CHAPITRE V
Propositions pour l'amélioration de la race vosgienne.
Dans ce qui précède, j’ai essayé de donner une description exacte de la race vosgienne, de son historique, de ses caractères zootechniques généraux et particuliers, des conditions de son élevage et de son exploitation. Si à la suite de ces considérations nous nous posons maintenant la question: y a-t-il lieu de conserver la race vosgienne, la réponse à notre avis, ne peut être qu’affirmative.
J'ai exposé en haut, que la race vosgienne est un produit animal résultant des conditions générales du milieu où elle s’est formée et qui lui ont imprimé leur cachet à tout l’ensemble de l’organisme. Or une oeuvre de plusieurs siècles ne se laisse pas anéantir en un tour de main; on a beau chasser le naturel, il revient au galop, lors même que l’on croit avoir barricadé toutes les portes. Pour cette même raison, Lydtin le savant zootechnicien, qui a reconnu à sa juste valeur les grandes qualités de la race vosgienne, pour juger de l’opportunité de sa conservation et de son amélioration, s'exprime ainsi: (Une race qui a si longtemps répondu aux besoins de son aire géographique, avec laquelle les éleveurs et les fromagers ont été en général satisfaits, vaut la peine d’être conservée d’autant plus qu’il est prouvé, que des conditions de vie plus avantageuses provoquent un développement meilleur.»
Si dans la plaine d’Alsace la culture des terres et l’élevage du bétail se lient étroitement et contribuent également au bien-être de la population rurale, dans les régions montagneuses l'élevage du bétail doit sans contredit passer avant la culture des terres qui n’y donnent que des produits maigres.
Le cultivateur y est obligé de porter sa principale attention sur l'élevage du bétail pour en retirer le maximum de profit surtout à l’époque actuelle, où la production du lait et de la viande doit suivre le mouvement de l’accroissement considérable de la population ouvrière attirée par l’industrie et le commerce toujours progressant dans nos vallées vosgiennes.
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Nos anciens ont su bien choisir cette race bovine se distinguant par sa stabilité et par un rendement satisfaisant.
Nous n'avons qu’à indiquer à l'élevage actuel les bonnes directives pour arriver à l’amélioration désirée en perfectionnant ce qu'ils
ont su conserver jusqu’à présent, 1) Méthodes zootechniques d'amélioration
a) Croisement ou sélection.
Pour atteindre ce but faut-il procéder par croisement, c’est-à-dire par l’introduction d’animaux reproducteurs mâles et femelles qui possèderaient les qualités nécessaires pour corriger les défauts existants, ou est-il possible et préférable d'améliorer la race par elle-même par la sélection zootechnique ?
On a cru pouvoir aller vite dans l’amélioration du bétail en employant uniquement les croisements avec des races étrangères, mais on a de la sorte sacrifié des sommes énormes et presque partout sans grand succès, Au bout d’un temps plus ou moins long les traces de ces coûteuses expériences ont disparu, laissant derrière elles souvent plus de mal que de bien. Sous prétexte d’augmenter chez nos vosgiens le caractère laitier, certains éleveurs ont fait pendant de longues années des croisemenis intempestifs avec la Schwytz et plus récemment avec la Hollandaise; on n’a fait qu’augmenter chez nous le nombre des individus sans le moindre caractère d’une race, le nombre de batards n’ayant pas la moindre aptitude fixe et héréditaire, La preuve est faite qu’il n’y a vraiment pas lieu de croiser nos vosgiennes avec des individus, dont la race dégénère dès la 3e ou 4e génération sous l’influence du sol et du climat vosgiens.
Serait-il par exemple prudent et sage de conseiller aux paysans, dont les ressources fourragères sont soumises à des variations souvent si désastreuses, de croiser leur bétail défectueux, il est vrai, maïs dur et sobre et habitué à toutes les rigueurs alimentaires, avec la race fribourgeoise qui compte parmi les races les plus exigeantes, les plus lourdes et les plus grandes des gras pâturages de la Suisse? «Conduite au dehors de son pays», dit M. May, la race fribourgeoise s’acclimate difficilement et lorsqu'on a recours, pour satisfaire son appétit dévorant, à des résidus de brasserie ou de distillerie, son aptitude laitière disparaît et il se manifeste chez elle une disposition très prononcée ou à s’engraisser ou
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à contracter des maladies qui ont pour résultat une perturbation complète des facultés prolifiques» (13).
