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LES SLOVÈNES

I 25. Introduction historique. — Les Slovènes représentent la fraction sud-ouest des Slaves méridionaux. C'est le dernier débris d'un groupe jadis puissant qui occupait au commencement du moyen âge les régions comprises entre le coude du Danube et la route Adriatique et qui pénétrait profondément dans les régions alpestres ^

On ne sait à quelle époque les Slaves ont apparu pour la première fois dans ces régions. Des indices, malheureusement trop peu sûrs, semblent attester que, dès les débuts de Tère chrétienne, ils avaient franchi le Danube et seraient apparus dans les régions du lac Balaton et de la Save. Mais on manque de preuves sérieuses, historiques ou archéologiques.

I. Sclaueni, Stlaueni. 2/.).a^r,voi, X^Xa'./r,voi des anciens textes. Le mot Slovènes (dans la langue du pays Slovenec, Slovenka, en allemand Slowenen) est devenu à la mode depuis la période de renaissance nationale. Les Allemands employaient souvent les dénominations Winden, Windisch, qui se retrouvent dans beaucoup de noms topographiques.

On entend affirmer sans cesse que les Slaves sont autochtones dans la région des Alpes : ce sont là de vaines affirmations. Dans ces contrées vivaient avant Tère chrétienne des Ligures, des tribus illyriennes, rhétiques, gauloises et des survivants de tribus non ariennes.

Ce qui est certain, c'est que, dès la fin du vi^ siècle, cette région fut inondée de Slaves. A -la date de 551 Jornandes ne les connaît pas encore. Car il mène la frontière des Slaves de la Vistule à la Drave inférieure. En 595 Thassilo, duc de Bavière, est déjà en lutte contre les Slaves du côté de la Korutanie (Carinthie^); en Tan 600, nous savons qu'ils menacent ritalie.- Evidemment ce fut le départ des Lombards pour l'Italie qui facilita l'expansion des Slaves.

Au début de cette expansion ils s'établirent sur de très vastes espaces; mais leurs groupes n'étaient pas très denses et ils n'occupaient pas toutes les régions. A Test et au nord ils avaient pour frontière le Danube, — sur la rive droite duquel les Tchèques débordaient par endroits — à l'ouest une ligne allant de Linz par Wels, Dachstein, Tauern, Dreiherrenspitze et delà par la pointe orientale du Tirol, jusqu'à Innichen et Udine.

Ainsi ils occupaient la moitié méridionale de la Basse-Autriche, toute la Styrie, la Carinthie, la Carniole, les territoires de Gradisca et de Gorica (Goritz), la région de Lienz dans le Tirol, c'est-à-dire l'est du Pusterthal, la Langau de

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Salzbourg et la partie sud-est de la Haute-Autriche. C'est ce que nous attestent la nomenclature topographique, l'ancien nom de Sclavinia, et une série de documents immédiats sur les colonies slaves. Dans ce territoire les sources mentionnent de fort anciennes tribus, comme celles des Douliébes, des Souselci, des Stodoranes à côté des colonies croates.

Au début de leur histoire les Slovènes tombent sous le joug des Avares. Ils en sont délivrés par Samo (623-658). En revanche, ils ne savent pas résister longtemps aux attaques des Allemands de Bavière; leurs chefs durent devenir les vassaux de la Bavière (745-772). Puis ils furent soumis par les Francs (788) et par le Frioul. Leur pays fut envahi par des colonies allemandes qui travaillèrent systématiquement à le germaniser. L'Eglise catholique joua le rôle principal dans cette politique de germanisation. L'œuvre fut menée à la fois par le diocèse de Salzbourg et par celui d'Aquilée. La conversion au christianisme profita presque toujours à l'Allemagne. Le diocèse slave de la Grande Moravie n'eut pas une longue durée * et exerça peu d'influence.

