LES CANADIENS-FRANÇAIS DE L'ONTARIO
Ontario, c’est, Pour notre race, la
terre des martyrs.
C’est, après l’Acadie et le Saint-Lau
rent, la troisième des
Depuis les premières prédications des Récollets jusqu’à Phéroïque Dollard, les pays d'en haut” ont êté en même temps le centre d’attraction des marchands de. pelleteries et le tombeau des premiers missionnaires français du Nouveau- Monde. La, Champlain, fort de Pamitié des Indiens, ouvre les avenues de l'Ouest à l’apostolat chrétien et, quand en 1616, il revient de son grand voyage au pays des Hurons, il a ébauché dans ses grandes lignes, en six années, à peine, l’épopée coloniale française en Amérique au XVIIe siècle, La conquête morale sur les Indiens, qui mènera à la prise de possession du sol, est achevée.
LA RACE FRANÇAISE EX AMÉRIQUE Are »
> —— II a indiqué leur route aux plus hardies entreprises des découvreurs, explorateurs, traitants et missionnaires : le Saint-Laurent avec son réseau fluvial du nord et du sud, les Grands Lacs qui conduisent aux peuples riverains, et, par delà les faîtes de partage des éaux, les régions boréales découvertes par Hudson et les régions tropicales que pressentent déjà les missionnaires.
Viennent maintenant les ouvriers de la grandeur future de la Nouvelle-France. Les voies sont ouvertes: les indigènes attendent “ l’homme de la prière » et sont prêts à écouter les enseignements du Dieu incarné.
Nous avons déjà raconté, avec quelques détails, l’histoire de l’évangélisation des Indiens Hurons, Eriés, Outaouais, Algonquins, qui avaient bâti leurs cabanes ou dressé leurs tentes sur la presqu'île d’Ontario.
. L'œuvre première des missionnaires, consignée dan les ouvrages du Récollet Sagard et les admirables Relations des Jésuites, forment un monument impérissable élevé à la gloire du catholicisme français d'Amérique. Pour se rendre compte de cette œuvre sublime, il suffit de lire ces émouvants récits dont t-ute l’ambition est d’inspirer des sympathies pour ces Peaux-Ronges que nos missionnaires viennent évangéliser. =
On y voit ce que les fils de Saint-François et de Saint-
Ignace ont accompli parmi ces peuplades réfractaires à toute contrainte et irrémédiablement vouées à ‘une décadence prochaine.
4 LES CANADIENS-PRANÇAIS LE L'ONTARIO ‘ 163 Jĩ[ Ils arrivent au mom nt où la guerre d'extermination entreprise et menée avec une ardeur sauvage par les féroces Troquois, qui se vantaient déjà de “ manger une nation par année ”, est une menace perpétuelle pour les indigènes des Grands Lacs. Coup sur coup, les plus florissantes chrétientés huronnes tombent sous la hache de leurs ennemis. . Le sang coule à flots, et les plaines fertiles qui s’étendaient lu lac Simcoe à la “ mer douce ” ne ‘présentent bientôt plus que l'aspect d'un désert. Cinq Jésuites sont emportés dans la tourmente. ‘Æriés, Outaouais, N ipissings, Algonquins se trouvent atteints dans leurs forces vives. | On sait comment les missions catholiques se reconstituèrent partout où les sauvages épouvantés s’arrêtérent. II suffit de citer les noms de d’Allouez, de Marquette et de d’Ablon, cette noble trilogie de grande missionnaires, pour juger de In constance de leurs efforts au service de Dieu et de leur patrie.
Rien de plus digne d’admiration que Phistoire des missions françaises d' Ontario et du Michigan pendant tout le XVIIe siècle, : Etroitement mêlé à l’histoire de l’exploration, le développement des missions catholiques n’est qu’une suite de sacrifices héroïques, de patients efforts pour civiliser l’Indien et l’amener à la connaissance du vrai Dieu. ee
À l’époque où la paix générale entre les indigènes (1701) permet à la Nouvelle-France de se développer li-
RMS AT A RE RE TENTE DIRES „„ nr, : :
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brement est fondée la colonie de Détroit, centre militaire autant que poste de traite, point stratégique destiné à
Père ps Bnéseur, 8. J., Missionnaire des Hurons, martyrisé en 1649.
barrer la route aux Indiens qui voudraient commercer avec les Anglais et isoler la Nouvelle-France de la Loui-
.… LES CANADIENS-PRANÇAIS DE L'oNTAmG 165 TE — mn mr.
siane, Nous verrons dans le chapitre neuvième quelle fut pendant de Jongues années Vimportance de ce poste, et Pourquoi la guerre de Sept-Ans s’ouvrit dans la fertile vallée de l'Ohio.
