LE SERVICE DES ASSURANCES
La ville de Bruxelles a inscrit à son budget des dépenses pour 1890, une somme de 260,900 francs pour le service des pompiers. C’est un joli denier. Cette somme représente plus d’un franc cinquainte par tête d’habitant.
Cette dépense, relativement-considérable, est payée en grande partie par des contribuables pauvres, non propriétaires, et sert à sauver de l’incendie l’avoir des possesseurs d’immeubles. Ce sont ionc toujours les petits qui paient pour les gros, comme ce sont les pauvres qui sont soldats pour défendre, en cas de guerre, les propriétés des riches.
Dans ce cas-ci, ce ne sont pas seulement les propriétaires qui bénéficient de ces dépenses, mais encore les compagnies d’assurances. C’est le comble de l’aberration ou du gaspillagede l’argent des malheureux, au profit des puissants.
Certes, il est logique que les pouvoirs publics s’occupent d’éteindre les incendies. Les pompiers sont des hommes utiles et qui rendent de très grands services aux habitants Ces braves risquent souvent leur vie pour combattre les incendies ou sauver leurs semblables menacés de mort violente.
Mais ce qui n’est plus logique du lout, c’est que toutes les dépenses nécessitées par ce service soient faites au seul profit des compagnies d’assurances.
Si notre mémoire est fidèle, un conseiller communal, feu M. Bergmann, pensonS-nous, fit jadis une proposition tendant à aire payer par les compagnies d’assurances contre l’incendie les lépenses du service des pompiers, et le Peuple s’occupa de cette proposition qu’il discuta longuement.
Ce serait une chose juste, en somme, mais il v a mieux à faire mcore.
Les compagnies d’assurances sont toujours très prospères. Les étions de capital de ces sociétés ont augmenté de prix dans des 'reportions considérables, vu le chiffre énorme des bénéfices
qu’elles réalisent, bien que leurs frais d’administration soient très grands et que les primes payées aux courtiers soient des plus élevées.
Chacune de ces sociétés d’assurances est une puissance financière. Elles ont des réserves énormes et représentent un capital considérable.
Plusieurs de ces compagnies ont été créées avec des capitaux étrangers. I! en est ainsf d’ailleurs de toutes les grandes entreprises financières et industrielles de notre pays. Par contre, de nombreux capitaux belges sont engagés dans des entreprises étrangères, chemins de fer, mines, banques, tramways, etc., etc.
Quel devrait être le rôle d’un conseil communal imbu d’idées socialistes, c’est-à-dire mettant au-dessus de tout l'intérêt général du public et des contribuables?
Dans la question des assurances, la seule solution pratique et radicale serait de faire en sorte que la Commune ou une agglomération de Communes s’entendissent pour organiser un service d’assurances en cas d’incendie.
La Commune est mieux à même que quiconque de mener à bien une œuvre semblable. Elle peut organiser l’assurance en faisant la concurrence aux compagnies existantes, car le but d’un service public c’est de fournir le nécessaire aux habitants au plus juste prix possible, tandis que les entreprises privées ne sont jamais guidées que par l’intérêt, le bénéfice à faire sur le dos ou la bourse du public.
Les administrations communales ont donc pour devoir d’organiser l’assurance contre l’incendie, et si elles prenaient cette mesure, elles arriveraient bien vite à remplacer les sociétés d’assurances existantes, car le public aura toujours plus de confiance dans des administrations publiques que dans des compagnies particulières; d’autant plus que ce qu’il pourrait payer de trop comme assuré , il le payerait, en moins comme contribuable.
Une fois l’assurance organisée par la Commune, un devoir s’imposera : celui d’améliorer le sort des pompiers qui ne sont pas assez payés, d’installer des postes de secours dans tous les quartiers de la ville et de perfectionner de plus en plus le matériel.
Les simples pompiers, à Bruxelles, ne reçoivent qu’une solde de deux francs par jour. C’est dérisoire et honteux ! C’est pour ces vaillants surtout qu’une administration socialiste serait utile.
car ils seraient assurés d’être payés convenablement, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Il en serait de même, d’ailleurs, d’un grand nombre de petits employés de la ville et des administrations publiques en général. L’arrivée aux affaires des socialistes serait avantageuse aux petits, aux humbles, tandis que le maintien des administrateurs actuels n’est favorable qu’aux gros, aux chefs.
Il y a, dans tous les services publics actuels, des différences trop grandes comme appointements du personnel.
Ainsi, dans le même service des pompiers où les hommes sont payés 2 francs par jour, le commandant reçoit 5,000 fr. par an.
Pour la police, même abus : les commissaires touchent de 5,500 francs à 9,000 francs, tandis que les simples agents reçoivent de 1,400 à 1,600 francs, ce qui est évidemment trop peu pour vivre convenablement à Bruxelles.
Les transformations proposées par nous dans le domaine communal auraient donc un double résultat : avantage pour le grand public et amélioration du sort des employés inférieurs et moyens.
Le devoir du public, des contribuables et des petits employés et agents communaux est donc de travailler au succès des socialistes partout où ceux-ci se présentent comme candidats — et même de voter pour eux, ne fût-ce que pour faire enrager nos édiles!