LE COMMERCE EST-IL UN MOYEN LÉGITIME
d’acquérir ?
Sous le régime collectiviste, dont noue avons développé les principes, sous le chapitre III, l’industrie passe exclusivement aux mains de la collectivité ; et les produits marchands sortent tous de l’atelier collectif, pour être livrés à la consommation à un prix représenté, pour chaque objet, par le nombre d’heures, de minutes et de secondes de tra-
vail. consacrées à la production de cette chose, parles diîférentes corporations de travailleurs qui y ont collaboré. L'estimation est donnée d’avance par les experts de la collectivité, pour chacun des différents modèles de chaque sorte de marchandises. Plus de patronat ni de salariat ; et, en même temps, plus de concurrence entre des producteurs luttant pour la vie, ni d’agiotage possible sur les marchandises. Les savantes combinaisons patronales, en vue de renchérissement factice, d’accaparement de la production ou de monopolisation des matières premières ne peuvent plus s’appliquer, et sont relégués parmi les souvenirs des siècles de servitude.
Le commerce, tel qu’il se pratique sous le régime capitaliste, subit une transformation semblable. La distribution et la vente des produits sortis de l’atelier collectif pour être livrés à la consommation, dans les proportions de la demande, se fait par des travailleurs de la collectivité, spécialement affectés, soit à l’entretien et à la conservation des produits dans les docks, soit à la vente au détail dans les magasins collectifs, qui seront multipliés, dans chaque localité, suivant les, besoins de la consommation, soit au transport des marchandises dans les localités les plus éloignées, et suivant la demande. Cependant, comme il faut que les heures de travail des travailleurs ainsi préposés à la conservation, au transport et à la vente au détail des produits fabriqués, se trouvent payées, et que, d’ailleurs, ce sont là des opérations qui ont augmenté le prix de
la marchandise, lorsqu’elle est arrivée entre les mains du consommateur, les experts de la collectivité ajouteront au prix net de la marchandise sortie de l’atelier collectif, c’està-dire aux heures de travail des producteurs, le prix net de la vente dans les magasins collectifs, représenté par les heures de travail des travailleurs de commerce. Le prix de chaque objet est tarifié d’avance : et les travailleurs, préposés à la vente au détail, ne peuvent ni l’augmenter ni le diminuer.
Dans le livre intitulé : Commune , services publics et alimentation , nous reviendrons sur cette question; et nous examinerons particulièrement s’il n’y aura pas lieu d’organiser les voies ferrées et les paquebots servant au transport des marchandises, en services publics et gratuits, de telle sorte qu’aucune marchandise ne reçoive un notable renchérissement, du fait de son transport dans une localité éloignée, et que tous, nous puissions jouir des produits exotiques les plus recherchés à peu près au prix de revient dans le lieu de la production.
Comme on le voit, les moyens occultes d’agiotage, de concurrence, de falsification et d’accaparement qui, de nos jours, maintiennent à l’état permanent la crise industrielle et commerciale, disparaîtront avec le régime des ateliers et magasins collectifs, placés sous le contrôle permanent des experts de la collectivité. Au surplus, la comptabilité ne pourra plus être occulte; mais elle recevra la plus large publicité par l’intervention de la
Banque sociale, dont nous étudierons le fonctionnement dans l’un des livres suivants.
Dans le livre intitulé : Propriété capitaliste, ses bases anti-sociales , nous achèverons la critique de l’industrie et du commerce, sous le régime capitaliste, et nous montrerons le gouffre béant dans lequel s’abîmera fatalement la vieille Société.
Une dernière question reste à examiner, pour compléter la théorie socialiste du commerce : — Y aura-t-il lieu par la Société nouvelle d’indemniser les commerçants obligés au délaissement de leurs établissements commerciaux, matériel et marchandises? Nous ne pouvons que rappeler ici les objections opposées, au commencement de ce volume, à l’indemnisation des propriétaires d’ateliers et d’usines, qui auront à en faire le délaissement. Mais nous ajouterons qu’en outre des compensations qui seront données au commerçant par le nouveau Contrat social, celui qui se sera signalé par des habitudes d’ordre et par son intelligence commerciale, trouvera, dans la nouvelle organisation du commerce, les moyens d’exercer des facultés précieuses pour tous; et qu’à l’abri de tous les risques et de toutes les incertitudes de l’avenir qui l’assiègent aujourd’hui, il se verra rémunéré de son travail exceptionnel et de son dévouement à la cause sociale par un bien-être qu’il n’a jamais connu.