‹ La Race Bovine Tarentaise dans la Région de FèsChapitre 10 sur 21 · HYGIENE DES ANIMAUX TARENTAIS · texte numérisé non relu

HYGIENE DES ANIMAUX TARENTAIS

Transplantée d’un pays frais dans un pays chaud, soumise en été à une sécheresse qui s'accompagne souvent de disette, la race Tarentaise devra être protégée, autant que faire se peut, contre les rigueurs du climat.

Le mode d’élevage est soit la stabulation, soit la demistabulation .La stabulation permanente est assez rare, la demi-stabulation, bien qu’à des degrés divers, étant une règle presque générale.

À la saison des pluies, mis au pâturage le matin, Îles animaux rentrent à l’étable le soir.

L'été, suivant les possibilités de l'exploitation les animaux sont mis aux heures fraîches dans des enclos d’une valeur alimentaire très discutable. Sortis avec le jour, ils rentrent à l’étable vers 9 heures pour en ressortir le soir jusqu’à la tombée de la nuit. Souvent les animaux sont lâchés pour la journée dans un petit enclos ombragé, à proximité de l’étable ; ils y passent la jour- née, évitant l'atmosphère étouffante d’une étable mal protégée contre les rigueurs du soleil. Dans un cas comme dans l’autre, une ration supplémentaire est fournie à l’étable.

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Dans d’autres exploitations où l’étable offre une protection suffisante, les animaux passent à l’intérieur toute la saison chaude.

Les bâtiments destinés à abriter les animaux sont de vastes constructions rectangulaires à murs de pierres, à toiture ordinaire non plafonnée. Trop basse, elle transforme l’étable en four. Trop haute, elle n’offre plus l’hiver aucune protection contre le froid. Aucun effort réel ne semble avoir été fait dans la région pour la construction des toits, si importante pour la protection contre la chaleur. Dans d’autres régions d'Afrique du Nord, nous avons pu voir des toits plats et épais, munis de cheminées évacuant l’air chaud, protégeant des étables où la température, en plein midi, sans être spécialement fraîche, était certainement inférieure à la température extérieure. Sans demander l'impossible, :il serait seulement souhaitable qu’elle ne lui soit pas supérieure.

À l’intérieur, sur un sol cimenté et muni de risoles d'écoulement, les auges sont en général communes, accessibles par des couloirs d’alimentation. Les accessoires, attaches, séparations des animaux, litières, etc... ne présentent rien de particulier.

La traite manuelle est la règle, confiée le plus souvent à des indigènes. Si la propreté la plus élémentaire est en général respectée dans la récolte du lait, la traite incomplète est souvent à l’origine de baisses de rendement, sinon de mammites.

L'alimentation des vaches laitières se fait soit avec des ressources naturelles, soit avec des aliments artificiels.

LE: es En hiver et au printemps, l’apport de fourrages verts est un appoint sérieux et rafraîchissant.

D’après GEOFFROY-ST-HILAIRE, la composition d’une prairie dans la région est en moyenne la suivante :

Graminées :

Ray-£rass Lolium multiflorum Avoine Avéna stérilis Brome Bromus mollis — Bromus macrostachys Vulpie Vulpia géniculata Alpiste Pholaris brachystachys Légumineuses :

Scopiure Scopiurus sulcata Trèfle Trifolium ponormitatum — — janiniamum — — maritimum — — frasiferum Melilot Mélilotus compacta Tetrasgonolobe Tetrasonolobus purpureus Vesce Viscia sativa Autres plantes :

Renoncule Renonculus phinoloctis Chicorée Chicorium pumilum Crepis Crepis taraxacifolia Centaurée Centaurea calitrapa Epiaire Strachys hista Ammi Ammi magus Plantain Plantasgo coronopus

Les espèces qui dominent sont les ray-grass, les avoi-

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nes, les phalaris, les vulpias, quelques luzernes, trèfles, soucis, mauves et chardons. Les fourrages récoltés sont presque uniquement composés de graminées, les luzernes étant insuffisamment hautes pour être convenablement récoltées.

Les prairies artificielles irriguées sont nombreuses. On y récolte surtout de la luzerne, du trèfle d'Alexandrie. On récolte également du maïs ou du Sorgho, donné aux animaux en vert ou après ensilage.

La conservation du fourrage, non pas en vue de l’hivernage, mais pour passer la saison sèche, se fait soit par dessication simple ou par salage, soit par ensilage.

L'alimentation verte ou sèche est complétée par des tourteaux de palme, d’arachide de sésame, de coton, qui cependant, à cause des transports, reviennent cher dans les régions éloignées de la côte. On utilise également le son, l’orge, la mélasse, les pailles mélassées.