A dater du vni^ siècle les Slaves alpins, qui avaient parfois dépassé les frontières dont nous avons fait mention tout à l'heure, commencèrent

I. Sur ce diocèse, voir mon livre sur La cojtversion des Slaves an christianisme, ch. vi et suivants. Tr.

à se replier, notamment au nord entre la Carantanie et le Danube, dans la région appelée la Marche Orientale. Là au nord la colonisation allemande s'établit solidement sur le Danube, puis sur la Leitha et sur la Mur, dans la région de Celovec fKlagenfurt) et de la Drave supérieure. D'ailleurs elle ne descendit guère le cours de cette rivière. Puis elle pénétra sur les bords du lac Balaton, et, sans l'arrivée des Magyares et la défaite des Bavarois en 907, le germanisme aurait certainement envahi toute la Pannonic et le bassin de la Drave.

La frontière germanique ne serait pas aujourd'hui sur le Raab supérieur, mais sur la Save inférieure. Les Magyares empêchèrent cette expansion, mais en revanche c'est à eux que — sauf quelques groupes — les Slovènes furent soumis. D'ailleurs, la rapidité avec laquelle les pays alpins furent germanisés s'explique par diverses circonstances. Les Slaves n'avaient jamais été très nombreux dans les régions alpines de la Marche orientale (Ostmark). ils vivaient en groupes isolés et mêlés dès le début à des groupes allemands.

Dans les textes concernant la fondation des églises fondées par le prince slave Pribina et consacrées par Liufram, évêque de Salzbourg (850) nous trouvons quinze noms de chefs slaves et quinze noms de chefs allemands et nous lisons toute une série de noms de localités allemandes. Dans cette région les Slaves ne furent

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jamais très forts ni très compacts; aussi ne faut^ il pas s'étonner de les voir disparaître dans l'Autriche proprement dite, dès le xif et le xiii^ siècle. Evidemment ils n'existaient en masses compactes que dans le sud, dans la Carantanie, c'est-à-dire dans la Styrie méridionale, la Carinthe et la Carniole, pays où ils se sont maintenus jusqu'à nos jours.

I 26. Limites du territoire. — Aujourd'hui le pays Slovène comprend : 1° tout le duché de Carniole (sauf l'îlot allemand de Hoczev (Gottschee), le nord de l'Istrie, Gorica, la région d'Udine dans le Frioul, la partie sud-est de la Carinthie, la Styrie méridionale et une petite partie de l'est de la Hongrie (les deux comitats de Vas et de Zalad).

En partant de la mer auprès de Trieste, la frontière de la nationalité slovène passe à Divina (Duino), Montefalcone, Gradisca, Kormin (Cormons), puis elle entre en Italie, englobe le pays à l'est de Cedad, Tarcenta, Resia et regagne la frontière de l'Etat autrichien à Kanin, puis elle gagne Potabl (Pontafel, en italien Pontebba), Saint-Hermagoras, Dobracz et Bielak (Villach) qui est en grande partie allemand. Elle franchit la Drave, passe près du lac Vrbsky (Woerther See), près de Kostanje (Kostenberg), Blatograd (Moosburg), Karnsky Grad (Karnberg), puis elle passe à Kerka (Gurk), se dirige vers Djekse (Diex), Kerczanie (Grentschach), Grebin (Grif-

fen), Ruda (Ruden), Led (Lis), Labod (Lavamund), Pernice (Pernitzen). St-Iernej, St-Pancrace, et Arnfels, qui est allemand.

Il y a cinquante ans les environs de ce bourg étaient encore Slovènes. Ils sont aujourd'hui germanisés. La rive droite de la Mur de Sveczane à Radgona (Radkersbourg) est également germanisée. La frontière à Radgona passe, la Drave et va par Potrna, Zenkova et Gorica vers la Hongrie. Là elle suit d'abord la frontière jusqu'à Serdica (Szerghaza en mag3'ar), gagne Saint- Gothard qui est allemand et atteint le Raab. Puis elle tourne vers le sud, traverse Bergelin, Salovce, Krizevce (en magyare Tôt Keresztur), Berkevce. Falkovce (Urdomb), Ladomir, Bukovnice ^Bakonak), Veliká Palina, traverse la Mur à Gornia Bistrica, laisse à droite des localités croates et suit ensuite la frontière politique de la Croatie, de la Styrie et de la Carniole. Là la ligne descend au sud vers ITstrie, et regagne le littoral de la mer.

