CRITIQUES ADRESSÉES A LA MÉTHODE
Dans ce chapitre je vais répondre rapidement à quelques critiques qu'on a adressées à ma méthode, dont les unes portaient sur ses résultats immédiats, d'autres sur ses résultats lointains. Grâce à la perspective du temps, je puis répondre aux deux espèces de critiques.
Ces critiques ont été formulées d'une façon précise lors de mon voyage en Amérique en 1910 par John I. Moorhead(de New- York) (1) en les cinq points suivants : 1° Danger de blesser les vaisseaux du rachis et produire une hémorragie inlrarachidienne.
Cette crainte, qui me paraît illusoire d'après ma pratique, car je n'ai jamais rencontré un pareil accident s'adresse à la rachi-anesthésie en général, et non pas particulièrement à ma méthode. Certes, et je l'ai indiqué au cours de ce travail, on peut assez souvent blesser avec l'aiguille une veine du plexus rachidien, mais cette hémorragie est toute passagère, et dans tous les cas elle n'a jamais laissé de trace visible. Elle ne peut donc constituer un véritable danger pour la rachi-anesthésie. 2° Danger de produire des lésions médullaires : scléroses, syringomiélies, etc.
J'ai assez montré au cours de ce travail le manque absolu de lésions médullaires immédiates ou tardives, pour ne plus avoir besoin d'insister et pouvoir affirmer
(1) Jonnesco's Analgesia melhod. The Journal of the American Médical Association, 22 }dLnu3.Ty 1910, page 281.
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que ce danger n'existe pas. Ainsi, tombe l'affirmation si précise de Rehn, de Francfort, qui parlait au Congrès de la Société allemande de Chirurgie, en 1909, du danger considérable d'injections faites au-dessus de la région lombaire, « telles que Jonnesco les a recommandées ».
L'innocuité de la méthode, au point de vue des lésions de la moelle, est d'autant plus intéressante que, comme j'ai eu l'occasion de le dire dans ce travail, très souvent la pointe de l'aiguille atteint plus ou moins la moelle au moment de la ponction du rachis. La piqûre de la moelle se manifeste d'habitude par une douleur en éclair, violente et momentanée que le malade accuse. Or, celte atteinte de la moelle n'a aucune conséquence inmiédiate ou tardive, puisque l'examen des moelles ainsi piquées a prouvé qu'il n'en restait aucune trace.
3 ' Incerlilude de pénétrer dans le canal rachidien ; donc manque d'aneslhésie.
J'ai eu l'occasion de dire assez souvent que, en persévérant, on arrive toujours à pénétrer dans le canal arachnoïdien; — par conséquent, cette critique ne peut s'adresser qu'à ceux qui, ne prenant pas les précautions dont j'ai parlé d'ailleurs, se contentent de marquer l'insuccès de l'injection sans persister plus loin et sans chercher à y pénétrer de nouveau.
4" Le choc physique que les malades subiraient après les opérations, du fait que, conscients, ils se rendent compte par la vue et Vouïe de l'opération et de ce qui se passe autour d'eux.
Ma longue pratique me permet d'affirmer que cette crainte ne doit pas arrêter les chirurgiens; car, d'une part, les malades n'ont pas besoin d'assister à leur opération quoique conscients, et en second lieu, parce que beaucoup de malades demandent eux-mêmes à assister à leur opération, sans subir pour cela le moindre choc.