CHAPITRE II
Ce n’est pas assez d’avoir montré que la production en régime socialiste satisfait aux conditions générales qui lui sont imposées. Il ne suffit pas de calculer et de considérer en bloc la somme du travail social ; il faut se demander aussi comment il sera réparti entre les membres de la société.
Question juridique intimement liée à la précédente et dont l’importance est capitale.
Aujourd’hui les divers métiers sont exercés par des gens dont le choix a été rarement libre. Les enfants de riches peuvent, il est vrai, consulter leurs préférences et ils se portent d’ordinaire vers les professions dites libérales, quand ils ne se bornent pas au métier commode d’oisifs. Fussent-ils de capacité médiocre, ils se guindent sans trop de peine, à l’aide de leur argent et de leurs relations, jusqu’à des occupations qui exigent, en théorie, savoir et intelligence. Mais pour les autres, pour ceux qui ont la sottise de naître pauvres, il en est tout autrement. Quelques-uns, grâce à des aptitudes remarquables aidées de hasards heureux, conquièrent de haute lutte leur place au milieu des héritiers de la classe dirigeante ; d’autres, par la souplesse de leur échine, par leur dévouement servile
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aux intérêts des puissants, parviennent à se faufiler jusqu’à des positions considérées, bien rentées et peu pénibles. Mais la plupart adoptent tel ou tel gagne-pain par routine ou par contrainte bien plus que par vocation. Ceux qui ne possèdent rien sont forcés, sous peine de mort, d’accepter les besognes dures, répugnantes, frappées de réprobation par le dédain des beaux messieurs et des dames aux mains blanches. Fils et filles de prolétaires, à l’exception de huit ou dix sur mille et peutêtre de moins encore, sont condamnés de naissance au travail qui abrutit et qui tue, parce qu’il est sans répit, sans espoir d’une aisance tardive et d’une vieillesse tranquille. Il s’en faut, en effet, que la rémunération soit proportionnée à la peine ou au péril ; sous prétexte que les crève-de-faim sont encore trop heureux de trouver à travailler, on les rétribue le moins qu’on peut, et la société apparaît une fois de plus constituée au rebours de la justice, puisque les plus gros revenus, sources des plus grandes jouissances, échoient à ceux qui font le moins, tandis que les salaires de famine sont le lot des vrais créateurs de* la richesse sociale.
La critique de ce qui existe nous instruit sur ce qui ne doit pas exister en régime socialiste. Il faut, sans doute, que tous les travaux nécessaires à la vie de la société soient accomplis ; il faut aussi que tout le monde ait et l’obligation et les moyens de travailler. Mais en même temps il faut que chacun ait dans le choix de son travail et dans son travail lui-même le maximum de liberté compatible avec l’exécution des besognes indispensables. 11 faut encore que la rémunération, stimulant des paresses possibles et probables, compense l’inégalité d’attrait que peuvent offrir les différentes professions.
Pour y parvenir, voici les principales mesures que la raison suggère :
D’abord chaque adulte (l’enfant étant dispensé de tout travail productif) devra s’inscrire dans un corps de métier. Ce sera, ressuscitée et complétée, la loi athénienne qui exigeait que chaque citoyen fit connaître aux magistrats ses moyens d’existence.
Le choix de la profession sera libre : chacun n’aura à consulter que ses goûts et ses aptitudes, et l’éducation intégrale donnée à tous les enfants permettra de choisir en pleine connaissance de cause.
Il va sans dire que chaque corps de métier demeurera grand ouvert. On y pourra entrer, on en pourra sortir à volonté. Il ne s’agit nullement de restaurer les corporations fermées et privilégiées de l’ancien régime.
Tout corps de métier aura son organisation autonome, sous la seule réserve de respecter la loi fondamentale de la société, qui est de soumettre au vote des intéressés tout ce qui les concerne : règlements nomination des directeurs, sous-directeurs, chefs supérieurs et inférieurs des diverses entreprises.