Au sujet des résultats obtenus par le croisement avec la hollandaise M. Zundel écrit avec raison, que «les cultivateurs alsaciens, partisans de l’introduction de hollandaise, ne doivent pas se faire l’illusion qu’ils seront plus heureux que ceux qui ont fait ces essais avant eux. L'expérience faite dans le Haut-Rhin, dans le Bas-Rhin et en Moselle (dans ce dernier département l’expérience porte sur plus de 100.000 animaux) et encore dans beaucoup d’autres régions montre qu’au point de vue de la conformation, les descendants d’animaux importés de Hollande très bien conformés à leur arrivée, ont dans leur nouvelle destination très vite perdu vis-à-vis de leurs ascendants en taille, en largeur de poitrine et en largeur de hanches, et que cette diminution s’aggravait de plus en plus. dans les générations suivantes; qu’au point de vue de la production en lait la moyenne, qui était de 28 à 30 litres par jour chez les importés, est tombée au tiers dans la 2e génération et audessous de la moyenne des plus mauvaises latières de nos races locales à la 3e et à la 4e génération, et cela dans des établissements, où les conditions d'hygiène et fourragères ne laissaient rien à désirer.
De plus il faut considérer que la hollandaise transportée dans nos régions est très facilement atteinte par la tuberculose. Il y a trente ans, la tuberculose était presque inconnue dans la partie nord-est de la Moselle alors qu’il n’y avait pas de hollandaises dans ce département. Dans Îles établissements où il y a maintenant des hollandaises, il y a au moins 30 % de tuberculose, alors que dans les étables de tâchetées le pourcentage de tuberculose est en moyenne de 6 à 7%, et que là, où il y a des vosgiennes, il est presque nul. »
De plus les animaux de races fribourgoise et hollandaise sont de grands mangeurs, peu aptes au travail et malgré l’abondance de leur production laitière, elles ne remplissent peut-être pas la première des conditions économiques, celle d’un rendement élevé en proportion de la nourriture consommée. En vérité, ces races qui ont une haute géputation de beauté, qui a fait que ce superbe bétail était ordinairement recherché à l'étranger au grand profit des éleveurs de sa patrie qui lui prodiguèrent à cette fin force nourriture, se trouveraient fort mal à l'aise chez nos paysans montagnards et s’accommoderaient très difficilement aux alternatives d’abondance et de disette, qu’elles auraient à
traverser, Elles ne conviendraient, par conséquent, pas plus à nos mon-
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tagnards qu'à nos vignerons, doni elles devraient former en outre Îles attelages pour les exploitations forestières.
S’il y a donc encore aujourd’hui, notamment dans la haute vallée de la Bruche et du Val de Villé, quelques rares autorités communales qui croient pouvoir remplacer la bonne race vosgienne par une race meilleure productrice, il faut qu’elles sachent qu’elles font fausse route. Il faut qu’elles se rendent compte que la vosgienne, si elle a la taille médiocre (cette taille peut d’ailleurs être augmentée par la sélection, témoin les élevages haut-rhinois) n’en est pas moins une très bonne productrice au point de vue de la qualité et de la quantité, d’un lait supérieur en matières grasses à celui de la tâchetée de l'Est, déjà supérieur en matières grasses à celui de la hollandaise; la viande en est d’une. bonne qualité, et elle a de plus le grand avantage d’être très rarement tuberculeuse.
