La crise américaine après l’aide américaine
Vers 1875 « la race percheronne n’était pas morte, elle était malade ». (Musser, n° 62). Il fallait des efforts énergiques pour la sauver. Ce fut l’œuvre d’un petit groupe d’éleveurs des environs de Nogent-le-Rotrou et de quelques éleveurs américains. Ces derniers recherchaient pour leurs transports rapides une race métisse en croisant des juments de leurs pays avec des étalons européens. Or, justement, ils trouvèrent sur les bords de l’'Huisne quelques étalons qui paraissaient avoir été conservés purs de tout mélange et qui, avec les juments américaines, donnèrent des métis qui remplissaient très bien les services demandés.
C'était un nouveau débouché pour le cheval percheron et le pays se trouva bientôt peuplé d’étalons de race pure, tous descendants de deux ou trois individus, en particulier de Coco IT, dont nous avons déjà cité le nom plus haut.
Le succès du percheron aux Etats-Unis était très grand et les éleveurs américains vinrent de plus en plus nombreux acheter des étalons dans lie Perche. Il en résulta une élévation croissante des prix et la nécessité de produire de plus en plus. Un étalon percheron valait jusqu’à 20.000 francs vers 1885, chiffre énorme pour l’époque. Mais les Américains exigeaient une garantie d'origine pour les chevaux qu’ils achetaient : pour eux furent fondés la Société hippique et le Stud-Book percherons,
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À cette époque, les Américains achetaient chaque année dans le Perche une moyenne de 700 chevaux. En 1899, attirés par l'Exposition universelle, ils nous en enlevèrent plus de 3.000. Vers 1895, subissant chez eux une crise économique, ils essayèrent de se passer de l’étalon percheron importé directement du pays d’origine. Mais dans leurs essais d’acclimatement ils ne réussirent pas comme ils l’espéraient, et, dès 1898, ils revinrent plus nombreux que jamais enmenant avec eux plus de 1.000 étalons chaque année. D’autres pays étrangers venaient aussi nous en acheter régulièrement : le percheron était devenu un « animal d’exportation ».
Lorsque l’on possède d’aussi bons clients on cherche à les satisfaire. L’éleveur percheron le comprit et, pour cela, alla jusqu’à transformer sa race. Les Américains exigeaient un cheval très gros : « ils achetaient au poids », dit GALLIER. On fit donc, dans le Perche, un cheval très gros qui n’avait rien du postier d’autrefois, ni même du postier d’omnibus. Il était devenu, disent GALLIER et LAVALARD, « aussi épais et aussi grand qu’un boulonnais et la distinction de ces deux types, autrefois opposés, était devenue presque impossible ». Mais ce mastodonte, si prisé aux Etats-Unis, n’était plus utilisable en Beauce et en France, parce que sa conformation n’était plus en raport avec les besoins et son prix hors &e proportion avec les services auxquels on pouvait l’affecter. Il aurait pu faire un fardier, un limonnier de gros camionnage, mais le boulonnais, qui coûtait beaucoup moins cher, suffisait pour ce service.
L'influence des Américains s’est encore fait sentir sur un autre point : la couleur de la robe. Le percheron classique était gris; ils demandèrent des robes sombres,
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Les chevaux noirs étaient devenus de plus en plus nombreux et pourtant ils étaient considérés par les éleveurs comme moins vigoureux que ceux de robe claire. Mais l'Américain avait posé ses conditions.
En dépit de ces exigences et, quoi qu’en ait dit, la race percheronne n’a pas été atteinte profondément à cette époque, elle a été seulement modifiée. Les bons étalons nous étaient enlevés à prix d’or, mais avant de partir ils faisaient la monte.