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LE SERVICE DES TRANSPORTS

Depuis moins d’un siècle toute une révolution s’est opérée dans les moyens de transport. Révolution bienfaisante s’il en fût, car elle a rapproché les distances et les hommes, unifié le prix des subsistances et des produits industriels, facilité les relations, et en quelque sorte, supprimé les frontières.

Dans les grandes villes surtout, les moyens de transport des hommes et des marchandises jouent un "rôle considérable. Jusqu’ici, sauf quelques rares exceptions, ces services sont exploités par des particuliers, bien que la société y intervienne par des règlements spéciaux pour favoriser plus ou moins le public ou pour prendre sa défense. C’est là, du moins, le principe mis en avant.

Il faut avoir visité les grandes capitales étrangères, comme Paris et Londres, par exemple, pour se faire une idée de l’importance du service des transports.

A Paris et à Londres, chaque jour, des centaines de mille voyageurs se font conduire d’un endroit à un autre par les voitures, lesomnibus et les tramways. Nous ne parlerons pas du chemindefer

métropolitain qui. à Londres, joue un rôle considérable el vous transporte d’un boui à l’autre de cette immense ville, à toute minute du jour, et ce pour quelques centimes.

A Paris, pour 15 centimes, on l'ait une lieue et plus de chemin en omnibus ou en tramways. Cela permet à l’ouvrier de se loger loin du centre de .-es occupations où ordinairement les loyers sont très chers Chez nous, nous n’en sommes pas encore là, mais on y viendra avec le temps et alors la question des tramways et des omnibus intéressera tout le monde.

Les omnibus et les tramways urbains ont \ u le jour, chez nous, il y a quelque vingt ans. Depuis peu de temps seulement, nous avons vu se créer les chemins de fer vicinaux qui rendent déjà de grands services au public. Malheureusement, les conseils communaux, au lieu de s’entendre pour exploiter directement ces moyens de transportée sont contentés de concéder ces entreprises à des particuliers, à des sociétés anonymes la plupart du temps.

Naturellement, les camaraderies aidant, en accordant ces concessions, les conseils communaux ont eu le plus souvent en vue de faire plaisir à quelques particuliers de leurs amis, qui faisaient agir des influences plutôt que de se soucier de l’intérêt public. Bien plus, au nom des grands principes de la liberté du travail, ces conseils ont permis aux Compagnies d’exploiter leur personnel d’employés, de cochers et de receveurs, en leur payant un salaire dérisoire en retour de longues journées de labeur.

Les premières concessions de tramways à Bruxelles ont rapporté gros aux concessionnaires. Nous pourrions citer des noms et des chiffres, mais cela importe peu ici. Disons seulement qu’aujourd’hui le capital nominul représentant l’avoir des sociétés de tramways est huit à dix fois plus élevé que le capital réel engagé dans ces affaires. Ces concessions ont permis à quelques gros financiers de faire un bon coup au détriment du public et des actionnaires actuels.

Qu’y a-t-il donc à faire dans cette voie pour les administrations communales socialistes?

D’abord, avoir pour principe de ne plus accorder de nouvelles concessions, mais créer et exploiter soi-même de nouvelles lignes d’omnibus et de tramways. Ensuite, par tous les moyens en leur pouvoir, forcer les compagnies exploitantes à améliorer le sort de leurs employés, au double point de vue des heures de travail et du

salaire tout en prenant en main les in'érêts et les droits du public qui use de ces moyens de locomotion.

Puis, il faudra faire l’impossible pour rentrer en possession des exploitations particulières actuelles, par le rachat de ces lignes aux sociétés exploitantes, ou bien en attendant la fin de ces concessions.

Les compagnies actuelles de tramways et d’omnibus se moquent agréablement du public et de ses intérêts. Chaque jour, dans la presse bourgeoise elle-même, nous voyons formuler des critiques fort vives et toujours fondées sur la façon dont ces compagnies usent et abusent de leurs droits. Il y a que’ques jours encore, un journal doctrinaire, la Flandre libérale, de Gand, se (daignait amèrement du service des tramways gantois et menaçaitla compagnie, si elle ne modifiait pas son service, si elle n’améliorait pas ses voitures, de réclamer l’exploitation des tramways par la ville, ce qui est, en définitive, la solution socialiste!

Et ce qui est vrai pour le service des omnibus et des tramways, l’est également pour les voitures de place, etc.

Qu’est-ce qui empêcherait la ville de Bruxelles, par exemple, d’exploiter elle-même le service des voitures? N’est-elle pas à même de le faire aussi bien que les particuliers et dans de meilleures conditions de prix, de facilité et de confort pour le public? Cela vaudrait mieux, à coup sûr, que d’accorder le monopole à une société comme ç’a été le cas à Bruxelles.

Nul n’oserait prétendre le contraire, car déjà la ville de Bruxelles exploite elle-même l’eau, le gaz, le service des pompes funèbres, l’instruction, etc., etc , dans de meilleures conditions que ne pourraient le faire les particuliers.

Le socialisme, on ne saui ait assez le répéter, c’est la substitution de l’intérêt public, collectif, à l’intérêt individuel, personnel. Pour arriver à offrir à tous les services qu’une société civilisée est appelée à rendre à ses membres, il faut que les services publics remplacent peu à peu les entreprises personnelles.

La Commune socialiste doit donc, chaque fois qu’elle en a l’occasion, — et elle doit rechercher ces occasions, — transformer l’industrie actuelle des moyens de transport en services publics communaux.

A ce système, les employés de ces services trouveront profit et liberté et le grand public y trouvera sa facilité et son intérêt.

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