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LES MINES ET CARRIÈRES' PEUVENT-ELLES ÊTRE PROPRIÉTÉ PRIVÉE

Le retour des mines et carrières au domaine social est fondé sur le principe que la terre, qui est le produit de la nature, et non celui du travail de l’homme, doit être chose servant à l’usage commun, et non plus propriété privée. Les produits miniers de toute sorte, aussi bien que l’eau des sources, sont des éléments de la terre, et doivent être ainsi soumis à la même loi. A un autre point de vue, les produits miniers et la terre elle-même ne peuvent plus rester propriété privée, parce

que ce sont des matières premières, destinées à devenir instruments du travail collectif. Or, le travail collectif s’imposant désormais à la Société humaine, tout ce qui est matière première ou outillage ne peut appartenir qu'à la collectivité.

Bien que le régime capitaliste n’ait point reconnu cette loi, il a été souvent contraint, dans un intérêt social, d’ordre supérieur, de limiter les droits du propriétaire et de lui imposer, par exemple, tel ou tel mode de jouissance. Ce principe a été consacré par les plus anciennes législations; mais il était appliqué dans des limites si étroites que le bon plaisir des propriétaires fonciers en était peu gêné.

Sous la première Révolution, une loi de i 78 1 considérait les mines comme étant à la disposition de la nation; et celle-ci ne pouvait les concéder qu’à titre purement précaire et temporaire. Sous le premier Empire, une loi de 1810, relative à l’exploitation des mines, donna aux concessions minières, le caractère de propriété privée. Ces concessions furent accordées par privilège à quelques grands dignitaires de l’Empire. Telle est l’origine d un mode de propriété capitaliste, qui a eu pour résultat l'exploitation à outrance d’innombrables légions de travailleurs, avec un salaire insuffisant et la soumission à des règlements draconiens, qui rapprochent le serf de la mine de la condition de l’esclave.

La question de la socialisation des mines est devenue brûlante, depuis la formation des grands syndicats qui, constitués dans chaque

pays, y absorbent le monopole de l’industrieminière. De ce fait, la condition des serfs travailleurs s’est trouvée aggravée, en ce quele patronat, maître du marché et affranchi de toute concurrence, est libre d’arbitrer les salaires, comme il l’entend, de même qu’il arbitre le prix de vente de ses produits. De plus, la grève est devenue à peu près impossible; car elle ne pourrait être tentée qu’autant qu’elle serait générale, et même étendue à tous les produits miniers.

Les grands syndicats ne se bornent déjà plus à accaparer le monopole dans leur propre pays; ils tendent à devenir internationaux. Ainsi, pour les mines de pétrole, qui ne se trouvent qu’aux Etats-Unis et en Russie, on a vu se constituer, par l’intermédiaire de Rothschild, un syndicat international unique. Par ce moyen, ie prix des pétroles a augmenté partout à la fois; et c’est le pauvre qui acquitte seul cette dîme exigée par le capitalisme; car lui seul emploie le pétrole, comme le mode d’éclairage le plus économique. Ce n’est donc pas assez que le pétrole soit frappé d’un impôt onéreux au profit de l’Etat, celui-ci, enchaîné au capitalisme, son seul allié, lui permet de constituer, sur tous objets de consommation, des monopoles qui sont autant de pactes de famine.

Les grands syndicats sont devenus un Etat dans l’Etat ; et ce qui rend leur puissance formidable, au point de vue politique autanL qu’au point de vue industriel et commercial,, c’est que, de plus en plus, ils s’affirment in-

’ternationaux, et prennent ainsi pied dans chacun des autres Etats. Se plaçant au dessus des lois et des constitutions. un Rothschild, à l’exemple des souverains, négocie avec les gouvernements des Deux-Mondes les conditions d'appui financier qu'il peut offrir, en échange de privilèges commerciaux ou doua-^ niers ou de concessions de monopoles.

