‹ La race PrussienneChapitre 5 sur 16 · ORIGINE ET MIGRATIONS DES FINNOIS · texte numérisé non relu

ORIGINE ET MIGRATIONS DES FINNOIS

Ainsi, au milieu des populations dites slaves et jusqu’ici acceptées comme telles, nous en trouvons une, aussi pure qu’on puisse espérer d’en rencontrer aujourd’hui en Europe, et qui appartient néanmoins à un tout autre sang. C’est là un fait considérable et qui nous en expliquera bien d’autres. Mais, avant d’aller plus loin dans cette voie, il nous faut aborder une question qui a bien son importance.

Nous savons à peu près d’où viennent les Slaves et les Germains. Nous sommes certains, en tout cas, qu’ils appartiennent à ce groupe de races humaines qui, même à l’état barbare, s’est répandu des rives du Gange jusqu’à l’Atlantique,

et que l’on appelle races âruemies. Mais d’où viennent les Finnois? Gomment ont pu se former ces petits îlots humains perdus au milieu des autres races qui chaque jour empiètent sur eux? Il était bien difficile naguère de répondre à ces questions. On le peut aujourd’hui, grâce aux recherches toutes récentes de l’archéologie préhistorique et de la paléontologie humaine.

A peu près partout où l’on a cherché en Europe, on a reconnu l’existence d’hommes antérieurs à toute histoire. Un certain nombre a vécu aux époques géologiques qui ont précédé celle que nous traversons. Cette existence est attestée par les produits d’une industrie, rudimentaire sans doute, mais qui accuse aussi parfois des instincts élevés bien près de se développer. Tout artiste admirera ce qu’il y a de correct, de ferme et de vrai dans quelques-uns des dessins gravés avec de simples silex sur certaines plaques de dents de mammouth ou de bois de renne, retirées des grottes de la Madeleine, de Laugerie- Basse, etc. ; les manches de poignard d’ivoire trouvés dans les cavernes ou abris de Bruniquel sont dignes de nos meilleurs sculpteurs ornementistes actuels. Malheureusement ces ouvriers des temps paléontologiques nous sont connus d’ordinaire par leurs œuvres seules. Les fossiles humains sont encore bien rares. Toutefois, de l’en-

semble des observations recueilliesjusqu’àce jour, ressortent déjà quelques conclusions bien nettes et dont l’importance ne saurait être méconnue.

Quand vivaient en France le rhinocéros et l’éléphant, le renne et le bœuf musqué ; quand les mers glaciaires couvraient au moins toutes les contrées jonchées aujourd’hui de blocs erratiques et s’étendaient peut-être bien au delà, ce qui existait de l’Europe avait déjà ses habitants. Ces populations primitives se ressemblaient par des caractères ostéologiques propres et communs. Certains détails de moindre importance établissaient entre elles des distinctions analogues à celles qui séparent de nos jours les peuples issus du même tronc. Elles se rattachaient à deux types bien distincts, l’un très-grand, l’autre petit, ou tout au plus de taille moyenne. Chacun de ces types lui-même semble avoir présenté deux sous-types, caractérisés par quelques modifications secondaires (1). Quand le squelette seul prête à des distinctions de cette nature, il est bien permis de penser que les caractèrès exté-

(1) Les découvertes de l’archéologie et de l’anthropologie paléontologiques étaient restées disséminées dans une foule de recueils et de publications isolées. M. le docteur Haniy, déjà connu par plusieurs travaux intéressants sur ces questions si difficiles et si complexes, a eu la bonne pensée de réunir et de coordonner cet ensemble de données dans un travail intitulé : Pi'écis de paléontologie humaine^ placé comme annexe à la

rieurs, tels que les traits, les cheveux, le teint, devaient offrir des différences plus accusées encore et analogues à celles que nous constatons aujourd’hui.

A en juger par l’abondance des armes, des outils, des ustensiles que l’on recueille, ces populations antiques étaient, au moins par places, aussi denses que le permet la vie des peuples chasseurs. On les voit traverser les diverses phases de l’époque quaternaire ; on les suit jusqu’à l’aurore des temps géologiquement modernes. Incontestablement leurs descendants ont les premiers occupé le sol de l’Europe actuelle, et sans doute ils se sont multipliés d’autant plus, que les conditions d’existence devenaient au fond plus favorables, tout en se transformant et en apportant par cela même dans ces sociétés primitives une perturbation dont on saisit les traces (1).