C’est sur le problème alimentaire que se porte le principal effort des colons, et dans l’ensemble ïl est résolu avec succès. C’est évidemment la première condition de réussite. Malgré les aléas qu'il a pu ou peut encore leur réserver, l’élevage reste pour eux une ressource dont ils sont loin de minimiser l’importance. Les risques y sont moindre qu’en culture où une mauvaise récolte est souvent la rançon d’un coup de Chergui. Les plantes sont brûlées, les animaux, eux, pâtissent un moment puis reprennent le dessus. En plus du lait et de la viande qu'ils peuvent fournir, les animaux représentent un capital pouvant être récupéré à n'importe quel moment, demandant peu de main-d'œuvre, fructifiant

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régulièrement s’il est bien mené, et fournissant par dessus le marché un engrais bien supérieur à tous les engrais chimiques du monde.

Les ‘risques en élevage sont moindres qu’en culture mais néanmoins sont loin d’être négligeables. En plus des maladies ou accidents dont les animaux tarentais ne sont pas exempts, en plus d’affections dont la science peut les protéger par traitement ou par vaccination, alors que la tuberculose qui frappe tellement de bovins en France est rare ici, les piroplasmoses restent pour l’élevage nord-africain un obstacle réel, cause de bien des déboires et de bien des échecs.

Ainsi sur une vingtaine de vaches tarentaises importées en 1942 par une importante société, 18 sont actuellement mortes la plupart de piroplasmose. Ce même élevage, qui groupe une centaine de sujets européens parmi lesquels une trentaine de tarentaises soit importées récemment, soit descendantes des femelles de 1942, n’eut à déplorer aucune perte en 1948 grâce à une stabulation permanente en été et des mesures insecticides fréquentes et efficaces. Des produits nouveaux, à base d’hexachlorocyclohexane donnèrent ici d’excellents résultats en pulvérisation sur le sol et sur les murs.

Dans un £ros élevage laitier de la région, où des animaux tarentais sont entretenus depuis 16 ans et dont les ancêtres importés remontent parfois à cette date, il n'y aurait jamais eu, d’après le propriétaire, un seul cas de piroplasmose. Cette affirmation, peut-être exagérée, n’est certainement pas très éloignée de la réalité, car elle n’aurait aucune raison de l’être, d’autant plus que

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ce propriétaire élimine actuellement tout sujet qui n’est pas tarentais. Son troupeau possède quelques sujets remarquables dont la production moyenne journalière serait de 15 litres pour une lactation de 8 à 9 mois, chiffres que les lactations contrôlées de la ferme expérimentale rendent soutenables.

La ferme expérimentale perdit cette annéé une seule vache laitière, de piroplasmose, qui mourut 8 ans après son arrivée de France, après avoir fourni des lactations échelonnées entre 3.500 et 4.000 litres.

Une fois déclarées, les piroplasmoses vraies se guérissent assez facilement. Les thélérioses et les anaplasmoses que le microscope est souvent seul capable de différencier de précédentes, sont beaucoup plus rebelles et souvent mortelles. Si la prévention médicale de ces affections resté à trouver, les mesures prophylactiques sont d’une efficacité certaine. Elles peuvent même les éliminer totalement d’une étable.

Enlever les tiques sur les animaux eux-mêmes demande chaque jour une surveillance attentive et cette mesure intervient souvent trop tard. C’est pourquoi il faut éviter aux animaux les prés où ils s’infestent sans que la contre-partie alimentaire soit appréciable.

L'élevage indigène où la prophylaxie reste si difficile à imposer, constitue un réservoir inépuisable de tiques infestées. Pour pouvoir donner aux mesures antitiques une pleine efficacité, il faut, au moins pendant la saison chaude, une stabulation permanente, ou à la rigueur un parcage limité, le rôle de l’éleveur se bor-

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nant à protéger l’ilôt sain où évoluent ses animaux contre les incursions du milieu contaminé environnant.

La destruction des tiques est d’autant plus facile que les surfaces sont plus restreintes, et son efficacité n’est certaine que sur des surfaces lisses. Pratiquement impossible dans un pré, elle est presque totale dans une étable bien construite. Alors que le D.D.T. donnait des résultats variables, souvent décevants, d’excellents résultats furent obtenus avec des pulvérisations de solutions à base d’'H.C.H. L'opération se pratique avec de simples appareils utilisés pour sulfater les vignes.

Les petites causes ont parfois de $rands effets. La lutte victorieuse contre les tiques sera certainement un des facteurs, sinon le facteur qui contribuera le plus au développement de l’élevage bovin au Maroc.

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