Certains philologues rattachent aux Slovènes, les habitants des Comitats croates de Varazdin et de Zagreb (Agram). Dans le recensement de iQoo où l'on tenait encore compte des Slovènes, il en a été déclaré 17.342, surtout dans les jou panies ou comitats de Varazdin et de Zagreb (Agram). Mais ils sont disséminés au milieu de la population croate.

Il y a encore un îlot slovène en Hongrie dans le comitat de Somod, dans le bourg de Tarany,

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OÙ en 1900 il a été recensé 1.597 Slovènes contre 764 Magyares. On constate aussi des petits îlots dans l'intérieur de Tlstrie. En revanche il y a, particulièrement au nord et à l'est, de nombreux îlots allemands; nous avons déjà signalé le groupe allemand de Hoczev (en allemand Gottschee) qui comprend un grand nombre de localités.

D'autre part la frontière du nord, et aussi celle qui touche la Hongrie, sont gravement menacées. En Carinthie et en Styrie les Allemands se sont emparés des fonctions publiques et des écoles et, grâce à leurs efforts, le nombre des Slovènes s'affaiblit considérablement. En Carinthie 1 01 .050 Slovènes s'étaient déclarés en 1890; en 1900 le chiffre est descendu à 90.495 et il est à craindre que la prochaine génération ne soit germanisée. En Styrie, on avait compté en 1850 643.194 Allemands contre 363.750 Slovènes ; en 1900 on a compté 902.343 Allemands contre 409.521 Slovènes. Ainsi en un demi-siècle le nombre des Allemands a augmenté de 40,5 p. 100 et celui des Slovènes de 12,50 p. 100 seulement. Ces chiffres ainsi que nous l'expliquerons plus loin, ne sont pas rigoureusement positifs. Cependant on ne peut contester une sérieuse diminution du nombre des Slovènes dans toutes les régions qu'ils habitent. Voyez plus haut au | 23 le tableau de la natalité des peuples slaves qui accuse pour les Slovènes 6,10 p. 100 en 1880, 5,23 en 1890 et seulement 4,65 pour l'année 1900.

La frontière la plus menacée est celle de la

Carinthie et de la Styrie entre Arvez et Rř^.dgona où les Slovènes reculent sans cesse du côté du sud et se maintiennent seulement dans la montagne. En Hongrie ils sont rapidement magyarise's, notamment dans le comitat de Zelezna (en magyare Vas) . D'ailleurs, même dans le Carniole, ils augmentent fort peu, ainsi qu'on va le voir.

I 27. Statistique. — Avec les Serbes de Lusace les Slovènes constituent le plus petit peuple slave et aussi le plus menacé. Il est étranglé entre les Allemands, les Italiens et les Magyares, aussi sa natalité est-elle presque insignifiante.

En Autriche on en a compté :

En 1880 1. 140. 504

En Hongrie on en avait compté en 1890, 94.992 (y compris 20.987 pour la Croatie et la Slavonie). En 1900 la statistique les a négligés. De 1890 à 1900 l'accroissement total pour l'Autriche tout entière a été de 9,4 p. 100, tandis que pour les Slovènes il était seulement de 1,37 p. 100.

Voici quel est pour l'année 1900 le total général des Slovènes :

En Autriche 1.199.786

— Italie 35.000

— Hongrie et Croatie 102.000

— Amérique 100.000

Autres pays -20.000

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Trsteniak qui baisse le chiffre pour la Hongrie a compté i. 416. 580, Klima, 1.444.364. Les chiffres que nous proposons réclament probablement quelques corrections pour la Cisleithanie.

Ainsi en Carinthie, les spécialistes en comptent 40.000 de plus que les statistiques officielles. Pour Trieste et sa banlieue la statistique de 1900 n'a compté que 16 p. 100 de Slovènes contre 77 p. 100 d'Italiens. Or, lors des élections de 1907 les candidats Slovènes ont eu plus de voix que les Italiens. L'un d'entre eux a même été élu. Nous pouvons donc hardiment évaluer le nombre des Slovènes à un million et demi.

