ACTE TROISIÈME
fléchi, si vous êtes sincère avec vous-même, il vous faudra reconnaître que ce joli monsieur ne convoitait que votre argent.
FLORE, après une pause.
Colonel, vous disiez que vous vouliez me voir heureuse ?
BRIDAU
Oui.
FLORE
Et comment... et que ferez-vous pour cela?
Je forcerai mon onc^.e à vous épouser.
FLORE
M. Rouget?
BRIDAU
N'est-ce pas une preuve d'intérètqueje vousdonne? Croyez-vous maintenant que je suis véritablement votre ami? Oui, ce mariage dont vous devez rêver depuis votre entrée dans cette maison ; ce mariage qui vous ferait la maîtresse ici, ce mariage où vous n'avez pas pu amener mon oncle, moi, je le ferai conclure. L'obstacle qu'il y a entre vous deux, je le supprime demain. Puis j'entreprendrai Rouget, je sais comme il faut lui parler. J'ai le regard qui plombe les imbéciles. Forçons-lui la main, il en sera ravi. Eh bien, cette première partie de mon programme vous sourit-elle ?
FLORE
Mais... savez-vous si je veux me marier?
BRIDAU
Qu'est-ce que vous chantez là ?
FLORE
Peut-être vaut-il mieux que je reste fille?
BRIDAU
Eh quoi, nom d'un canon, on vous fait une proposition mirobolante et vous crachez dessus!
Ne vous fâchez p a Sj colonel... mon refus n'a rien d e désobligeant pour vous, au contraire.
BRIDAU
Qu'est-ce que c'est que cette lubie ? Vous refusez d'épouser mon oncle! Pourquoi?
FLORE
'Dame! En ce moment, je suis ma maîtresse.
BRIDAU
Rouget ne sera jamais un tyran.
FLORE
Aujourd'hui, je n'ai point de comptes à lui rendre.
BRIDAU
Qu'y aura-t-il de changé quand vous serez sa femme ?
FLORE
Je serai son bien, sa chose. Et je veux être libre.
BRIDAU
Libre? De quoi?
FLORE
De faire ce qui me plaît... tout ce qui me plaît. Je peux me trouver un jour... dans une situation difficile... je ne sais pas si j'aimerai toujours votre oncle.