Et par quelles autres races ces autorités communales voudraientelles remplacer la vosgienne? Le choix n’est pas grand. Les races du groupe dit celtique, parentes à la vosgienne, celle de Bretagne, de Vendée, de l’Auvergne s’acclimateront à la longue, mais elles ne sont guère supérieures à la vosgienne, Les grandes races hollandaise, normande, de Durham, du Charolais sont de grandes et difficiles mangeuses qui ne supporteront ni la maigre pitance, dont se contentent les vosgiennes, ni le climat de nos régions, témoin les malheureuses bêtes que le service de la reconstitution a envoyé dans la vallée de Munster et qui y sont toutes mortes en moins de deux ans. La tachetée serait également un bien mauvais échange. Bonne dans les étables de la plaine, elle dépérit vite dans les Vosges, à moins de soins particuliers et de conditions d’hygiène et d’alimentation qu’il serait bien difficile de lui y donner. Les mauvais résultats de l’introduction de la tachetée dans les vallées vosgiennes sont d’ailleurs restés dans les souvenirs de nombreux éleveurs.
Parlant de res croisements malencontreux M. Zundel, danse un rapport a écrit, que «les services locaux qui, dès l’annexion de 1870, professaient, à tort, que la vosgienne était une hollandaise dégénérée et s'étaient mis en tête que cette race devait être éliminée de nos montagnes, profitèrent vers 1885 du fait que le chef des services vétérinaires d’alors s’intéressait plus à l’élevage du cheval qu’à celui de la bête bovine, pour introduire, notamment dans la vallée de la Bruche et dans la vallée de la Thur, des taureaux tachetés en grand
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nombre. Mon prédécesseur a supprimé cette introduction en 1895, mais il a fallu de longues années pour rétablir la situation et éliminer les produits ide cette Jmalencontreuse introduction. Cette leçon ne devrait pas être perdue. Du reste je ne puis que répéter, que l’expérience enseigne pour toutes les grandes espèces ‘animales (pour les petits animaux la chose est plus facile) que les changements de race demandent beaucoup de temps, beaucoup d’argent, beaucoup de patience et beaucoup de bonne volonté, que les déchets sont pendant très longtemps bien plus nombreux que les réussites, qu’il est préférable d'améliorer une race par la sélection que de la remplacer par une autre).
Aussi c'est au détriment de la race vosgienne que l’on a tenté son croisement avec une de ces races, Car une race massive dépérit sur un terrain peu fertile et pauvre en calcaire, Les pacages des Vosges, quoique excellents par endroit, sont beaucoup moins succulents que ceux de la Suisse ou des Pays-Bas et n’ont fourni qu’une nourriture insuffisante, cause d’une dégénération rapide sans revenir au type primitif. | ae ON A FINI PAR COMPRENDRE QUE LES QUALITÉS SPÉ- CIFIQUES D'UNE RACE NE S'AMÉLIORENT PAS PAR LE CROI- SEMENT AVEC D’AUTRES RACES, ET QU'IL NE FAUT PAS ÊTRE PROMPT A INTRODUIRE DU SANG ÉTRANGER DANS UNE RA- CE PRÉCIEUSE. ON À RECONNU QUE LOSQU'UNE RACE EST ANCIENNE DANS UNE CONTRÉE ELLE Y SUBSISTE SOUS L'IN- FLUENCE DES CIRCONSTANCES LOCALES SANS ÊTRE L'OBJET DE SOINS EXTRAORDINAIRES, QU'ELLE EST EN HARMONIE AVEC LE CLIMAT, LE SOL, LA NOURRITURE, QU’IL PEUT Y À- VOIR DÉTRIMENT EN LA CROISANT AVEC DES RACES SUPÉ- RIEURES ET QU'IL FAUT CRAINDRE DE DIMINUER PAR DE TELS CROISEMENTS LES QUALITÉS QUI EN FONT LE MÉRITE SANS TROUVER DES DÉDOMMAGEMENTS SUFFISANTS DANS CELLES QU'ON LEUR DONNERAIT.
Pour me résumer, je suis convaincu que, quand les croisements produisent un bon résultat, il n’est pas durable, et je ne les admettrais que pour arriver promptement à un but momentané, mais pour arriver à un but stable et définitif, il faut améliorer nos animaux par une sage sélection de leurs reproducteurs.