Quant à la rémunération, si elle ne peut être égale pour tous, le principe d’après lequel elle sera fixée sera déterminé par la société entière et devra être le même dans toutes les parties de l’organisme, une seule exceptée.
Il faut prévoir, en effet, pour certains corps de métier une organisation particulière ; je veux parler de ceux qui seront chargés d’assurer les services publics.
J'ai déjà dit (p. 106) que ces services pourront être communaux, régionaux, nationaux. Il semble naturel, par exemple, que l’éclairage des rues, la police, le service de salubrité locale, etc., ressortissent à la commune ; que l’éducation (en partie du moins), l’exploitation des mines et des forêts, les postes et les télégraphes, les canaux et les chemins de fer, les entre-
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pots et les bazars publies soient sous la direction immédiate de la nation. J’ai dit aussi que le nombre de ces services pourra être augmenté ou diminué par la société, suivant qu’elle aura reconnu comme possible et conforme à l’intérêt général d’abandonner ou d’enlever telle ou telle activité, soit aux individus, soit aux associations.
Le personnel nécessaire à la bonne marche de ces services pourra sans doute et devra être aussi organisé corporativement ; il pourra et devra pratiquer de bas en haut le système électif. Toutefois il ne se trouvera pas tout à fait dans les mêmes conditions que les autres travailleurs. Il sera soumis à un contrôle national, et les surveillants chargés d’exercer ce contrôle ne pourront être élus par lui, sous peine de rendre toute surveillance illusoire ; il faudra qu’ils tiennent directement de la nation la part d’autorité qui leur sera concédée.
De plus le recrutement de ce personnel sera subordonné d’une part à la preuve de certaines capacités, d’autre part à la quantité des postes vacants. Enfin sa rémunération soulèvera un problème délicat : comme son travail n’aboutira souvent à aucune création de richesse palpable (c’est le cas, par exemple, pour les professeurs, les médecins, les employés aux écritures, etc.) ; comme la société sera libre de taxer à très bas prix et même d’offrir gratuitement à tous ses membres les résultats de travail accompli, ainsi qu’il arrive déjà pour l’instruction primaire ; il faudra sans doute que la société intervienne pour fixer les honoraires auxquels auront droit les agents de certains services publics.
Il y aura donc, de la sorte, des corps de métier dont l’organisation sera purement coporative et des corps de métier dont l’organisation sera semi- corporative et semi-administrative.
Pour les derniers, tout se passera à peu près comme vont les choses aujourd’hui pour le corps enseignant, avec cette différence que l’indépendance politique et religieuse aussi bien qu’économique de ceux qui en feront partie sera pleinement assurée. Pour chacun des autres un comité directeur élu est chargé — peut-être sous la surveillance d’une chambre de travail nommée par toutes les corporations — de totaliser les besoins auxquels la corporation doit pourvoir, puis de mettre en regard le nombre d’heures de travail qu’exige la satisfaction de ces besoins, enfin de répartir ces heures entre les travailleurs inscrits.
Un bureau central de renseignements et de statistique, d'ailleurs sans pouvoir aucun, a pour fonction de rassembler les chiffres émanant des différents corps de métiers et d'opérer les calculs que nécessitera, comme nous le verrons plus tard, l’établissement du revenu social et du revenu individuel.
Telle est la structure générale du mécanisme. Mais aussitôt se présentent des difficultés qu’il faut se garder de passer sous silence ou même d’atténuer.
La première tient à ce fait que les divers travaux utiles à la société ont une force d’attraction inégale. Il pourra paraître plus agréable d’être professeur que d’être terrassier, moins dangereux d’être laboureur que couvreur ou allumettier. N’est-il pas à craindre que certaines professions soient encombrées, tandis que d’autres seront désertées?
On peut répondre que la variété des goûts est grande; que le péril est une amorce pour certains tempéraments ; qu’un effort musculaire, même considérable, coûte moins à certaines personnes qu’une tension intellectuelle ; qu’ainsi l’inégalité redoutée n’est pas aussi forte qu’on le suppose.
