ACTE TROISJÈME
Ça n'est pas possible. Vous ne pouvez pas cependant le tuer sans raison ou le blesser, ni risquer de vous faire tuer ou blesser par lui. Un malheur arriverait demain je ne m'en consolerais pas. Oh! monsieur, renoncez à ce duel, je vous en supplie. Je vous le demande pour vous, pour moi, je vous le demande à genoux.
BRIDAU
Allons ! allons ! ne pleurez pas comme cela, vous finiriez par m'attendrir. Ah! je ferais une belle sottise si je suivais votre conseil^ une sottise qui nous coûterait cher à4ous deux. Je ruinerais mon avenir et le vôtre. Mais oui, car c'est pour vous autant que pour moi que je travaillerai demain. Laissez-moi régler nos comptes avec Max. Que ce duel ne vous inquiète pas, il n'en résultera rien que d'heureux pour vous.
J'en mourrai.
BRIDAU
Mourir ? La bonne blague. On ne meurt pas à votre âge. C'est le moment de prendre du plaisir. Et moi, moi que vous tenez pour un ennemi, je veux que vous soyez heureuse. Vous le serez. Allons, essuyez ces larmes; de beaux yeux comme les vôtres ne sont pas faits pour répandre des pleurs. Est-ce que, quoi qu'il arrive, une jolie fille ne lire pas toujours son épingle du jeu? Quelle catastrophe peut atteindre une femme qui a ces mains, ces épaules et les cheveux que voilà.
FLORE
Mais, colonel, vous me parlez sans colère, vous n'êtes donc plus fâché?
BRIDAU
Non, sacrebleu! Je n'ai jamais voulu vous faire du chagrin.
FLORE
Alors, pour ce duel, on pourrait...
BRIDAU
Ah 1 basta là-dessus. Nous nous battrons, à moins que vous ne partiez? Voulez-vous partir? Non? Laissez-moi donc m'aligner avec Gilet, et ne faites pas de vœux pour lui. Souhaitez qu'il aille là-haut rejoindre ses camarades de la grande armée.
BRIDAU
Max! Max! Oui, c'est un beau museau, je vous l'accorde. Mais, diantre, à la façon dont vous êtes faite, vous trouveriez vingt gaillards superbes et râblés, trop heureux de vous apporter leurs hommages et qui seraient capables de se faire couper la gorge pour vous. Tenez, si vous n'étiez pas la bonne amie de mon oncle, foi de Bridau... Sufficit ! Passons !
(Flore lève les yeux vers lui — échange de regards — Flore
se met à réfléchir.) Votre Max, je le déteste un peu plus quand vous parlez de lui sur ce ton! Franchement, croyez-vous qu'il vous aimait ? Pensez- vous qu'il vous aurait remarquée seulement, si au lieu de vous trouver installée dans cette maison, héritière probable des millions de mon oncle, il vous avait vue sous vos haillons de rabouilleuse, péchant des écrevisses dans la Tournemine? Non, parbleu I Voyons, réfléchissez un instant, osez vous faire juge de sa conduite; elle ne vous apparaîtra que comme un chef-d'œuvre d'habileté, de rouerie, et tout ré-