Les hommes quaternaires n’ont certainement pas peuplé l’Europe seule. Ils étaient répandus bien plus largement sur les terres de ces anciens

suite lie la seconde édition du livre de Lyell sur V Ancien7ieté de rUomme, M. Hainy a rendu par là un véritable service à la science. 11 est à désirer que ce Pi'écis soit réimprimé à part avec tous les développements qu’il comporte,

(1) M. Hamy a insisté avec raison sur ce fait, que l’art et l’industrie des derniers temps quaternaires indiquent une véritable décadence.

temps. Ils ont été les pères de nos Blancs allôphyles, qui tous semblent avoir certains traits anatomiques communs, qui tous au moins parlent des langues appartenant à la seconde forme du langage (1).

Telle est la grande formation humaine que les .\ryens envahirent à des époques diverses, et dont la plupart nous sont cachées par la nuit des temps. Nous n’avons aucun document historique ou traditionnel qui puisse nous apprendre ce qui se passa en Europe lorsque les deux groupes se heurtèrent. Peut-être l’archéologie préhistorique jettera- t-elle quelque jour dans cette obscurité des ciges. Mais, en attendant, nous pouvons juger du résultat général par ce qui s’est passé dans les temps historiques et presque de nos jours.

(1) M. Priiner-bey, qui, le premier, a formulé des conclusions presque identiques, a rencontré d’abord une opposition assez vive. Il y avait, sans doute, dans les premières opinions de l’éminent anthropologiste, certaines exagérations et des lacunes tenant à l’état de la science. Les faits permettent aujourd’hui de faire la part des unes et des autres, tout en rendant justice à l’auteur, et quelques-uns des écrivains qui ont le plus combattu scs idées me paraissent bien près d’adopter ce qu’elles ont d’essentiel (voyez le Précis de ‘paléontologie Ammntne, par le docteur Ilamy). 11 est, du reste, bien entendu qu’en exposant ici ce que je crois être l’expression générale des notions actuellement acquises, je fais les réserves les plus expresses au sujet des corrections qui pourraient résulter des progrès de la science.

DE QUATREFAGES

Les races allophyles furent vaincues; elles durent beaucoup souüVir, mais elles ne furent pas exterminées.

Pour qu’une race, une nation disparaisse en entier, il faut des circonstances exceptionnelles. Il faut que la lutte ait lieu sur un terrain limité et circonscrit, dans une île, par exemple. C’est ainsi que les Espagnols ont pu anéantir la race caraïbe dans certaines îles des archipels du golfe du Mexique ; mais là même il y a eu des exceptions. Toutefois les Caraïbes comptent à peine dans les populations de cette contrée. Sur le continent, il en a été tout autrement. Malgré les massacres accomplis par les conquistadores, la race locale forme encore le fond de la population dans toute l’Amérique espagnole et portugaise. Ici pourtant il n’y avait pas seulement antagonisme de race et guerre à outrance ; il y avait en outre, du côté des Européens, la supériorité des armes, la force que donne la civilisation, le dédain qu’elle inspire pour la vie de l’homme sauvage ou prétendu tel.

Entre les Aryens et les Allophyles, il n’existait pas de différences aussi tranchées. Les moyens d’attaque et de défense étaient à peu près les mômes. Les terres incultes et couvertes de forêts ouvraient aux indigènes des retraites sûres. Les envahisseurs n’auraient pu, quand ils l’auraient

voulu, détruire les peuples qui occupaient avant eux les terres où nous vivons. Les deux races ont forcément vécu tout au moins dans le voisinage Tune de l’autre et se sont plus ou moins mêlées; elles ont dû former des associations. La formation d’une population mixte devenait inévitable. En effet, les violences d’une conquête barbare entraînent elles-mêmes des unions. Le temps d’ailleurs calme les haines et adoucit les répugnances. Les Aryens et les Allopliyles durent se mélanger d’autant plus aisément que les vainqueurs n’étaient certainement pas de beaucoup au-dessus des vaincus au point de vue de l’état social (1). De là naquirent ces populations à caractères mixtes qu’on rencontre partout. Parfois aussi les races se juxtaposèrent pour ainsi dire, et occupèrent la même contrée, se mêlant sans doute en partie, mais sans se confondre entièrement. De là ces îlots signalés déjà sur plusieurs points de l’Europe, et en particulier ceux que présentent les régions baltiques, objet de notre étude.

