ACTE PREMIER
dau dans ces circonstances : ad-mi-ra-ble. Il jouait au baccarat. Chaque soir, il rencontrait quelques émigrés français dans un estaminet. Il gagnait régulièrement ses trois louis. Mais un jour, il y eut je ne sais quelle contestation entre les joueurs. Il assomma un de nos compatriotes d'un coup de poing et en souffleta un autre qui eut la malheureuse idée de lui envoyer ses témoins. Philippe lui ouvrit le ventre, d'un coup de sabre.
Védie entre et nettoie les carreaux de la fenêtre. MAX.
Comment est-il revenu en France ?
RENARD
Sa mère, une bonne femme qui s'était saignée aux quatre veines pour lui, paya son voyage.
MAX
Et tu ne l'as plus revu?
RENARD
Si; à Paris, il y a quatre ans, en 1820. Il avait fait avec une nommée Mariette, danseuse à l'Opéra, un mariage en détrempe. Cette femme lui coûtait les yeux de la tête. Il était caissier dans un journal. Il mangea la grenouille. Sa mère dut désintéresser le patron.
MAX
Parbleu ! le colonel Bridau est un homme charmant.
RENARD
Esbrouffant.
Mais un dandy, habitué à fréquenter les danseuses, s'ennuiera dans I-;soudun. Il faudra lui faciliter les moyens de retourner à Paris. Je peux compter sur les amis de la Désœuvrance?
RENARD
Oh ! ne va pas lui chercher noise! C'est un gaillard qui ne ferait qu'une bouchée de nous deux.
MAX
On sera poli. Je sais les égards qu'on doit à un officier d'ordonnance de l'Empereur.
RENARD
En ce cas...
MAX
Et puis...
Madame Bridau et Joseph entrent en ce moment. — Madame Bridau, cinquante-cinq ans^ a les ciieveux tout hlancs. — Joseph a une trentaine d'années.
JOSEPH) très poli, le chapeau à la main.
Pardon, messieurs, c'est bien ici qu'habite M. Jean- Jacques Rouget?
MAX
Oui, monsieur.
JOSEPH
Pourrions-nous le voir?
Mais...
JOSEPH
Je suis son neveu.
MAX, surpris.
Le colonel Bridau ?
JOSEPH
Mon frère est à Paris, je suis M. Joseph Bridau.
MAX, sourire de satisfaction.
Le peintre?