LIVRE
L'Aiie de 1» Raee bviiuilne
Dans le second volume de sou roman, qu'il intitule fastueusement par antiphrase : « ITistoire universelle »» puisqu'il ne dit pas un mot d'histoire> Monsieur Marins Fontane écrit * :
« Si l'histoire ne devait être qu'une nomenclature de faits, étiquetés chacun à sa date, et seulement inscrits lorsque le chronologiste en aurait définitivement fixé le classement, un corps d'historiens brevetés pourrait administrer suffisamment cette science, en exposer les résultats.
« Une histoire ainsi voulue, qui serait privée du stimulant des hypothèses, qui devrait tenir dans le cadre étroit d'un programme, que lierait cette obligation de « dater » tout fait cité, serait condamnée dans son projet môme, puisque c'est le propre des commencements historiques d'apparaître à l'historien éclairés d'abord par
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LA RAÛB SEMITlQtJfi
une lueur d'intuition quo des études viennent ensuite fixer. »
J'en suis désolé pour Fécrivain qui a dicté ces lignes, mais il n'a pas compris le rôle de l'historien ; l'historien enregistre les faits qui lui sont connus ; il reproduit ceux qui lui sont racontés ; il en discute la valeur ; il en tire les conséquences qu'il lui convient, mais il ne lui est pas permis de faire des hypothèses, sous peine de tomber dans le domaine du conte, de la légende ou du roman ^ : Evidemment, quand les faits n'ont été racontés par personne, il peut s'élancer sur les ailes du rêve, mais alors il n'est plus historien, il est poète !
N'en déplaise à l'aimable conteur, la date précise, ou tout au moins approximative, des grands faits historiques a une importance capitale, car c'est d'après cette date seule que les races peuvent établir leur paternité sur le genre humain : Evidemment peu nous importe de savoir quel jour Napoléon a joué aux échecs ou a eu la colique, mais il est aune utilité de premier ordre de ne pas ignorer quel jour et quelle année il a renversé la République, quel jour l'Empire a été déclaré, quel jour il a gagné la bataille d'Austerlitz, celle d'EjlaUi celle de la Moscowa et quel jour il a perdu celle de Waterloo. Ainsi, par exemple, il est d'une utilité magistrale de savoir la date de la découverte de l'Amérique, car s'appuyant un jour sur la blancheur de la peau des Américains et sur leurs difiérents langages ressemblants à s'y méprendre aux langues européennes, des savants de l^venir pourraienty sans cette date, prétendre que les Européens descendent des Canadiens, des Colombiens, des Mexicains, des Péruviens ou des habitants des États-Unis ; et, certes, ils ne seraient pas plus fous que tous ceux qui prétendent aujourd'hui que nous descendons des Arias ; nos savants modernes ont-ils autre chose que la couleur de la peau et la fraternité des langues pour appuyer
i . Ëti flBiit de romaOb historiques, nous préférons, cent fois, ceux d'Alexandre Dumas , à ceux de M. Marins Fontane, car, en étant plus vrais, ils sont infiniment plus amusants et ne sont point prétentieux.
l'agb db la race humaine
leurs belles découvertes au sujet des raoes des rives de rindus?
Aussi les libres^^eofleurs ne s'y sont pas trompés. Ils ont pris la balle au « bond » , à cheval sur cet animal aux longues oreilles que Ton appelle un savant*, ils se sont élancés à Tassant des livres saints.
Depuis un siècle, afin de détruire Tautorité des dogmes de la Bible, ils se sont efforcés de prouver que Moïse avait menti; M. Fontanelepremier ; à Iapage339dum6me ouvrage, il ajoute : « De l'isolement des Iraniens en Iran, jusqu'au vin^* siècle, il résulte que Zoroastre vécut entre Tan 3000 et Tan 800 avant notre ère. »
Gomment, monsieur, vous vous intitulez historien, votre éditeur publie urH et orbi qu'après vous il faudra tirer Téchelle, et quand les preuves abondent contre votre assertion, vous n'avez pu arriver à une marge plus étroite que celle de 2200 ans? Vous avouerez, que vos recherches ne vous ont pas donné d'entorses, et que les auteurs anciens, même les profanes, sont restés muets comme des souches pour vous ! D'après la Bible, Noé vivait de 2979 à 2020 avant Jésus-Christ, et le déluge avait eu lieu 2328 ans avant l'ère vulgaire. C'est donc sans preuve et bénévolement, de parti-pris, vous imaginant que l'on vous croira sur parole, que vous avez iDfligéxmàémeniiAypotAétiguet au seul historien authentique de ces temps recules : car, enfin, les Iraniens n'ont pas existé avant le déluge ; et si votre hypothèse la plus reculée est vraie, Moïse nous a trompés. C'est bien léger ! Quoi, vous avez \m auteur sérieux, grave entre les plus graves, profond entre les plus nrofonds, sublime entre les plus sublimes, qui vous affirme que tel fait s'est passé à telle époque; et sans preuve aucune, de votre autorité privée, qui a si agréablement été sur-
1. On comprendra ici que nous ne voulons pas parler des -véritables savants, comme les Cavier, les Elie de Beaumont, les Pasteur et autres qui mettent leurs études, leur temps et leurs efforts à dérober ses secrets à la nature pour faire profiter leurs frères de leurs découvertes, mais de ces pseudo-savants hélas^ si nom* breux, qui usent leur âme et leur vie, pour faire dire à la nature, i rhistoire, aux langues ce qu'elles ne veulent pas dire.
4 LA BAGB SâyOTIQUB
faite par votre éditeur, vous mettez ea doute sa bonne foi I Que diriez-vous d'un écrivain qui viendrait imprimer aujourd'hui que la bataille de Pharsale a pu avoir lieu entre Fan 5000 avant Jésus-Christ et l'an 1 800 de notre ère î Qu'il ne mérite guère le nom d'historien : Cette réponse est votre condamnation ^ Eh bieni l'histoire d'une main et le bon sens de l'autre, nous prouverons, tout à l'heure, que Moïse n'a pas menti et que vous ne connaissez pas le premier mot de V Histoire uniterselUy nous voulons dire des commencements du monde. Par commencements du monde, nous entendons l'histoire depuis Noé ; car, bien malin, en dehors de la Bible,
?ai dirait ce qui s'est passé avant cette époque : our ceux qui n'admettent pas le déluge, nous prouverons que le monde ne peut exister depuis plus de 4 à 5000 ans.
À.ussi M. Marins Fontane, à la suite de vingt autres, en excellent mouton qu'il est, et contre toutes les assises du sens commun^ dira-t-il en forme de conclusion :
« Aux Âryas de l'Inde et aux Iraniens de la Bactriane nous tenons par de tels liens, notre civilisation a tant emprunté à ces civilisations antiques que notre histoire n'est, en réalité, que la continuation de la grande vie historique des Aryas et des Iraniens* . »
Est-il permis d'être plus inconséquent? Quoi, vous dites que leslraniensontvécuentre3000et 800 ans avant Jésus-Christ; mais s'ils ont vécu 800 ans seulement avant Jésus-Christ, et votre doute nous permet de faire cette supposition, comment des nations comme les Républiqiies grecques qui ont été fondées 1500 ans avant l'Ère chrétienne ont-elles pu emprunter leurs lois, leurs langues et leur histoire aux Iraniens ?
Un autre auteur, plus hardi, n'émet plus aucun doute, il affirme, carrément, quoique sans preuve, ce dont
1 . C'est ainsi, sans plus de preuves, qu'il donne 5004 ans à TEgypte avant J.-C. — Les Egyptes, ch. 1.