LIVRE VII
Zoroastre.
C'est une loi des sociétés que toule dominatioa de quelque nature qu'elle soit a pour adversaire tous les mécontents : si cette domination est douce, facile, paternelle, l'opposition sera faible et désarmée : si au contraire celui ou ceux qui sont au pouvoir sont durs, égoïstes, cruels, les adversaires seront nombreux et remuants, et plus ceux qui gouvernent seront despotes, plus leur main sera lourde et redoutable, plus ils abuseront de la puissance qu'ils se sont arrogé ; plus ils seront près de tomber; plus la classe des petits, des faibles souffrira et plus elle sera près de la révolte ; la tyrannie, quelque soit celui qui l'emploie, appelle directement, et avant peu, Tinsiirrection. Le pouvoir infâme dont s'étaient enveloppés les brahmanes des rives de rindus ne pouvait manquer d'amener une énergique protestation ; il fallait pour cela que le nombre des mécontents, grandi par la succession des âges, fût assez important pour opposer à la caste gouvernante un ensemble assez puissant pour lutter sans désavantage contre cette classe despotique et qui sait, peut être la renverser.
Nous avons vu Gaudama, s'appuyant sur la démocratie, détrôner, au nom de la science, toutes les divinités ariennes, et fonder des monastères de savants dont les portes étaient ouvertes à toutes les classes, même aux Dasyous^ cette innombrable armée de déclassés, qui n'avaient rien tant à cœur que d'anéantir la caste qui les avait expulsés de son sein et surtout de ses privilèges. Il offrait la paix de ses couvents à toutes les races, pourvu qu'elles réprouvassent, toutes les infamies, toutes les insanités, toutes les inégalités, toutes les cruautés des Brahmanes.
218 LA. BACE SEMITIQUE
L'élan était donné, la porte était ouverte à la révolte ; ce qu'avait fait Phralaong dans Tordre philosophique, Zarathustra le fit dans Tordre politique, et avec une bien plus grande hauteur de vue : Boudna avait renversé led divinités absurdes des Indous, mais ne les avait pas remplacées, Zoroastre, qui avait été en contact avec les prisonniers Egyptiens et Juifs ^ de Cambyse proclama rexistence d'un être suprême.
Phra, appuyant sa doctrine sur la métempsycose, avait empêtré ses préceptes dans les liens de cette croyance ridicule ; il avait poussé le respect de la bête au plus haut point de la niaiserie humaine ; Zoroastre, sans s'affranchir complètement de cette absurde superstition, réagit toutefois violemment contre elle en promulguant ces lois qui condamnent le coupable à tuer mille serpents qui rampent sur le ventre et deux mille autres ; « mille grenouilles terrestres et dix mille aquatiques », « dix mille fourmis q^ui dévastent les grains et deux mille autres ^ » Lois qui nous sembleraient btupides si nous ne savions qu'elles étaient une satire sanglante des puérilités des Brahmanes et des Boudhistes.
Nous rencontrerons donc dans TAvesta, avec quelques réminiscences juives, des souvenirs Brahmaniques du Gode de Manou, et un grand nombre de lois qui sont comme Tenvers des préceptes des Arias : si ces lois étaient absurdes dans le Code arien, elles pourront y gagner en ayant été retournées dans l'Avesta; si au contraire elles étaient sensées, elles deviendront odieuses dans le recueil de Zoroastre.
Il nous faut établir de suite l'époque approximative à laquelle a vécu Zarathustra.
Nous n avons pas ici à réfuter M. Marins Fontane, nous l'avons fait au début de cet ouvrage : il est bien certain que donner une marge de 3,000 ans à 800 ans', avant le Christ, pour l'apparition de ce révolutionnaire, cela n'est pas sérieux ; et c'est afficher hautement son igno-