Presse du mercredi 12 janvier
jl mon fils
jour, il y a longtemps de cela, vers 1860, je me trouvais chez M. X. . ., ouvrier poète ^ qui avait, comme beaucoup de ses confrères, cru devoir adresser une pièce de vers à Hugo. Au moment même où j'entrais chez lui le facteur lui remettait une lettre du Grand homme; inénarrable joie, avant d'avoir ouvert l'enveloppe, mais quelle déception après avoir savouré la perle du poète : sur une feuille de papier d chandelles^ il avait écrit avec une allumette :
a: Du poète au poète j de F ouvrier à V ouvrier ^ merci. » Signé : V. Hugo.
Mon ami se mit dans une colère bleue : — < Ah ça, pour qui nous prend-il ? N'aurait-il donc pas pu acheter une feuille de Bathy à six liards le cahier, deux pour quinze centimes et une plume d'oie ou de fer à quatre pour un sou ? Cela ne l'aurait pas ruiné I II ne s'est guère mis non plus en frais d'imagination ; que diable a-t-il bien voulu dire ? Je n'en sais ma foi rien. Du poêle au poèle^ je comprends cela, il est poète et moi aussi ; mais de t ouvrier à Vouvrier^ je ne comprends pas. Si je suis ouvrier, il ne l'est guère avec ses deux ou trois cents mille francs de rçnte ; il n'a cependant pas dû vouloir se moquer de moi ?
« Pourquoi ce style de Py thonisse ou de Sibylle ? je jette ma langue aux chats ; j'ai pourtant été bien poli avec lui. Ahl On voit bien que je ne suis qu'un ouvrier, et dire que j'avais mis huit jours à lui ciseler une jolie pièce de vers, que je Tavais écrite de ma plus belle encre, avec ma meilleure plume, sur du magnifique papier de Bristol I Et lui me répond avec une allumette, sur
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du papier à chandelles ; nous serons toujours des niais, nous traitons ces gens-là comme des princes, mais eux nous traitent comme dès voyous I > —
Je me vis dans la nécessité de calmer mon ami, l'ouvrier poète, et de plaider en faveur du vieux vicomte et ancien pair de France, les circonstances atténuantes. Dieu I à quelle extrémité est-on parfois réduit dans
la vie.
— « Bah I s'écria le chansonnier un peu apaisé et doTrt la verve et la note gaie reprenaient le dessus, après tout, c'est un autographe et cela vaudra toujours Wen quarante sous. » —
Le peuple, je veux dire la masse intelligente de la nation, qui travaille pour vivre et élever sa famille, est fier, Qpurageux, honnête et a droit à tous nos respects, il aime à étudier les grandes questions, les problèmes ardus ; il est apte à tout apprendre. Si, pour un grand nombre de ses enfants, vous mettiez dans leur main une plume en place du rabot, de la truelle ou du marteau, ils raisonneraient certainement mieux dans les journaux que la plupart des écrivains de profession. Mais s'il conçoit aisément, il n'aime pas qu*on le troftipe et que Ton sa moque de lui.
Il est au savant ce que la terre à modeler naturelle est à la terre cuite : il est susceptible de toutes les empreintes ; le savant, lui, comme la terre cuite, conserve rigide, éternellement ineorngeàbhs les faux plis, les vices de forme de l'empreinte d'avant la cuisson, augmentés des boursouflures, des défauts causés par la chaleur. Tant mieux, si l'artiste qui l'a formé
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était habile et n'a pas £Bât un être pédant, ignare ou monstrueux et si la cuisson ne l'a pas trop déformé et ne lui a pas donné de coups de fèu, car le mal est sans remède ; tant qu'il ne sera pas brisé et jeté à la voirie, il conservera les preuves de l'ineptie du potter et du chauffeur qui en auront fait un être ridicule. Gomme un vieux pot, il gardera jusqu'à la mort sa forme grotesque; bien heureux encore si le temps ou l'usage ne l'a pas fêlé.
Cher fils, tu le sais, toi, le confident de mes intimes pensées, voué depuis ma jeunesse à Tinstruction du prolétaire, dont le but constant a été de semer dans l'âme du petit les idées vraies, patriotiques, nobles, grandes, saines, justes, morales et religieuses, je ma suis dans cet ouvrage, comme dans tous les précédents et notamment dans le Droit divin de la démocratie^ efforcé d'être à la hauteur du Peuple : je sais qu'il ne parle ni grec, ni hébreu, nisanscrit, ce dont je le félicite, aussi, toutes les fois que j'ai été forcé d'employer des mots de langues dont Talphabet est difiërent du nôtre, je les ai écrits avec les lettres latines.
Mais je n'ai pas craint d'aborder les questions les plus graves, convaincu que je suis que. le Peuple est digne et capable de tout comprendre : jamais le mensonge n'est sorti de ma bouche ; à rencontre du grand apôtre du mensonge, l'académicien Renan, je crois que celui qui sciemment trompe le Peuple, devrait être chassé de la République comme un être indigne et dangereux.
