrement dans les grandes coopératives, notamment à Gand, Bruxelles, Jolimont, Anvers, Liège, etc., où r administration se perfectionne chaque jour et où l’on dispose suffisamment d’hommes capables pour donner une bonne direction à la société.
Lorsqu’il arrive qu’une grande coopérative subit une perte quelconque ou se trouve momentanément dans une situation difficile, il y a moyen, par un coup d’épaule énergique, de la relever, et au bout de peu de temps, cette même coopérative se trouvera prospère et n’aura pas été atteinte dans son crédit.
Il n’en est pas de même des petites coopératives lorsqu’il leur arrive quelque contrariété, leur crédit étant insignifiant, le- plus souvent c’est la disparition de la coopérative, ou bien, elles végètent à un tel point qu’on se demande, si, dans ces conditions, leur mort ne serait pas à préférer.
Inutile de rappeler ici toute la propagande exercée par les coopératives socialistes, elles contribuent pour une large part par leur intervention pécuniaire aux succès électoraux, en même temps qu’elles relèvent le niveau moral et intellectuel de la masse des travailleurs.
Il est juste d’ajouter que, conséquemment, la chute ou la disparition d’une coopérative amène plutôt le découragement dans la localité, tout en la privant de ressources si nécessaires pour la lutte contre le capitalisme et la réaction.
La conclusion de ce qui précède, c’est qu’il faudrait plutôt tenter à établir des coopératives dans un rayon plus grand et plus vaste, permettant plus facilement le développement et l’outillage d’après les derniers perfectionnements, de manière à pouvoir soutenir la concurrence contre les vastes sociétés anonymes capitalistes qui, continuellement, se dressent devant nous sous une forme hypocrite de sociétés coopératives.
A plusieurs reprises déjà les coopératives socialistes se sont réunies en Congrès et ont tenté de se former en fédération. Jusqu’ici on n’est pas encore parvenu à réaliser la Fédération des coopératives affiliées au Parti ouvrier; nous émettons l’espoir que bientôt cette importante question recevra une solution.
La question de venir en aide aux petites coopératives qui ne parviennent pas à se développer, pour les raisons indiquées plus haut, ainsi que l’appui pécuniaire à apporter pour fonder des coopératives, dans les localités où il n’en existe pas encore, a été soulevée également à ces Congrès et jusqu’ici aucune solution n’est intervenue.
Nous regrettons que la question n’ait pas été poursuivie avec plus d’assiduité, nous nous rappelons que le dernier Congrès des sociétés coopératives, tenu l’an dernier à la Maison du Peuple de Bruxelles, avait décidé de se réunir à nouveau dans l’intervalle de trois mois et avait pour mission de s’occuper de la question.
Seules, les luttes électorales continuelles de ces derniers temps doivent être cause de la non exécution de cet engagement pris ; nous ne pouvons cependant pas rester inactifs et nous pensons que ce qui n’a pas été fait hier pourra l’être demain.
Ce qui précède s’applique surtout aux seules coôpératives de consommation, nous ne voulons cependant pas oublier dans ce rapport les efforts qui sont tentés par quelques dévoués au parti dans la voie des coopératives de production. Nous avons à Bruxelles les confiseurs; dans le pays de Huy et de Sprimont, les carrières ; à Charleroi et dans les environs, des brasseries ; à Verviers, des textiles ; ailleurs des imprimeries, etc., etc. La forme coopérative a également pris naissance chez nos malheureux bateliers et bientôt nous espérons que nos amis des arrondissements
de Thuin, de Dinant, de Phiüppeville et de la province de Luxembourg s’occuperont de l’établissement de sociétés coopératives pour les nombreux sabotiers dont les intérêts sont dignes de notre appui.
La tache des coopératives de production est très difficile. Elles ont à lutter contre l’acharnement de leurs concurrents capitalistes et souvent elles n’ont pas suffisamment de ressources pour se développer et sc faire connaître.
Aussi rendons-nous hommage à ces courageux qui, malgré toutes ces difficultés, osent entreprendre cette lourde tâche et nous les recommandons chaleureusement à la solidarité de tous les groupes du Parti Ouvrier.
Que convient-il de faire ?
Rien de plus simple pour les coopératives existantes et prospères que de fonder, sous l’égide du Conseil général du Parti ouvrier, un denier de réserve, devant servir à venir en aide aux coopératives affiliées, frappées d’un contre-coup quelconque, et aussi pour l’édification des coopératives dans les localités, signalées bonnes, où il n’en existe pas encore.