Les Esthoniens, les Lives, les Finnois de

(1) Ce que nous savons de la sépulture de Solutré, cludiée avec tant de soin par M. de Ferry au point de vue archéologique, par M. Pruner-bey sous le rapport de ranlliropologie, i, justifie tout ce qui précède. {Matériaux pour servir àrhistoire naturelle de l'homme, 1870.)

Courlande, les populations qui leur ressemblent physiquement et parlent comme eux une langue linnoise, sont les descendants de la petite race humaine qui a vécu en Europe pendant l’époque quaternaire (1) .

C’est là un fait qui ressortira certainement de plus en plus de la comparaison entre les ossements des races fossiles et ceux des populations actuelles. Dès à présent il est difficile de conserver des doutes lorsqu’on a confronté les trois têtes osseuses d’Esthoniens généreusement cédées à notre Muséum par le Cabinet d’histoire naturelle de Saint-Pétersbourg avec certains restes liu-

(1) Je n’ai pas à m’occuper ici des races quaternaires, caractérisées par une grande taille et un crâne allongé d’avant en arrière (roce dolichocéphale). Je me borne à dire que l’existence de ces races permet de résoudre d’une manière au moins plausible quelques-unes des difficultés qui ont soulevé dans ces dernières années d’assez vives discussions. Elle explique le mélange, des types offert par la population basque. On y trouverait aisément l’origine des lotnes, on géants finnois de M. Nilsson. J’ajoute que je crois avoir découvert, chez certains habitants du cœur de nos landes bordelaises, des descendants nettement caractérisés de l’une décos races {H. de Cro-Magnon). Malb#nreusement, je n’ai pu me procurer encore les têtes osseuses dont l’élude est nécessaire pour confirmer ou infirmer cette appréciation fondée pourtant sur un examen attentif des caractères extérieurs. (Juant à la grande race fossile qui peuplait le bassin du Rhin, elle nous est encore trop peu connue pour permettre des rapprochements avec les races actuelles.

LA RACE PRCSSIENNE.

mains trouvés en France et en Belgique (1). Les mâchoires inférieures de deux d’entre elles présentent au plus haut degré les particularités remarquables qui caractérisent les mâchoires découvertes par M. Boucher de Perthes dans les terrains quaternaires de Moulin-Quignon, et quelquesunes de celles que M. Dupont a retirées des cavernes si habilement explorées par lui. La troisième oll're dans son ensemble une ressemblance non moins frappante avec les têtes humaines fossiles extraites des mêmes cavernes par le savant belge. Les têtes fossiles et les têtes contemporaines présentent entre autres, à des degrés divers, mais parfois d’une manière extrêmement prononcée, cette projection des dents en avant qu’on appelle prognathisme, et que l’on a longtemps regardée comme caractérisant les races nègres. Enfin, coïncidence bien remarquable, les débris fossiles semblent indiquer, dans la population primitive, l’existence de deux types peu différents l’un ‘de l’autre, tout comme nous l’avons trouvé chez les Esthoniens de nos jours.

Dans l’état actuel de nos connaissances, tout tend à montrer que les Allophyles des régions

(1) J’ai fait connaître les traits anatomiques les plus saillants que présentent ces tètes osseuses, et les rapprochements auxquels elles conduisent, dans une note déjà ancienne {Bulletin de la Société d’anthropolofjie, 2® série, t. 1).

baltiqiics sont bien les descendants directs des hommes qui ont vécu en France et en Belgique en même temps que les éléphants et les rennes.

Quiconque se fait une idée juste de la signification du mot race; quiconque admet, comme je le fais moi-même, la puissance modificatrice exercée sur tous les êtres vivants par l’ensemble des conditions d'existence , ou en d’autres ternies par le milieu^ se demandera peut-être comment les Esthoniens peuvent ressembler encore à leurs ancêtres fossiles. Ici nous sommes en présence d’un laps de temps impossible encore à évaluer en années, mais qui remonte bien au delà des plus lointains souvenirs de l’humanité. Pendant cette longue suite de siècles, l’Europe a été le théâtre de modifications profondes portant sur le sol lui-même, et plus encore sur le climat. On est en droit de demander s’il est vraiment possible que des hommes aient traversé des révolutions semblables sans perdre leurs caractères de race.

Les faits géologiques et paléontologiques qui suggèrent cette objection fournissent en même temps les moyens d’y répondre.

Les Esthoniens, les Lettons et leurs frères ont vécu sous l’empire de conditions générales d’existence bien peu différentes depuis ces temps re-

LA RACE PRUSSIENISE.

