TROISIÈME PARTIE
ORGANISATION ÉCONOMIQUE
Nous arrivons à la partie la plus ardue de notre tâche, au tracé des linéaments principaux que doit avoir l’organisation économique en régime socialiste. Nous ne trouvons plus guère ici l’utile secours d'expériences déjà faites. Bien que la société future existe à l’état embryonnaire au sein de la société présente, Aujourd’hui enveloppe et cache encore Demain. Nous sommes donc lancés dans l’inconnu et nous n’avons d’autres guides que l’idée du possible et le sentiment du juste, tels qu’ils se dégagent pour nous de l’étude des faits et de leur comparaison avec l’idéal conçu par notre raison.
Aussi devons-nous déclarer modestement que l’organisation dont nous allons essayer de construire la charpente, n’a point la prétention d’être parfaite ; elle peut être amendée de mille manières. Elle n’est qu’un essai d’approximation vers un maximum de justice et d’utilité sociales.
Mais fût-elle convaincue de pécher sur plus d’un point, la conséquence serait qu’il faut chercher un meilleur agencement des matériaux; la constatation d’un défaut de structure n’atteindrait nullement la base sur laquelle l’édifice doit s’élever.
Un principe scientifique n’est pas condamné parce qu’il a pu être mal appliqué. La vapeur commença par faire éclater des chaudières avant de mettre en branle des locomotives. La première Compagnie qui se forma en France pour l’exploitation du gaz d’éclairage fit faillite. Ainsi les erreurs que peut commettre un socialiste en dressant un plan de la société en voie de formation ne sauraient ébranler les principes sur lesquels repose le socialisme ; elles doivent être seulement, pour ceux que préoccupe le même sujet, une invitation à mieux faire aussi bien qu’à dégager la part de vérité qu’elles contiennent.