Rothschild a son grand conseil de l’Empire, qui étend son action sur tous les points du .globe; il a ses diplomates, ses négociateurs et ses statisticiens, qui lui indiquent tous les .marchés à faire et toutes les nouvelles sources de richesses dont l’accaparement semble profitable. Les grands syndicats ne se constituent point sans s’être assuré son appui. Du reste, ils ne peuvent fonctionner que pour l'accaparement d'une industrie dont Rothschild ne vise point lui-même le monopole.

Les grands syndicats, comme on le voit, représentent autant de pieuvres qui étendent leu*s tentacules aux quatre coins du globe. Mais Rothschild les domine tous par ses moyens d’action; c’est le capitalisme fait homme. Est-il juif ou chrétien? Qui peut le dire? L’alliance est faite entre ces deux races •sur le terrain de l’accaparement de toutes les sources de richesse et de la domination des peuples. L'esprit nouveau , dont nos gouvernants on déclaré qu’ils s'inspiraient, n’est pas autre chose que la consécration de ce pacte. Après tout, pourquoi juifs et chrétiens ne se réconcilieraient-ils pas, puisqu’ils poursuivent je même but. N’a-t-pn pas fait Jésus le fils de

Jéhovah ? Partant de cette idée, ils se sont partagés les grands offices et les riches prébendes ; et, dans tous les Etats, ils occupent la haute administration, la magistrature et l’armée. Les juifs qui président la moitié des tribunaux, rendent la justice avec un crucifix derrière le dos. C’est ce qui faisait dire à un justiciable, qui ne comprenait rien à l’esprit nouveau, en vertu duquel il venait d’être rigoureusement frappé : « Ils le crucifient deux fois ! »

Au jour de la Révolution sociale, poserat-on la question d’indemnisation en faveur des princes de la mine, obligés au délaissement ? À quel titre possèdent-ils? Par la faveur du prince. N’est-ce pas trop peu pour constituer un droit vis-à-vis du peuple ? Mais leur propriété serait-elle fondée sur un titre plus sérieux, ils seront tenus du délaissement, de la même manière que les possesseurs de la terre ou de l’outillage ; et leur indemnisation consistera dans les garanties sociales que la loi nouvelle accordera à tout travailleur.

En Angleterre, la socialisation des mines a fait l’objet d’un bill proposé à la Chambre des Communes par un membre du Parlement. Suivant cette proposition, la propriété des mines passerait à la Couronne, c’est-à-dire à l’Etat; mais les propriétaires dont les droits sont fondés sur des titres, recevraient une indemnité en rentes sur l’Etat. Bien qu’entachée de capitalisme, cette réforme transitoire serait bien accueillie, si elle n’avait tou-

tes les chances d’être repoussée par le parlementarisme bourgeois.

En France, M. Goblet a présenté à la Chambre un projet de socialisation des mines, qui, par certaines dispositions transitoires, ne tarderait pas à mettre l’exploitation des mines aux mains des Fédérations de travailleurs. Mais il n’y a pas à douter que la Chambre ne rejette un semblable projet.

Tout s'enchaîne dans l’application des réforce sociales ; et ceux qui proposent, avec les Socialistes d’Etat, des réformes partielles,

! semblent l’oublier. Ainsi aucune réforme partielle isolée ne saurait être accomplie, en laissant debout les autres institutions capitalistes. La prétendue réforme ne serait, le plus souvent, qu une porte ouverte à de nouveaux abus. Nos ennemis essaieraient alors de tirer avantage de l’impraticabilité de la réforme en niant que cette impraticabilité nefût leurfait. Il n y a pas à douter que toute réforme sojciale partielle, une fois admise, ne dût être entravée, à chaque pas, par les autres institutions capitalistes restées en vigueur. La socialisation des mines, par exemple, ne serait vraiment praticable que si elle coïncidait avec celle des chemins de fer; car les grandes compagnies, à peu près maîtresses de leurs tarifs de transport, ne possèdent que trop de moyens d’avantager les centres miniers de certains, pays au préjudice des mines d’une autre région. La socialisation des mines ne serait donc' efficace que si elle était étendue m même temps à tous les pays du globe.

Mais alors la porte serait largement ouverte à la Révolution sociale, et le capitalisme ne serait plus.

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