‹ La quintessence du socialisme (volume 2)Chapitre 38 sur 135 · LE LOGEMENT · texte numérisé non relu

LE LOGEMENT

Mais il ne suffit pas de procure!' à l’homme une bonne nourriture et des vêtements sains et convenables pour lui permettre de vivre et de se développer, il faut encore lui donner un bon logement.

On peut même dire qu’au point de vue social, une bonne habitation est aussi utile qu’une bonne nourriture, car le logement joue un rôle considérable dans la vie non seulement physique, mais morale de l’homme.

Quand un père de famille possède une habitation propre, coquette, saine, il se plaît au milieu des siens. Si. au contraire, son logement est triste, sale, sans air, rien ne l’y retient et il s’en va au cabaret, devient un ivrogne et ne rentre chez lui que pour se jeter sur un grabat.

Én temps d’épidémie, c’est dans les quartiers les plus pauvres que la mort frappe sans pitié. Elle trouve là un milieu favorable et des victimes en masse.

Mais très souvent les maladies épidémiques, comme le choléra et les fièvres, ne restent point dans ces quartiers pauvres sans air. Elles se propagent quelquefois et vont frapper les riches dans leurs hôtels somptueux.

Cela s’est vu en 1866 lors de l’épidémie de choléra à Bruxelles, et les quartiers riches n’ont pas alors été épargnés plus que ceux habités par les ouvriers.

Procurer à tous les habitants d’une ville des logements sains et à bon marché est donc non seulement une question d’humanité mais aussi une question de prudence, de préservation, pour les riches, les bourgeois.

Les pouvoirs publics l’ont compris du reste, surtout à Bruxelles et à Gand.

Ces Communes ont exproprié, pour cause d’utilité publique, de nombreux quartiers pauvres où grouillaient des milliers de ménages d’ouvriers. Les travaux de l’assainissement de la Senne à Bruxelles et la démolition du quartier de Notre-Dame-aux-

Neiges ont chassé de la ville toute une population qui a dû se réfugier dans les faubourgs, faisant augmenter ainsi, dans des proportions considérables, le prix des loyers.

La ville de Bruxelles, en agissant comme elle l’a fait, pense avoir accompli son devoir. Elle s’est contentée de démolir des masures infectes, mais a laissé le soin à des particuliers, à des spéculateurs, de pourvoir aux nouveaux logements.

C’est là un fort mauvais système et qui a été critiqué bien des fois. La question du logement a encore occupé d’autres personnes, peu nombreuses, il est vrai, qui ont pensé que la solution du problème consistait à faire bâtir des maisons ouvrières et de les vendre par annuités.

Ce n’est pas là une solution sérieuse et nous allons exposer ce que, d’après nous, devrait faire dans cette voie une administration communale socialiste.

D’abord cette administration devrait exercer une surveillance continuelle sur les habitations. Il existe encore dans les villes des quartiers habités par des pauvres et dont les masures sont infectes et malsaines La première chose à faire, dans ce cas, c’est de procéder à la démolition de ces maisons. Mais une fois ce travail accompli, la Ville ou les Communes, au lieu de vendre leurs terrains à des particuliers, devraient faire bâtir elles-mêmes des logements simples, mais construits dans toutes les règles de l’hygiène. La Commune resterait propriétaire de ces maisons et les louerait à des particuliers au prix de revient.

Si ce système était suivi un peu partout, au bout de quelques dizaines d’années, la Commune serait propriétaire d’une bonne partie des habitations et, par suite de la concurrence, ferait diminuer le prix des loyers des autres maisons appartenant à des particuliers, en attendant qu’elle les rachète.

Ceci n’a rien d’utopique puisque la ville de Bruxelles, par exemple, est déjà propriétaire de .maisons qu’elle loue à ses habitants. Il est vrai de dire que l’administration de ces biens communaux, de ces propriétés collectives, laisse beaucoup à désirer.

Cette solution du rachat des choses particulières pour la facilité de la masse n’est pas un fait nouveau. N’a-t-on pas vu un peu partout des individus créer des ponts ou des chemins de fer, puis l’Etat racheter les uns et les autres? Actuellement, le fameux pont de Seraing appartient à une compagnie, et depuis longtemps

on en réclame le rachat à la Chambre. Or, s’il est utile d’avoir des chemins appartenant à tout le monde, pourquoi n’en serait-il pas ainsi des habdadons ?

Car, esi-il besoin de le dire, nous ne sommes point partisans de voir chaque famille posséder sa maison, pas plus qu’il n’v a des familles possédant des rm-s de la voie publique. Ce n’est pas là le but à atteindre, mais bien de procurer à tous, à prix de revient, au meilleur marché possible, un logement convenable. Au surplus, l’exemple de Mulhouse est là : des ouvriers, propriétaires de leur maison qu’ils payaient par annuités, vendaient ou hypothéquaient leur maison avant la date du payement complet. Quatre-vingts pour cent de ces ouvriers propriétaires étaient dans ce cas

L’habitation, donc, devrait faire l’objet d’un service public communal.

Aujourd’hui, avec le système de propriété individuelle, les maisons acquièrent une plus-value souvent considérable sans que le propriétaire y soit pour rien. Une maison qui, il y a cinquante ans, a coûté 90.000 frs, en vaut cent mille aujourd’hui, par le seul fait que la population s’est accrue ou que des 0 avaux d’embellissement ont été faits par la ville. Est-ce juste, raisonnable? Un système propriétaire qui donne lieu à des abus aussi scandaleux est jugé.

La tâche à accomplir par une administration communale socialiste, c’est de rendre la Ville ou la Commune propriétaire des maisons, de rendre celles-ci les plus saines possibles et de les louer au plus bas prix.

Vous nous contentons ici d’indiquer ce qui devrait être fait, sans parler, en détail, des moyens d’exécution. Ces moyens, d’ailleurs, sont faciles. Les villes peuvent emprunter de l’argent — elles le font déjà aujourd’hui sur une grande échelle. Elles trouveront ainsi les ressources nécessaires pour activer cette transformation de la propriété immobilière individuelle, actuellement existante, en un système de propriété communale.

Pareille réforme serait saluée avec joie par la masse de la population, car il ne faut pas oublier que si le propriétaire c’est l’ennemi, il est aussi la minorité, et que le but des démocraties c’est de travailler au bonheur de la majorité en attendant que cette majorité devienne l’unanimité.

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