Pour le moment, il suffit de rappeler que le groupe français cantonné d’abord autour de Détroit et qui commençait déjà à déborder sur le territoire alors inhabité de POntario fut brusquement séparé de Québec, à quatre cents lieues dans l’intérieur du continent. II se développait lentement, ignoré des autorités anglaises qui réservalent toute leur sollicitude aux Loyalistes qui, au nombro de dix mille, émigraient de la Nouvelle-Ecosse, en 1798, pour fonder une nouvelle Province anglaise sur les Grands Lacs. Toute l'attention se porta sur ces nouveaux colons qui trouvèrent dans le gouverneur Simcoe un protecteur et un sage aviseur. Grâce à lui, le gouvernement anglais se montra d’une grande libéralité afin d’encourager cette immigration précieuse pour les Canadiens-Anglais: fiefs immenses, dons gratuits d' instruments aratoires, de provisions de bouche, de matériaux de construction, etc.
Pour subvenir aux besoins des veuves et des orphelins, le gouvernement britannique avait même accordé une gratification de plus de £50 000. La disette sévissait parfois dans les nouveaux établissements ; mais la fertilité du sol, les ressources de la pêche et les secours du pouvoir impérial avaient bien vite raison de ces malaises paésa-
PP
gers. II n’est que juste de dire que le gouvernement anglais favorisa, par des coricessions dans le canton de Markham, près de York, l’établissement d’un certain nombre de gentilshommes français et de militaires de distinction, réfugiés d’abord à Londres, et qui, par crainte du climat de Québec, allèrent s'établir dans le Haut-Canada, Mal. heureusement, cette noblesse de vieille roche ne fit pas souche au Canada: la colonie se dispersa et se perdit comme groupe distinct.
A partir de 1790, Pafflux red dans Ontario fut de plus en plus considérable, tant à cause de la fertilité du sol et de la douceur du climat que de la protection intelligente que leur ménageaient les pouvoirs publies. II en arrivait de toutes les parties de la Grande- Bretagne et de l’Irlande, il en venait sans cesse des Provinces maritimes, surtout de la région de Saint-Jean, lieu de la première immigration des Loyalistes. Aussi l'écart
entre la population de l’Ontario et du Québec diminuaitil sensiblemeut à chaque décade. Bien que faiblement
peuplé, le Haut-Canada était érigé en province séparée en 1791. Nos compatriotes, isolés dans la presqu ile d’Essex, conservèrent cependant leur autonomie; leur petit nombre et leur effacement volontaire ne pouvaient inspirer
aucune crainte aux nouveaux maîtres du pays tout occu-
pés à molester les Canadiens de la province de Québec. Le flot montant de l'immigration apportait parmi des éléments ethniqves variés, un nombre relativement considé-
suivantes, .
La population de l'Irlande subit un abaissement for midable. Toutes les routes du monde malheureux
au Canada de 1839 à 1849,
On sit à quel dénûment ils étaient’ réduits, et avec
quelle héroïque constance, ils subirent la plus odieuse des persécutions pour rester fidèles à leur foi. L'histoire la-
- mentable du “ Jules-César ” qui sur les cinq cents émigrants qu’il transportait en perdit plus de cent pendant les cinquante jours que dura la traversée, se répéta .sur toutes les mers. Dans le seul été de 1847, à la station de la quarantaine, à la Grosse Isle, le typhus fit environ sep: mille victimes, plus de cinquante par jour
Les Conadiens-Français étaient bien placés pour com-
Patir à ces immenses souffrances. Ils se dévouèrent sans Compter au salut de ces malheureux pestiférés que la Providence leur jetait entre les bras, A la Grosse- Isle,
à Québec, à Montréal, Je cler „les communautés reli-
LA Lt
gieuses, de chatitables laïques se portèrent à leur secours avec une ardeur qui coûta la vie à plusieurs d’entre eux. “Huit prêtres moururent à Montréal, victimes de leur sèle, entre autres ‘M. le grand-vicaire H. Hudon, quatre du Séminaire de Saint-Sulpice et quelques Jésuites, Mgr Bourget, évêque de Montréal, marcha lui-même à la tête de ses prêtres sur ce théâtre d’abnégation sacerdotale et de catholique dévouement... Les religieuses des trois communautés consacrées dans notre ville au soulagement des infirmités humaines, s’offrirent spontanément pour braver la maladie et la mort, en leur disputant leurs vietimes.. . Soixante et onze religieuses furent frappées par la contagion et treize succombèrent „.
Nos familles canadiennes se chargèrent de l'éducation Tat. Js que dans la Nouvelle-Eoosse, à Terreneuve, au Massachusetts et au Connecticut, les malheureux Irlandais se heurtaient à des lois d’exception qui restreignaient de toutes manières leur liberié civile et politique, ils étaient accueillis cumme des frères par le peuple français du Saint-Laurent, Aussi un de leurs historiens at-il pu écrire: The descendants of the Irish emigrants owe an eternal debt of gratitude to the brave and generous priests and people of Lower-Canada “.
Dans la province d’Ontario, la hiérarchie catholique a contracté une dette spéciale de reconnaissance envers la France catholique qui, au moment où tont était à créer,
les communautés, avec leur forte organisation, pouvaient seules contrecarrer l'œuvre de nivrllement religieux que les anglicans et les-
| méthodistes avaient entreprise dans les écoles, ne pré-
voyant pas que l'éducation sans religion devait infalliblement conduire à l'indifférence et au paganisme. II soutint une lutte acharnée contre le surintendant Ryerson, et con-
- quit la liberté de l nt dans la province anglaise
et protestante d Ontario. Puis, il fit venir dans son diocèse les Sœurs de Saint-Joseph, les Frères des Ecoles chrétien. nes et pour l’enseignement supérieur, les Pères Basiliens (1852) et les Pères de la Résurrection, 8 f Un dioeèee du vieux Québec nest pas mieux pourvu
| d'ouvriers évangéliques.