G. Renard.
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On peut répondre encore que les travailleurs d’un métier périlleux ou très pénible seront intéressés directement à inventer des machines, des simplifications, des expédients qui réduiront vite ce surcroît de peine et de danger.
Mais enfin, malgré tout, telle catégorie de travailleurs risque d’avoir, en proportion de la besogne qui lui est dévolue, trop ou trop peu de membres, si bien que ceux-ci risquent à leur tour d’avoir à faire plus ou moins d’heures de travail que ceux de telle autre catégorie.
Gomment empêcher que le courant des travailleurs se porte d’un côté avec surabondance, et de l’autre avec insuffisance ?
Pour les professions dites libérales, c’est-à-dire plus intellectuelles que manuelles, le mal est facile à éviter. Il suffit d’élever le niveau des connaissances exigées, d’opérer un triage plus sévère, qui réduira le nombre des élus et forcera les moins capables à refluer vers d’autres fontions. C’est déjà ce qui se pratique pour l’enseignement. Le concours, qui est mauvais, s’il dégénère en un bourrage cérébral, en un gavage hâtif de la mémoire, devient un bon instrument de sélection, pourvu qu’il soit réglé de manière à dégager par des épreuves multiples, pratiques autant que théoriques, la valeur véritable de ceux qui s’y soumettent.
Pour les autres métiers la chose est un peu plus compliquée. Il est impossible de traiter des moyens de corriger l’inégale répartition du travail sans anticiper sur cette question connexe : comment le travail serat-il rémunéré, ou, ce qui revient au même, comment les produits seront-ils répartis?
Supposons-la provisoirement résolue. Admettons que la rémunération de l’heure de travail soit la base du système de répartition du revenu social.
La conséquence naturelle est que, dans les corps de métier surchargés de travailleurs, chaque membre, ayant moins d’heures à fournir, recevra une part moindre. Comme les conditions rémunératrices offertes par chaque métier seront publiées, il se produira, parmi les jeunes entrant dans la carrière du travail et même parmi ceux qui se seront trouvés trop nombreux, un reflux vers les métiers qui offriront une plus forte rétribution, parce qu’ils seront moins recherchés; et, après quelques oscillations, l’équilibre tendra à s’établir par un mouvement automatique.
Nous n’avons pas pour le moment à entrer dans le détail de ces inégalités de rémunération ; il nous suffit d’avoir indiqué qu’elles se présentent, au premier abord, comme le moyen le plus simple de prévenir le mal.
Il convient d’ajouter que le passage des travailleurs d'un métier à un autre, quoique toujours gênant pour ceux qui voudront l’opérer, pourra se faire bien plus aisément en régime socialiste que de nos jours. L’édu- * cation intégrale aura fait passer les jeunes gens par divers ateliers, leur aura tout au moins enseigné les < rudiments de plusieurs métiers ; le développement du machinisme aura, de son côté, multiplié les tâches se tD résumant pour le travailleur en opérations presque machinales ; et il suffira d’un court supplément d’apprentissage pour devenir un ouvrier d’habileté moyenne dans la partie nouvelle où l’on aura transporté ^ son activité.
Si, après tout cela, il restait quelque besogne indispensable qui ne trouvât point de preneur volontaire, la société pourrait toujours tenter les gens par une rémunération spéciale ou même en faire un service commandé, qui serait une sorte de service militaire dont personne ne serait exempt. Mais il y a grande apparence
que l’envie d’assurer son existence et de conquérir de longs loisirs par un temps de travail très court suffirait à rendre superflu ce recours suprême à une Contrainte, qui dans la société actuelle est la règle sournoisement appliquée aux déshérités, mais qui ne serait jamais qu’une exception très rare dans l’organisation nouvelle.
