La crise actuelle, la crise du motorisme
Depuis quinze ans, l'exportation des étalons percherons aux Etats-Unis a considérablement diminué. Les Américains estiment sans doute qu’ils peuvent conserver les caractères du percheron en le faisant reproduire sur un sol et un climat qui ne sont pas ceux de ses ancêtres. Tôt ou tard, ils reviendront chez nous puiser à la source.
Les producteurs suivent toujours les demandes des acheteurs. À l'heure actuelle l'éloignement momentané de ces excellents clients que sont les Américains a permis le retour au vrai type percheron, ayant moins de poids et plus d'énergie. I] n’y avait plus aucune raison, en effet, de faire ce cheval massif qu’ils exigeaient et les éleveurs reviennent de plus en plus au type primitif. On a, en outre, délaissé le poil noir pour revenir à la couleur réelle de la race percheronne : le gris pommelé. Actuellement dans les concours, ceux de cette robe sont les plus nombreux et les meilleurs. En 1924, par exemple, au Concours Hippique de la race percheronne, tous les premiers prix sans exception ont été attribués à des
animaux de cette couleur. Cela ne veut pas dire que si les Américains nous demandaient de revenir au type massif et foncé, on ne tâcherait pas de les satisfaire.
Le percheron actuel est donc le cheval si connu historiquement gris pommelé, sachant traîner à belle allure une lourde charge, car, malgré la rusticité des services qui lui sont demandés, il conserve de ses lointains ancétres cette noblesse de port, cette souplesse dans la démarche, et, en même temps, ce nerf, cette activité qui le rendent tout à fait capable de concurrencer le coûteux auto-camion.
Pourtant, aussitôt après la guerre, l’alerte fut chaude. L'élevage du cheval de trait n’était pas encore réorganisé, alors que tout ce qui touchait à la mécanique était l'objet d’un véritable engouement. Le percheron avait comme adversaire l’auto-camion dans les villes et le tracteur dans les campagnes. Il a résisté à ces deux ennemis; la simpie lecture des statistiques dont nous avons donné un court extrait plus haut, suffit pour nous en convaincre.
D'ailleurs, les deux méthodes : traction mécanique et traction animale ne s’excluent pas mutuellement mais se complètent. Les entreprises de camionnage ou de livraison possèdent des chevaux de « gros trait rapide » pour leurs déplacements dans un petit rayon, notamment dans les villes où les arrêts sont fréquents et plus ou moins prolongés. Elles se servent, au contraire, de camions automobiles lorsqu'il s’agit de courses à longue distance. À la campagne le tracteur n’est là que pour renforcer et non pour remplacer le cheval. Nous avons pu nous rendre compte, par nous mêmes, qu'en Beauce, pays essentiellement agricole, les écuries des grandes