D'est bien 1à le prosélytisme français qui ne s0 repose qu’au moment où la plus infime portion du troupeau a reçu sa part de sollicitude et de soin. Dix années ont suffi à Mgr de Charbonnel pour donner une vigoureuse impulsion à toutes les œuvres diocésaines, II eut pour coopérateurs des prêtres français tels que MM. Grattan, Wardy et d'autres encore, qui sur divers points du diocèse de Toronto, travaillèrent au bien de l'Eglise,
La province de Québec envoya dans Ontario quelques. uns de ses plus zélés missionnaires, ses religieux et ses religieuses. Citons seulement Mgr Pinsonnault, premier évêque de London. La hiérarchie de l'Ontario se com-
En 1870, le Haut-Canada fut érigé en province ecclésiastique àvee Toronto pour archevêché. Pour évêchés suffragants, il avait Kingston (1896), et Hamilton (1856). En 1889, Kingston est devenu. chef-lieu d’une nouvelle province avec Peterboro (1882) et Alexandria (1890), pour suffragants. : L'évêché de London (1855) a été rattaché à Toronto,
Pendant qu'au centre de la province d’Ontario, les œuvres catholiques recevaient des fils de France un si bel õοỹ, au périmètre s’accomplissait une profonde évolution. Québec commençait de déverser le trop plein de sa population dans les comtés limitrophes d’Ontario. An grand effroi des assimilateurs à outrance, la vieille province française, si longtemps absorbée par sa propr, defense, prenait sa revanche, et recommençait à envahir silencieusement le pays dévouvert par Champlain et parcouru en tous sens par les missionnaires et les plus célèbres coureurs de bois. . C’est que, malgré toutes les puissances qui s'étaient liguées contre elle, la colonisation française s'était peu à peu éloignée du littoral laurentien et avait déjà pénétré dans les forêts du Midi. Maintenant, elle débordait de toutes parts, renversant les obetacles qui s’opposaient à sa marche,
De ld, les colons, remontant les vallées du Saint-Laurent et de l’Ottawa, s’acheminèrent (1831) vers les comtés de Glengarry, de Prescott, de Russell, de Carleton. Peu de temps auparavant, Philémon Wright s’arrêtait à Hull et ‘entreprenait l'exploration des rithes pinières de l’Ottawa supérieur. Bytown est fondé (1827); le canal du Rideau
* ouvre de nouvelles régions à la culture.
* Une armée de Voyageurs, flotteurs, bûcherons canaes diens abandonnent leurs pénibles travaux et s’établissent el à demeure sur ces terres encore incultes. A Bytown, ni ils s'emparent de la basse-ville. En cinquante ans, toute 1 dente de colonies françaises se sont échelonnées lo long = de l’Ottawa, entre Montréal et la capitale actuelle du Ca- 5 en. (Bientôt, elles sont elles-mêmes dépassées et le: 85 forêts du N. ipissing retentissent bientôt des coups de J hache des colons défricheurs. Au bout d’un demi-siècle 8 d'invasion pacifique, trois groupes français distincts * s’ajoutaient à la colonie primitive de Détroit: — deux à 8 Fextreme liiaite orientale de l'Ontario, l’autre dans la ré. a gion accidentée du Nouvel- Ontario. On feignit d’abord = de l’ignorer, mais le recensement de 1901 vint brusque-
ment mettre en lumière ce développement numérique. II était manifeste que l’accroissement de la population onta-
e ere eee D CU de ol 7 QE DUT TE 5
rienne sur la décade précédente, provenait presque entièrement des groupes canadiens, Décidément, Ontatio devenait terre française,
Ajoutons que cette marche en avant était d’autant plus accélérée qu’à l’augmentation due aux naissances s’ajoutait l’apport d’une émigration continue, venue de la pro-
. vince voisine.
En outre l'instruction, à tous les degrés, venait donner conscience de sa force et: de sa valeur au Canadien d’Ontario.
Les deux collèges classiques de Rigaud et d'Ottawa s’alimentaient d'élèves venus d Ontario et ‘fournissaient à toutes les carrières des hommes entreprenants et instruits. |
Les divers groupes français offrent ceci de remarquable: l'instruction supérieure est presque toujours venue consolider leurs œuvres religieuses et nationales. La conservation des traditions, des coutumes, de la langue française, a été intimement liée, depuis cinquante ans surtout, au progrès de l'instruction publique.
Le rôle du collège de Rigaud devient particulièrement
intéressant sur cette frontière, où deux races luttent pour
la possession du sol.
Autre est la destinée du collège de Bytown fondé par
des Religieux français pour la population catholique fran-
caise.et anglaise du diocèse d'Ottawa.
Mgr Guigues, O. M. I., n’avait pas plutôt pris posses-