ACTE TROISIÈME
MIGNONNET
I^a garde contre la garde ! Vous n'y pensez pas, messieurs! Les bourgeois d'Issoudun vont voir la garde contre la garde ! A la guerre, je ne dis pas, deux braves de la garde ont une querelle, on se bat; il n'y a pas de pékins pour se moquer d'eux. Mais ici, en pleine paix, devant les bourgeois. Non ! ce n'est pas possible. Laisse-moi prendre ta place, Max. On ne verra pas la garde contre la garde.
FLORE, à Garpentier.
Général, je vous en supplie, faites qu'ils ne se battent pas.
BRIDAU
Eh I mon Dieu, mademoiselle, ne vous mêlez pas de cette affaire qui doit se traiter d'homme à homme et occupez-vous de mon oncle qu'il faut aller coucher.
ROUGET
Oui, Flore, viens.
FLORE
Non, je ne sortirai pas avant...
MAX
Allez, mademoiselle, allez.
Flore sort avec Rouget.
BRTDATT.
Messieurs, je ne connais personne à Issoudun et le commandant Mignonnet a raison, il ne faut pas nous donner en spectacle aux bourgeois.
Oh I si quelque pékin s'avisait de parler, nous lui ferions avaler sa langue et sans sauce.
BRIDAU
Mieux vaut qu'ils ignorent tout de ce démêlé entre
camarades. Je prierai donc le général Garpentier et mon ami Renard de vouloir bien me servir de témoins.
GARPSNTIERj après un coup d'œil à Renard.
C'est accepté.
BRIDAU
Auriez-vous l'obligeance, messieurs, de conférer tout de suite entre vous sur ce petit différend pour qu'on puisse le régler demain au point du jour.
GARPENTIER.
Nous allons en causer chez le commandant Mignonnet. C'est lui qui habite le plus près d'ici, n'est-ce pas?
BRIDAU, à Garpentier.
Alors, je vous demanderai, mon cher général, de vouloir bien revenir pour me faire connaître la décision prise. (Garpentier s'incline.) Car je reste chez mon oncle. M. le commandant Gilet comprendra, je pense, qu'il doit pour cette nuit, retourner à l'auberge.
MAX, sortant.
A demain, colonel.
BRIDAU
A demain, commandant.
MIGNONNET, sortant avec Max, les bras au ciel.
La garde contre la garde.
POTEL, saluant et sortant.
Colonel !
BRIDAU
Messieurs 1
GARPENTIER, à Bridau.
Vous savez que la qualité d'offensé appartient au commandant Gilet.