CONSERVONS ET AMÉLIORONS DONC NOTRE RACE VOS. GIENNE PAR VOIE DE SÉLECTION ACTIVE ET CONTINUE, VOI-
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LA LA GRANDE LECON QUE TOUTES CES ERREURS DE CROI- SEMENT ET D’ALLIANCE PLUS OU MOINS RAISONNÉE D’EX- TRÊMES DOIVENT NOUS APPRENDRE, CAR LA SÉLECTION EST LE SEUL MOYEN QUI PERMETTRA DE COMPTER SUR UNE TRANSMISSION RÉGULIÈRE DE L'HÉRÉDITÉ; ELLE SEULE PEUT PERFECTIONNER LES RACES POUR LES RENDRE CON- FORMES AUX BESOINS ET AUX INFLUENCES LOCALES.
Imitons les pays où l’élevage fleurit comme en Hollande, en Suisse, en Angleterre, où les éleveurs ne perdent pas leur temps à faire des plaidoyers intarissables en faveur de tel ou tel type étranger à introduire chez eux; ils se contentent d’imiter l'exemple que leur offre la sélection naturelle en choisissant pour la reproduction ceux des sujets qui sous les rapports de la constitution et des aptitudes semblent être les plus conformes au but qu’ils poursuivent,
Laissons donc à nos voisins le bétail qu’ils ont produit à la suite des siècles par les qualités de leurs fourrages, par leurs ressources de toutes sortes, par leur sol et par leur ciel brumeux et occuponsnous à les imiter en perfectionnant notre race vosgienne par le choix des reproducteurs vosgiens, c’est-à-dire par la sélection.
Cette tâche ne paraît pas être trop difficile, car la race vosgienne a l’avantage d’être la race favorite de nos montagnards qui y tiennent avec conséquence et se gendarment volontiers contre toute infusion de sang étranger. D’autre part, les qualités inconstestables de la vosgienne ont fait que dans toute la contrée occupée par elle, syndicats d'élevage, éleveurs isolés, techniciens et administration s’efforcent depuis des années non seulement de la maintenir dans son aire géographique, mais de la perfectionner par une sélection active.
J'ai indiqué en haut les erreurs principales faites dans l’élevage et l’exploitation de la race vosgienne. Disons de suite que si toutes ces fautes zootechniques n’ont pas encore disparu complètement, on est arrivé tout de même à les corriger grâce aux efforts réunis des pouvoir publics, des experts en question d'élevage, des syndicats et associations d'élevage qui ont groupé les éleveurs intelligents. Certes il a fallu du temps, de la patience et beaucoup de bonne volonté de tous les côtés, maïs le but en valait bien la peine. Cependant ce but, visant la reconstitution de la race vosgienne dans toute son aire z00technique et l’amélioration des qualités dont elle est si remarqua-
blement douée, est encore loin d’être complètement atteint.
Il faut continuer à instruire l’éleveur pat
2) l'Enseignement des méthodes rationnelles d’élevage
I1 faut cultiver chez lui l’esprit de suite dans la pratique des bonnes méthodes d'élevage en lui montrant d’un côté les fautes commises, et de l’autre côté les avantages qu’il pourra retirer en appliquant en échange de vieilles pratiques souvent profondément enracinées, mais défectueuses, des méthodes étudiées et pratiquement éprouvées.
Il faut qu’il se rende compte, qu’il vaut mieux améliorer la race indigène par voie de sélection et agir systématiquement dans ce sens partout, où les croisements antérieurs n’ont produit que des résultats plus ou moins superficiels. Il faut le guider en lui apprenant à faire un choix judicieux des reproducteurs mâles et femelles, en le convainquant qu'il devrait particulièrement veiller à ne choisir pour continuer la reproduction que des sujets, dont il connaît la descendance et qui ne laissent absolument rien à désirer sous le rapport des formes et de l'harmonie du corps sans négliger les indices d’un bon rendement. Il faut qu’il se rende compte, que la conformation, à laquelle la pratique attache tant d'importance, n’est pas une cause, que c’est un effet, la résultante de toutes les forces physiologiques diversement mise en jeu et recevant leur première impulsion de la manière, dont l’animal a été nourri et traité dans les premiers temps de sa vie.
On lui rendra donc le meilleur service en lui montrant l’avantage réel d’un élevage rationnel et d’une alimentation appropriée des jeunes.