Une autre difficulté surgit. Qu’adviendra-t-il des arts et des lettres en régime socialiste? Faudra-t-il y renoncer? La société, découronnée, sera-t-elle condamnée à une médiocrité confortable et bien nourrie? Sera-t-elle comparable à un jardin potager, où abonderaient les légumes succulents, mais où manqueraient l’éclat et le parfum des fleurs? C’est la crainte qu’expriment volontiers écrivains et artistes. Musset redoutait le temps
Où le globe rasé, sans barbe ni cheveux,
Comme un gros potiron roulera dans les cieux.
Je me rappelle avoir entendu dire à Sully-Prudhomme, le poète délicat et viril qui n’a jamais séparé l'amour du beau de l’amour du juste : « Si j’avais dû vivre du produit de mes œuvres, il y a longtemps que je serais mort de faim. Heureusement pour moi, j’ai bénéficié sans le vouloir d’une injustice sociale. J’ai hérité une petite fortune d’un oncle que je connaissais à peine et j’ai dû à cette aubaine imméritée les loisirs qui m’ont permis de faire des vers. Garantissez-moi que, dans la société que vous rêvez, le poète pourra vivre à l’aise sans renoncer à l’exercice de ses facultés poétiques, et je serai bien près d’être avec vous. »
La question est délicate. Il faut se tenir entre deux écueils. D’une part, les besoins esthétiques doivent être satisfaits comme les autres, quoique après les autres ; et, loin de diminuer, ils croîtront en nombre et en
intensité dans une société où l’instruction sera généralisée comme le bien-être; où par suite les plaisirs d’art, qui sont aujourd’hui le luxe d’une élite, deviendront le pain quotidien des foules. D’autre part la surproduction, en ce domaine comme en tout autre, est chose à craindre et à enrayer. Pas n’est besoin d’encourager (au contraire !) la peinture ou la littérature de pacotille. Si un vrai poète est un être rare, faisant honneur à la nation dont il est l’enfant et apportant à l’humanité tout entière d’exquises jouissances qui peuvent se prolonger sans fin à travers la durée, le faiseur de mauvais vers n’est qu’un impitoyable et ridicule semeur d’ennui dont il serait cruel de multiplier l’espèce. Gomment faire pour que l’un puisse se développer dans toute son ampleur, sans que l’autre trouve un milieu aussi favorable à sa vaniteuse nullité?
Plusieurs procédés sont possibles.
En voici un :
La société est maîtresse de consacrer à la satisfaction des besoins esthétiques la somme de ressources qu’il lui plaît, comme un individu assigne à ses plaisirs, à ses toilettes, à ses dépenses de théâtre et de concert une partie plus ou moins grande de son budget total. C’est donc un objet d’entente nationale que de décider le sort qui sera fait aux littérateurs, artistes et savants.
Parmi les jeunes générations, la société peut trier, soutenir et pousser dans leurs études ceux qui révèlent des aptitudes hors ligne. C’est déjà, dans beaucoup de pays et particulièrement en France, le système en vigueur; témoin les bourses de voyage, les Écoles de Rome et d’Athènes, les missions scientifiques, etc. Il n’y a guère qu’à l’étendre et à le perfectionner, en mettant ceux qui en profiteraient à l’abri de toute influence officielle pouvant agir sur la direction de leurs idées
ou de leur talent. Cette liberté, nécessaire au développement des intelligences, serait obtenue en créant dans chaque branche de la production intellectuelle, pour la sélection des candidats grands hommes, des jurys qui comprendraient des représentants de tous les groupes et de toutes les tendances existant dans cette branche. Les jurés pourraient être désignés par tous les membres de la société cultivant le même art ou la même science, et parmi eux les minorités seraient toujours représentées au prorata de leur nombre.
Leur éducation terminée, les jeunes bénéficiaires de ces avances publiques, les pupilles de la nation , comme on pourrait les appeler, resteraient les pensionnaires de la collectivité à laquelle ils devraient une certaine quantité d’œuvres pour prix d’un entretien honorable ; seuls les « fruits secs » qui, par incapacité ou paresse, ne pourraient pas acquitter cette dette, rentreraient, après avis d’un des jurys ci-dessus mentionnés, dans les rangs des travailleurs ordinaires.