CLilés jusqu’à nos jours. Le sol et le climat sont restés pour eux à peu près ce qu’ils étaient pour leurs pères. Ceux-ci habitèrent, il est vrai, les portions avjourd' hui tempérées de l’Europe. Mais ce fut aux temps époque glaciaire. Or, à cette époque, ainsi que je l’ai déjà rappelé, la mer chargée de glaces flottantes couvrait une grande partie du continent actuel, et pénétrait dans les terres par des golfes nombreux et profonds. D’autres causes encore inconnues s’ajoutant à la précédente, la température avait étrangement baissé. D’énormes glaciers enveloppaient toutes nos chaînes de montagnes, et comblaient les vallées qui séparent aujourd’hui les Alpes du Jura. La faune, la flore étaient en harmonie avec ce milieu. Les éléphants, les rhinocéros, aujourd’hui disparus, étaient couverts d’une épaisse toison ; le bœuf musqué, maintenant relégué au delà du 61“ parallèle, habitait notre Périgord; le renne descendait jusqu’aux Pyrénées. En somme, jusque dans la France méridionale, le climat était humide, froid, et par conséquent très-semblable à celui des régions baltiques actuelles.

Quand s’ouvrit une nouvelle période géologique ; quand le fond de la mer se souleva pour donner à notre continent le relief que nous lui connaissons ; quand la température s’adoucit, les plantes et les animaux pour qui elle devenait

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trop élevée accompagnèrent les glaces qui reculaient vers le nord et peuplèrent les terres récemment émergées. Bien des tribus humaines durent les suivre, entraînées, elles aussi, par leurs habitudes, par l’attrait du monde qui s’ouvrait devant elles, par les nécessités de la chasse, comme le sont de nos jours les Peaux rouges d’Amérique. Peut-être aussi les premières invasions âryennes refoulèrent-elles dans les âpres solitudes du bassin de la Baltique une partie des Allophyles, qui y trouvèrent la liberté jusqu’au moment où le flot des Slaves déborda jusque chez eux (1).

Quoi qu’il en soit, reculant pas à pas devant le changement de leurs conditions d’existence premières, et constamment placés dans un milieu

(1) Celte manière de comprendre l’origine et les migrations des Finnois de la Baltique est en désaccord avec la manière de voir de quelques écrivains de grand mérité qui les regardent comme venus du nord-est. Sans entrer dans une discussion qui m’entraînerait trop loin, je me bornerai à faire remarquer que mon opinion repose principalement sur les données assez récemment acquises, mais certaines, au sujet des modifications climatériques subies par notre bémispbèrc. .A l’époque où l’homme qu.iternairc vivait eu l'rance, les /o«?ïrf;y/y de Ulénisséi et toutes les localités analogues, ou n’existaient pas, ou étaient inhabitables. Niais peut-être, en se dirigeant vers le nord après l’époque quaternaire, ces jicuplcs se rapprochaient du point de départ primitif de leur race. Nous savons aujourd’hui que rbomme vivait en France, et en Californie dès les temps tertiaires. 11 devait occuper au moins un certain nombre de points intermédiaires. A celle époque, le mammouth et le rhinocéros

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fort analogue à celui qu’ils avaient quitté, les habitants de l’Europe primitive ne pouvaient que conserver leurs traits caractéristiques aussi longtemps que le croisement avec une autre race ne viendrait pas les altérer. Voilà pourquoi les Esthoniens de nos jours ont tous les traits ostéologiques essentiels de Vhomme quaternaire de la France et de la Belgique.

à narines cloisonnées vivaient en Sibérie (Murchison, de V'erneuil, Keyserlink et d’Arcbiac...). Le renne, que M. Lartet regardait comme d’origine asiatique, était sans doute leur compagnon. Toujours est-il qu’on voit ces animaux arriver à peu près ensemble sons nos latitudes pendant la courte période de transition qui sépare l’époque tertiaire de la période glaciaire. 11 est évident qu’ils fuyaient devant le froid comme le renne, seul survivant, a fui plus tard devant la cbaleur. L’bomme, qui a fort bien pu vivre à côté d’eux dans la haute Asie, a dû les suivre dans leurs migrations, et pour les mêmes raisons et pour obéira ses instincts de chasseur. — Sans doute, ce n’est là qu’une conjecture, mais elle concorde du moins avec beaucoup d’autres faits. L’archéologie préhistorique dira peut-être un jour si elle est réellement fondée.

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