IL FAUT DONC QUE L'ÉLEVEUR SACHE QUE LA NOUR- RITURE ET LES SOINS QUE L’ON DONNE AUX VEAUX PEN- DANT LES TROIS PREMIERS MOIS FORMENT LA BASE DE LEUR SANTÉ, DE LEUR DÉVELOPPEMENT, ET DE LEUR QUA- LITÉS UTILES POUR TOUT LE RESTE DE LEUR EXISTENCE QUE PAR L'ADMINISTRATION D’UNE NOURRITURE SUBSTEN- SIELLE, RICHE EN MATIÈRE AZOTÉE ET PHOSPHATÉE, IL FAIT LE MIEUX PROFITER L'ORGANISME DES ÉLÈVES DE SA PUISSANCE DE CROISSANCE, QUI EST DE 56% DANS LA PRE- MIÈRE ANNÉE, DE 30% DANS LA SECONDE, ET DE 14% DANS LA TROISIÈME ANNÉE DE LA VIE, QU'IL EST SURTOUT DE LA PLUS HAUTE IMPORTANCE D'APPLIQUER CES PRINCIPES AUX TAURILLONS.
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C'est là le seul moyen d’arriver dans un laps de temps relativement court à améliorer la race et l’élevage., L'exemple pratique lui est donné dans les régions, où l’élevage de la vosgienne est cultivé avec beaucoup de soin et d'amour, par exemple dans la vallée de Munster où l’on trouve des syndicats d’élevage florissants, dont les adhérents répètent volontiers que leurs succès proviennent en grande partie de ce que les veaux reçoivent pendant 2 à 3 mois du lait pur d'une ou même de deux vaches et plus tard, jusqu’à l’âge de 6 mois, du lait écrèmé additionné de provende.
Il est vrai que dans ces centres d'élevage, les taurillons se vendent très cher, de sorte que l’éleveur peut se permettre ce luxe de nourriture. D’autre part je reconnais que ce mode d'élevage poussé par une alimentation choisie et riche en matières concentrées, n’est pas partout faisable dans les Vosges, en raison des moyens médiocres de la plupart des éleveurs. Mais des essais pourraient être faits par ceux d’entre eux qui se trouvent dans une situation un peu plus aisée.
Pour cela il faudrait déjà commencer par donner plus de soins à la mère pendant la gestation et la parturition, et aux veaux des élèves sélectionnés des soins attentifs pendant la période d’allaitement et de sevrage, soins bien compris d'hygiène et d’alimentation indispensables pour garantir le succès.
Je ne puis, faute de place, traiter en détail de toutes Les bonnes méthodes d'élevage, je ne puis non plus m’arrêter à la classification des aliments, établie par la chimie. Non seulement un grand nombre de nos éleveurs auraient de la peine à distinguer les aliments à base d’azote qui doivent concourir à la constitution moléculaire des tissus, de ceux des aliments, dans lesquels domine le carbone, l’hydrogène, les vitamines etc.., destinés à entretenir la chaleur, la vie et la croissance animale, mais il faudrait encore écrire un volume, si nous devions exposer toutes les précieuses découvertes que la science a faites en cette matière,
Dans les conditions de nos régions vosgiennes il suffirait à noire avis de limiter le lait aux trois premiers mois, mais c’est aussi le strict nécessaire. Après douze semaines on peut supprimer le lait gras et donner du lait écrémé additionné d’huile de foie de morue, ou de la graine ou des tourteaux de lin ou d’arachide, de l’avoine concassée, de la farine de riz ou de maïs, de la poudre d’os et du bon foin
fin. Les veaux élevés de cette façon ne sont pas seulement préservés
de l'atteinte de toutes sortes de maladies plus ou moins graves et souvent mortelles, ils se développent aussi rapidement et leur précocité indemnise largement des frais, qu’ils ont occasionnés.
Pour les animaux plus âgés nous ferons remarquer en passant, que l'alimentation la plus conforme à leurs besoins et à la conservation de la race sera toujours celle composée de foin de bonne qualité, de regain et, si possible, de grain et de tourteaux servis en repas réguliers et dans les meilleurs conditions d'hygiène.
