‹ La race PrussienneChapitre 13 sur 16 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

En résumé, dans les provinces vraiment prussiennes, c’est-à-dire dans les deux Prusses, la Poméranie, le Brandebourg, la population, par ses origines ethnologiques, est essentiellement ünno-slave. L’élément germanique, plus ou moins mêlé àl’élément français, domine seulement dans les hautes classes et dans la bourgeoisie de certaines villes.

Il en est tout autrement dans l’Allemagne de l’ouest et du sud.

Sans doute ces contrées ont aussi leur fonds de sang allophyle. Le bassin du Rhin a eu ses habitants contemporains de nos troglodytes du Périgord, de nos chasseurs de la Somme, des

hippophages de la Belgique. C’est même dans le limon quaternaire de ce fleuve, dans le lœss, presque en face de Strasbourg, qu’a été découvert le premier et l’un des plus anciens fossiles humains (1). Mais cet élément premier de toutes, ou au moins de presque toutes les populations européennes, est loin d’accuser ici sa présence par des signes aussi certains que dans le Nord.

En outre, à en juger par tout ce que nous savons sur cette question encore obscure, la race humaine des bords du Rhin était distincte dès l’époque quaternaire de celle qui a donné naissance aux peuples finnois. Elle appartenait au type fossile, caractérisé par sa haute taille et par la forme allongée de sa tête (2).

D’autre part, la race âryenne est représentée dans l’Allemagne proprement dite à peu près uniquement par son rameau germanique. Seules, quelques colonies celtiques, venues de la

(1) Cette découverte est due à M. A. Roué. En 1823, ce géologue trouva près de Lalir, dans le grand-duché de Bade, des ossements humains dont il reconnut et proclama liautement l’antiquité. M. le docteur Faudel a recueilli, en 1867, à Eguisheim, près de Colmar, une portion de crâne qui, comparée à quelques autres pièces osseuses, a permis de reconnaître à quel groTipe général appartenait cette race paléontologique du bassin rhénan. {Précis de paléontologie humaine, par M. le docteur llamy.)

(2) Voyez le Précis de paléontologie humaine par M. Hamy

Gaule, s’établirent par la force des armes sur un petit nombre de points, et compensèrent, pour ainsi dire, les groupes germains émigrés en sens contraire. — Quant aux Slaves, ils n’y pénétrèrent guère et ne s’y arrêtèrent jamais. M. Duchinski lui-même place en dehors des terres slaves le Hanovre, la Bavière et toutes les contrées situées au sud et à l’ouest de ces deux pays.

Enfin, on a vu pourquoi l’émigration française calviniste ne pénétra que peu dans l’Allemagne luthérienne. A plus forte raison n’eût-elle presque aucun rapport avec l’Allemagne catholique.

Ainsi, à tous égards, la Prusse est ethnologiquement distincte des peuples qu’elle commande aujourd’hui sous prétexte d’une prétendue communauté de race. De plus les conditions d’existence, le milieu, les alliances, ont transformé les quelques éléments qui la rattachaient aux vrais Germains. L’identité de langage imposée par les chevaliers conquérants a pu masquer cet état de choses, les passions du moment ont pu le faire oublier ; il n’en est pas moins réel (1).

La véritable Allemagne a cependant accepté la

(l) Pour avoir appris les langues de leurs maîtres, les nègres de nos colonies ne sont devenus ni Anglais, ni Français, pas plus qu’Espagnols ou Portugais, et les mulâtres ne sont pas des Aryens pur sang.

Prusse pour souveraine. Elle en avait le droit incontestablement. Mais peut-être eût-elle agi autrement, si elle n’avait été entraînée par une erreur anthropologique.

Non contente de subordonner les Germains aux Slavo-Finnois, l’Allemagne a épousé les haines et servi les instincts de ceux qu’elle a mis à sa tête. Là est le tort qu’elle regrettera un jour amèrement, la faute qu’elle expiera.

Aveuglée par les joies d’un triomphe sans exemple, s’imaginant avoir réalisé ses aspirations propres, l’Allemagne ne verra sans doute dans mes paroles que l’expression des ressentiments d’un vaincu. Et pourtant peut-elle croire aux phrases qu’on lui adresse de Berlin ? Peut-elle s’imaginer avoir inauguré un règne de justice et de paix?

N’a-t-elle vraiment aucun soupçon des formidables problèmes qu’elle a contribué à poser?

Son union avec la Prusse a été fondée par le fer et le sang, cimentée par la guerre, couronnée par la spoliation. Combien de temps durera-t-elle? Les grands et les petits États, flattés ou épargnés jusqu’ici, seront-ils attaqués à leur tour au nom du droit historique ou de la linguistique? Ces Etats perdront-ils leurs provmces allemandes^ agrandies de tout ce qui conviendra au vainqueur., comme nous avons perdu Metz avec l’Al-

sace, comme le Danemark a perdu le Sleswig danois avec le Sleswig allemand ? La race germanique réalisera-t-elle tous ses rêves de domination? Croit-elle pouvoir le faire sans de nouveaux combats?

La Russie assistera-t-elle à ce triomphe du pangermanisme sans élever la voix au nom du Ne voudra-t-elle pas appliquer

à son tour, mais à son profit, les doctrines allemandes?

Dans les conflits possibles soulevés par ces prétentions, que fera la Prusse? Tournera-t-elle ses canons contre sa redoutable voisine? Ou bien, invoquant alors les affinités de races, comme elle invoque aujourd’hui les affinités de langage, resserrera-t-elle les liens qui existent déjà? Les races slavo- finnoises voudront-elles régner à la fois sur les Germains et les Latins? Et le monde ainsi partagé se soumettra-t-il en silence?

Voilà quelques-unes des questions que soulèvent les théories dangereuses si brusquement, si brutalement passées dans le domaine des faits, grâce à l’union germano-prussienne. L’avenir y répondra. J’ai confiance en lui. Quand il s’agit des peuples, il est permis de croire à la Nemesis diüina.

APPENDICE

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