Du reste, tel inventeur ayant fait une découverte de haute portée, tel écrivain ayant composé un ouvrage de valeur éminente pourrait, à titre de récompense nationale, recevoir le privilège de vivre grassement jusqu’à la fin de ses jours aux frais de la société. Seulement, pour échapper aux partialités de l’esprit de coterie, il serait bon que cette rare distinction ne fût accordée qu’après une double épreuve : proposition émanant de la majorité des hommes appartenant à la même corporation ; ratification par la nation tout entière.
On demandera peut-être où iront tableaux et statues, s’il n’y a plus de riches particuliers pour en acheter. Mais, sans compter que les œuvres d’art pourront, comme nous le verrons plus tard, devenir, ainsi que toute chose rare, objet d’échange, il ne faut pas oublier qu’en régime socialiste la société aura à la fois une for-
midable puissance d’achat et des besoins non moins considérables de luxe collectif. Les parcs, les édifices publics, les écoles, les palais du peuple, les musées qui, plus intelligemment organisés, deviendront ce qu’ils devraient être, des restitutions vivantes des époques disparues ou des illustrations parlantes des vérités scientifiques, voilà bien des choses qu’il faudra parer, décorer, embellir! Il n’y a pas à craindre que les arts plastiques viennent à chômer, non plus que les autres d’ailleurs, et ceux que préoccupe leur avenir peuvent être sûrs que le socialisme, ami de l’aristocratie intellectuelle, parce qu’elle est viagère, bienfaisante et productrice de jouissances n’ayant aucun caractère exclusif, a le souci comme le moyen de ne pas laisser se ternir ou s’arrêter la broderie d’or et de soie tissée par les siècles sur la trame grise et monotone de la vie humaine?
Si le procédé que nous venons d’indiquer ne suffisait pas, rien de plus aisé que de le compléter par un autre. On peut calculer qu’une journée de travail très courte suffira pour produire les choses indispensables à la consommation, et par conséquent pour assurer à chaque individu ses moyens d’existence. Qu’est-ce qui empêchera le savant, l’artiste, l’écrivain, de se choisir une tâche, soit en rapport avec sa vocation, s’il ne veut pas être distrait de ses chères études, soit manuelle au contraire, s’il préfère reposer son cerveau ? Manquet-il de grands hommes qui ont entremêlé d’une occupation matérielle la poursuite de leur rêve de beauté, depuis Michel-Ange qui devint ingénieur pour défendre Florence, jusqu’à Tolstoï que nous avons vu faire à la fois, pour son plaisir, des souliers et des livres ?
L’amour delà gloire, la volupté de créer des choses belles ou de trouver des choses vraies sont des stimulants assez forts pour que d’autres soient à peine néces-
saires. Mais on peut concevoir très bien que ce travail libre et facultatif soit aussi rémunéré par ceux qui désireraient en acquérir le produit. Supposons quelqu’un qui veuille publier un volume. Il pourra prélever, sur la part de revenu qui lui écherra, de quoi indemniser imprimeur, brocheur, etc. Il fixera luimême, à ses risques et périls, le prix de vente de l’ouvrage. La société mettra à son service son mécanisme de distribution et de comptabilité ; et, si les acquéreurs se présentent en nombre suffisant, il pourra rentrer dans ses frais et même obtenir un bénéfice légitime qu’il pourra employer à sa fantaisie.
Le régime socialiste ne prétend empêcher personne d’être rémunéré de son travail personnel ; il a, au contraire, pour but d’assurer à chacun une propriété individuelle proportionnelle à son travail individuel ; il se borne à empêcher toute possibilité de vivre indûment du travail d’autrui.
Nous sommes encore ici ramenés à la question vers laquelle tout converge, à la question de répartition des fruits du travail. Il est temps enfin de l’aborder et de la traiter avec tout le soin qu’elle exige.