Si peu nombreux qu'ils soient, les Slovènes n'ont pas à redouter la perte de leur nationalité par ce qu'ils ont à eux une province tout entière, la Garniole; il suffit qu'ils réussissent à renforcer la conscience nationale et à développer l'instruction publique. Leur situation politique est fort importante par la race slave ; c'est eux qui interdisent aux Allemands de réunir l'Adriatique à la Mer du Nord ^

En ce qui concerne l'éducation, les Slovènes sont supérieurs en Autriche aux Polonais, aux Russes, aux Serbo-Croates. Ils ne comptent que 23,9 p. 100 d'illettrés. Le rapport des deux sexes est de 1.032 femmes pour i.ooo hommes (1.098 en Garniole). Au point de vue de Tàge ils ne

I. J'ai déjà exprimé ces idées en i8C8 dans un article publié par La Revue moderne et qui a été réimprimé dans mon volume Le Monde slave (2« éd., p. 43, Hachette, 1897) Tr.

comptent que 45,8 p. 100 de sujets plus jeunes que vingt ans, mais en revanche 18,9 p. 100 audessus de cinquante; la proportion des gens mariés est de 32,2 p. 100, par conse'quent inférieure à la normale.

En ce qui concerne l'accroissement, il est depuis ces dernières années très faible en Carniole : de 1890 à 1900, 1,84 p. 100; celui de l'Autriche pris dans son ensemble est de 9,44 p. 100. De 1880 à 1890 le chiffre avait été de 9,44. Pour tout l'ensemble des Slovènes le chiffre n'est que de 1,37 p. 100.

Ainsi donc, le développement de la nation semble arrêté. Ce phénomène est dû en partie à la dénationalisation, en partie à Témigration et aussi à des recensements inexacts.

Au point de vue religieux les Slovènes sont presque absolument catholiques (99,9 p. 100). Au point de vue des occupations 75,4 p. 100 se livrent à l'agriculture, 13.4 p. 100 à l'industrie, 3,5 p. 100 au commerce et 7,7 p. 100 aux services publics.

I 28. Différenciation. — Au point de vue linguistique il y a d'assez nombreuses différences ; mais elles ne sont pas très profondes (voir plus loin ce qui sera dit de la dialectologie des Slaves méridionaux), Pour désigner les divers groupes de la nation les Slovènes se donnent surtout des noms géographiques, empruntés aux frontières politiques : Krajnci (Garnioliens), Pri-

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morci (gens du littoral maritime), Korosci (Carinthiens), Goriczani (Goriciens), Styriens ou des noms d'un caractère encore plus local, empruntés à l'orographie et à l'hydrographie. En Styrie on distingue les Pohorianci, les Polianci de la Mur et de la Drave, les Halozanes, en Carniole les Gorenici (gens d'en haut), Dolenici (gens d'en bas), les Notranjci qui parlent des dialectes différents. Au nord de la Mur les Prekmurci (Transmuriens) offrent un type intéressant. Au nord-ouest de l'Istrie les Savrini ou Bresavi sont encore des Slovènes pur sang, ainsi que les Berkini au nord de l'Istrie. En revanche les Fuczki aux environs de la ville de Buzet (Pingu ente) et le Cici sont des Croates des dialectes Kaikavski 0.1 ichakavski\ De même les Kraïnci blancs — ainsi nommés de leur costume — qui sont établis entre Hoczevje et la rivière Kulpa sont aussi du dialecte kaïkavski.

Bien que certains philologues rattachent les, Kaïkavci de Croatie aux Slovènes, nous les rejetons au chapitre suivant ; eux-mêmes se considèrent comme Croates.

Un groupe fort intéressant, particulièrement étudié par le professeur Beaudoin de Courtenay-, est le groupe des Resians établis dans le Frioul, aux environs d'Udine. Ils sont croisés de sang

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