Mais si la chose est simple et facile à réaliser, il y a cependant à tenir compte du mauvais vouloir des uns et du peu d’empressement des autres. Ce qu’il faut éviter, c’est que les coopératives généreuses et bien disposées soient dupes de la négligence ou de l’esprit parcimonieux qui règne chez certaines autres.
C’est ainsi, par exemple, que l’engagement pris, l’an dernier, lors de la réunion des délégués de toutes les sociétés coopératives au Congrès d’Anvers, en ce qui concerne l’intervention proportionnelle pour la pension de notre cher et malheureux ami Jean Volders, n’a pas été observé par un grand nombre d’entre elles.
Nous ne pouvons que regretter profondément cette coupable indifférence.
Nous disposons de peu de moyens pour contraindre les sociétés retardataires ou récalcitrantes; nous ne voyons que celui qui obligerait les sociétés coopératives à envoyer leurs bilans au Conseil général et à ne les considérer comme affiliées au Parti ouvrier que lorsqu’elles auraient payé leur cotisation d’affiliation ordinaire, en plus la quote-part pour le fonds de réserve.
Exception serait faite, évidemment, pour celles dont la situation est mauvaise et qui, pièces à l’appui, la justifieraient.
Voilà, Compagnons, le résumé de nos observations, et nous vous présentons les conclusions suivantes :
1° Constitution, sous les auspices du Conseil général, d’un fonds de réserve, produit de versements semestriels ou annuels des sociétés coopératives affiliées, afin de venir en aide aux sociétés en détresse ou pour l’établissement d’œuvres similaires dans les localités encore dépourvues de ces institutions ;
2° Taxation de la quote-part, à fixer par un p. c. sur les bénéfices ou d’après le nombre des adhérents;
3° Obligation pour les sociétés coopératives affiliées de déposer leur bilan au Conseil général ;
4° Déchéance, comme affiliées au Parti, des sociétés qui refuseraient à payer leur quote-part.
Compagnons, pour élaborer ce rapport et le dépôt de ces conclusions, nous n’avons pas voulu rentrer dans les détails, mais ce qui existe aujourd’hui n’est assurément pas la justice. Lorsqu’une coopérative est dans le besoin, elle s’adresse à quelques grandes coopératives, une ou deux d’entre elles s’exécutent et les autres restent indifférentes; la même chose se présente pour la constitution de nouvelles coopératives ; c’est ce que nous voulons éviter
dans l’avenir. Au Parti ouvrier, avant tout, nous voulons être justes, et dans cette question comme dans tant d’autres, il y a possibilité d’y arriver.
Le Parti ouvrier se considère comme une grande famille, et la justice la plus élémentaire exige, lorsqu’un membre de cette famille est malade, que nous lui prêtions aide et assistance; de même lorsqu’un nouveau-né voit le jour, ses forces étant encore trop chétives, nous le secondons pour l élever convenablement jusqu’au moment où il sera devenu à son tour fort et puissant.
C’est, donc en toute confiance, Compagnons, que nous vous présentons ce rapport et que nous vous engageons à en voter les conclusions.
Ce 18 Mars 1896 Le Rapporteur,
Romain VAN LOO
Henàult signale l’intensité du mouvement coopératif catholique ou neutre; il faut détourner ce mouvement au profit du socialisme en créant des coopératives pour plusieurs communes avec le concours de subsides fournis parles puissantes coopératives socialistes existantes.
Il préconise l’union des coopératives du pays, et que les coopératives des villes se fournissent des produits de l’agriculture dans les coopératives socialistes des campagnes. ( Applaudissements )
Renault et Vandermeeren, proposent d’ajouter au 1° des conclusions du rapport sur les coopératives les amendements suivant :
Ce fonds de réserve servira également :
1° A envoyer dans les anciennes coopératives les administrateurs des coopératives nouvellement créées afin d’initier ceux-ci à l’achat et à la vente des marchandises, ainsi qu’à la tenue des livres;
2° A organiser entre les différentes coopératives socialistes une agence de renseignements signalant les commerçants en gros honnêtes et malhonnêtes.
3° A é mndre les affaires des coopératives en voie de progrès au moyen d’emprunts au fonds de réserve moyennant un léger intérêt.
Le congrès renvoie toutes ces conclusions et propositions avec son approbation au Congrès des coopératives pour exécution.