Les conséquences de la nourriture, de sa qualité et de sa quantité sont du reste reconnus aujourd’hui par tous les zootechniciens. Ils admettent tous, que les aptitudes et la conformation des animaux se développent en proportion des cultures et des resources fourragères dont les éleveurs disposent, ce qui a fait dire à M. Lecouteux que «L'APTITUDE FOURRAGÈRE DU SOL RÉCIT EN GRANDE PAR- J'IE LE CHOIX DU BÉTAIL» (13). À NOTRE AVIS, ELLE RÉGIT PLUS ENCORE LES APTITUDES ET LA PRODUCTION ANIMALE D'UNE RACE.
Donc si nous voulons améliorer notre bétail vosgien, commençons par lui servir une bonne nourriture abondante, c’est-à-dire tâchons d'améliorer les ressources fourragères dans les mesures du possible. Celles-ci, nous l’avons vu en-haut, dépendent en première ligne du milieu et des conditions spécifiques qu’offrent les régions vosgiennes, auxquelles nous ne pouvons rien changer.
Sur les montagnes où l’altitude et la configuration du sol exercent également une grande influence sur l’organisme animal, où les bêtes à cornes sont obligées de gravir des chemins escarpés et rocheux, les races seront toujours plus petites mais plus robustes que celles qui trouvent un fourrage abondant sur les gras pâturages des vallées et des plaines.
Nous avons dans les parties basses des Vosges des prairies et pâturages naturels, dont l’herbe est abondante et composée de bonnes plantes, pourvu qu’on leur donne quelques soins attentifs sous forme d’ixrigation et de fumage régulièrement éxécutés, et qu’on néglige pas d’y étendre les taupinières et les fourmilières à mesure qu’elles se forment. Ces régions se prêtent favorablement à la stabulation du bétail qui paye par son fumier une partie notable des frais des récoltes fourragères. Les animaux n’en éprouvent aucun inconvénient lorsque l’étable
est vaste, aérée, proprement tenue, et qu’on a soin de les conduire boire
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à quelque distance, ou qu’on les fait pâturer la seconde coupe des prairies.
Dans les pays où l’agriculture n’est qu’accessoire et où le bétail est la branche principale et le seul moyen d'utiliser les produits du sol, — les chaumes et les jachères qui ne pourraient servir autrement que de pâturage — on constate souvent une absence générale des précautions qu'exige la pâture des troupeaux, pour que le gazon venu spontanément ne se déteriore pas. De cette manière les meilleurs terrains restent presque improductifs et deviennent même souvent insalubres et dangereux.
Pourtant les herbages y sont en général plus substantiels, plus sains, et plus aromatiques, quoique moins abondants que dans les päturages des contrées basses. Comment faut-il faire pour rendre plus productif ces vastes étendues de pâturages, pour que le bétail y trouve une végétation à la fois nutritive et suffisante qui certes ne sera jamais luxuriante comme celle des contrées humides et fertiles, mais qui le garantit au moins contre un régime de faim et de misère?
L'emploi de ces pâturages qui font avec la forêt le riche patrimoine de la plupart de nos communes vosgiennes, pour la possession desquels elles ont mené une lutte âpre pendant tout le moyenâge, exige quelques précautions et soins spéciaux. Îl n’est pas inutile de rappeler ici que, pour conserver les pâturages en bon état, on doit avoir soin de couper les mauvaises plantes auxquelles le bétail ne touche pas et qui, par cela même, viendraient à grener; d’entretenir les sillons d'irrigation et d’écoulement avec autant de soins que dans les champs pour garantir à la fois la réfrigération continuelle des herbages et éviter la formation des pâturages marécageux qui acquièrent la plupart, surtout en été et en automne, un haut degré d’insalubrité.
Là où se trouvent les pâturages aigres et tourbeux, on neutralisera leur acidité par un apport de 1 à 2 kg de chaux à l’hectare, alternant avec l’épandage de scories. Par l’emploi de fumier, de scories et d'engrais chimiques là où il y a possibilité, on améliorera farorchlement la qualité et la quantité du gazon herbu.
Les ressources que l’agriculteur peut tirer d’un bon pré et d’un pâturage bien aménagé sont loin d’être négligeables, et par ces temps où tout le monde parle de crise, il est bon de se rappeler qu’un hectare de prairie peut servir à produire, dans une an-