Et certes depuis Voltaire, ce roi de la libre-pensée,
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ceux qui ont attaqué la Bible ne se sont pas fait faute de mentir, comme on le verra dans le corps de cet ouvrage: mais ici nous ne voulons citer qu'un seul mensonge du grand maître, afm de bien établir qu'il n'y a aucune foi à avoir dans les ennemis delà religion ; au mot impuissance^ il dit dans son dictionnaire philosophique :
« La loi juive permettait au mari de renvoyer celle de ses femmes qui lui déplaisait, sans spécifier la cause.
a Si elle ne trouve pas grâce devant ses yeux, cela suffit 2>.
«c C'est la loi du plus fort, c'est le genre humain dans sa pure et barbare nature. » Et pour qu'il n'y ait pas d'erreur sur son mensonge il cite effrontément, en note, le Deutéronome, ch. XXIV, V, I. — Eh bien Voltaire a impudemment et sciemment menti. En effet voici ce que dit la Bible au verset cité par le philosophe :
< Quand quelqu'un aura pris une femme, et qu'il sera marié avec elle, sHl arrive qu'elle ne trouve pas grâce devant les yeux de cet homme-là, parce qu'il aura trouvé en elle quelque chose d'infâme^ il lui écrira une lettre de divorce et la lui ayant mise entre les mains, il la renverra hors de sa maison, x»
Si acceperit homo uxorem, et habuerit eam, et non invenerit graiiam ante oculos ejus propter aliquam fœdi^ tatem : Scribet. . .
Ainsî^ il ne suffit pas que la femme cesse de trouver grâce devant les yeux du mari pour qu'il puisse la
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répudier, il faut encore que cette femme ait commis quelque chose (ï infâme. Donc Voltaire est un impudent menteur, ce que tout le monde sait du reste, mais ce qu'il fallait prouver pour éclairer le Peuple.
Il faut croire que les livres de Moïse sont un monument bien invulnérable pour que le roi des philosophes ait cru ne pouvoir le saper efficacement que par le mensonge.
Depuis le jour où l'amour du peuple anima ma plume de son souffle fraternel, j'ai reçu des milliers de lettres ; des centaines d'articles de journaux ou de revues ont été, dans le monde entier, écrits sur mes ouvrages, le plus grand nombre a applaudi avec enthousiasme à mes efforts ; quelques-uns m'ont prodigué la seule chose apparemment que leur âme pouvait distiller, le sarcasme et l'injure.
. J'ai naturellement voué une reconnaissance éternelle aux premiers, non pour moi, qui ne suis qu'une unité dans la grande famille humaine, mais pour le Peuple dont je défends les droits sacrés *.
Quant aux autres, si les injures qu'ils ont débitées ont caressé agréablement leurs lèvres, chatouillé volup* tueusement leurs narines, grand bien leur fasse ; il
1 . Parmi les hommes de cœur et d'intelligence qui ont encouragé mes travaux, je dois mettre en première ligne les membres du comité de la Société nationale d'encouragement au bien, et notamment M. Honoré Arnoul, son secrétaire général, et M. Giraud, député, son président.
Les trois médailles d'honneur qu'ils ont bien voulu accorder à mes ouvrages sont la plus douce récompense de mes labeurs. Je les en remercie chaleureusement au nom de la cause que je défends.
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est de certains animaux qui se dâectent dans Fordare, on ne doit pas leur en vouloir, c'est leur natare qai le veut ainsi. Pour moi je suis loin de les en blâmer ; leur colère n a certes pas été, en ce qui concerne ma ligne de conduite, sans valeur, elle m*a fait comprendre que j'étais dans le vrai, et que j'avais touché fortement la corde sensible; autrement elle n'aurait pas résonné avec tant de vigueur, ni avec tant d'âpreté.
Celui qui se voue tout à la fois, à la défense du Peuple et de la Religion, ces deux termes du binôme bumain, qui ne peuvent sur ce globe aller Tun ennemi de l'autre, sans que la nation périclite, et que des politiques à courte-vue s'efforcent toujours en vain de séparer, a naturellement contre lui tous ceux qui exploitent le Peuple. Il doit s'attendre à toute leur colère, mais il lui faut, impassible, suivre son chemin sans s'inquiéter des injures ou des criaillerîes de quelques énergumènes ; car le Peuple n'est jamais ingrat, il n'abandonne et ne conspue que ceux qui l'ont trompé ou jeté dans une fausse voie ; et jamais, tu le sais bien, toi, le mensonge n'a effleuré de son aile de chauve-souris, mes lèvres ou ma plume.
Parmi les articles et les lettres qui ont applaudi à mes travaux et souri à mes efforts, articles et lettres émanés des plus grandes intelligences de ce temps ou de l'âme fraternelle et naïve de simples prolétaires, il n'en est aucune qui m'ait autant captivé que celle qu'un ouvrier horloger de Paris, il y a juste vingt ans, mais qui semble écrite d'hier tant les questions qu'elle traite sont palpitantes à l'heure qui sonne au cadran