PARALLELE ENTRE L'ANESTHESIE PAR INHALATION ET LA RAGHI-ANESTHÉSIE
La rachi-anesthésie générale étant une méthode destinée à être employée pour toutes les opérations, quel que soit leur siège, ne peut être comparée qu'à Tanes- Ihésie par inhalation, c'est-à-dire à l'anesthésie générale. On a voulu l'opposer à l'anesthésie régionale ou a l'anesthésie locale. C'est une erreur, car ces dernières ne sont que des méthodes appliquées seulement dans certains cas, et non pas des méthodes qui peuvent se généraliser et s'appliquer à toutes les opérations.
Certes, je suis de l'avis de tous les chirurgiens, qu'en matière de sciences surtout, il ne faut pas être exclusif et qu'il faut plutôt être éclectique et ne pas renvoyer de propos délibéré une méthode facile, innocente, quand on lui trouve l'application; c'est pourquoi j'accorde à l'anesthésie locale, et peut-être même à l'anesthésie régionale, certaines indications; mais ces deux genres d'anesthésies ne peuvent pas être opposables à la rachianesthésie générale. Il est donc intéressant de savoir si, dans un parallèle absolument objectif entre les deux anesthésies qui se disputent la priorité comme méthode de choix — l'anesthésie par inhalation et la rachi-anesthésie — il y en a une des deux qui l'emporte au point de vue de l'efficacité et de la bénignité.
114 LA RACHIAhESTBÉSIE GÉNÉRALE
Dans le cours de ce travail, j'ai eu l'occasion de montrer les avantages que présentait, pour certaines régions et pour certaines opérations, la rachi-aneslhésie par inhalation, je n'y reviendrai pas; mais, à part ces avantages, il y a la grande question de la gravité de l'une par rapport à l'autre, et tout d'abord voyons la mortalité dans les deux méthodes.
J'ai montré plus haut que la mortalité dans la rachianesthésie générale, par ma méthode, est relativement infime; en est-il de même dans l'aneslhésie par inhalation? Or, certains chirurgiens, comme le Docteur W. Babcock (Joe. cit.) affirment que la mortalité dans l'anesthésie par l'élher serait en Amérique de 1 pour 500, ce qui est énorme, surtout qu'en Amérique celle-ci est pratiquée par des spécialistes. En Angleterre, le rapport du Comité du Home Secretary (1), chargé d'étudier la question au point de vue médico-légal, montre la statistique de la mortalité par les anesthésiques (l'élher surtout) depuis 1866 jusqu'en 1908 : de 5 en 1866, elle atteint 155 en 1905 et 235 en 1908, et, ajoute le rapport, cette statistique est encore inexacte, car les médecins ne sont pas obligés de publier leurs cas de mort par l'anesthésie.
Je ne crois pas exagérer en disant que l'anesthésie par le chloroforme a aussi à son compte une assez grande mortalité immédiate.
Mais, en dehors même de cette mortalité qui fait pencher la balance en faveur de la rachi-anesthésie, il y a d'autres considérations qui font que l'anesthésie par inhalation, soit avec l'éther, soit avec le chloroforme, ne présente pas le même degré de bénignité que la rachi-anesthésie.
Actuellement, en effet, on connaît les altérations que produisent l'éther et le chloroforme sur les différents
(1) The Lancet, 16 Avril 1919, page 1.087.