LES PREMIERS ESSAIS EN CAMPAGNE LE STEREORADIOSCOPE DU DOCTEUR BARDON
Les premières recherches sur l’extraction des projectiles en campagne à l’aide du stéréoradioscope sont réalisées du 1* au 12 juin 1940, dès la mise au point de l’appareil à FPAmbulance Chirurgicale d’Armée n° 233. Dans cette ambulance de spécialités, où s'exerce la chirurgie de la tête et du cou, l’appareil est monté en salle de chirurgie générale pour les polyblessés présentant des lésions associées, eclats des membres en particulier. @
Dans ce court délai, les docteurs Willemin et Lubin pratiquent 18 extractions d'éclats métalliques au niveau des membres, avant-bras et mains en particulier ; 3 corps étrangers sont extraits des masses musculaires profondes du mollet; 2 de la cuisse ; 1 de la fesse ; 2 de la région scapulaire.
Les extractions ont été menées à bien dans un temps très court, de l’ordre de quelques secondes à une minute sous le rayonnement, à condition de suivre la technique rigoureuse proposée par ces auteurs :
1* temps : Repérage et localisation du où des projectiles par la radioscopie ordinaire.
2 temps : Temps chirurgical. Voie d’accès. Extraction le cas échéant. |
3° temps : Si la découverte de l'éclat apparaît difficile, la stéréoradioscopie est mise en œuvre.
: 1° Repérage.
-Nous n'insisterons pas sur les divers procédés de repérage et de localisation radioscopiques. Parmi les plus employés, citons la réglette de Haret, le procédé de Stroh! et surtout l’angle de Patte. Cette dernière méthode est d’une application extrêmement simple avec le matériel de remorque type 1934 du Service de Santé, puisque la rotation de lampoule se fait automatiquement d’un angle de 26°33 par butée fixe. -__ Il sera cependant beaucoup plus intéressant d’uti-
liser le stéréoradioscope lui-même pour temps de repérage préalable. On évitera ainsi la nécessité d’avoir un deuxième appareil à sa disposition. = La méthode de choix avec le stéréoradioscope semble être la méthode des arcs capables de Violette, cette méthode de repérage à petit diaphragme a le grand avantage de ne pas exiger un écran fixe durant la localisation. Dans le récent travail de Violette, on trouvera de plus amples renseignements sur celte technique nouvelle. Pratiquement, il suffira d’adjoindre un petit écran auxiliaire mobile à l'appareil de Bardon pour avoir la possibilité de pratiquer ie temps de repérage.
Ce temps radioscopique très court doit permettre de marquer à la-peau la sortie du rayon central et normal passant par le projectile, tandis qu’est donnée la profondeur de l'éclat au-dessous de ce point.
2° Temps chirurgical. ”
Ceci fait, le chirurgien choisit sa voie d’accès. L’incision partira du point de repère lui-même ou
de toùt autre point relevé, par exemple au compas si simple du docteur Didièe. Temps chirurgical uniquement, menant jusqu'à lextraction si le repérage est bien fait et si le projectile ne se déplace pas pendant l'intervention (masses musculaires rétractées, réclinées...). S En cas d’échec, il était habituel de poursuivre l'extraction sous écran et l’on sait combien ce nou- : veau temps peut se prolonger parfois. L’habileté du chirurgien n’est pas en cause ; qu’il suffise de rappeler les difficultés qu’entraîne si souvent l’extraction d’un simple Den d’aiguille dans la masse thénar. è
Outre le danger qu'’offrent pour le chirurgien des. irradiations longues et répétées, il en 1 résulte un débit chirurgical affaibli. |
Aussi, dès les premières difficultés chirurgicales, la radioscopie plane doit-elle faire face à la stéréoradioscopie. |
3° Temps stéréoradioscopique.
Ce temps de radioscopie en relief intervient donc tandis que le chirurgien maintient dans la plaie une pince de Kocher très voisine de la position réelle du projectile,
L'appareil de Bardon, jusque-là en bout de table: est amené au-dessus du champ opératoire, la bonnette étant recouverte d’un champ stérile. serré en cordon de bourse au-dessous du viseur.
Le radiologiste soumis à une bonne adaptation préalable, et se plaçant du côté du col de cygne de
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façon à laisser au chirurgien un accès au champ opératoire largement dégagé, donne les rayons et indique Pécart séparant l’extrémité de la pince de Kocher de l'éclat. En quelques secondes le projectile est extrait. ;
C’est cette technique de collaboration radio-chirurgicale qui conduit aux succès rapides.
La qualité du relief obtenu est excellente et c’est ce qui pourrait inciter à une intervention hâtive presque totalement menée de ia part du chirurgien sous radioscopie en relief. Ce serait une erreur et d’ailleurs l'expérience la montré.
Mais l’utilisation directe de la radioscopie en relief par le chirurgien ne saurait être à proscrire. Le rythme accru des interventions en campagne dissocie bien souvent l’équipe radio-chirurgicale. Le docteur Lubin a fait lui-même plusieurs extractions, en procédant au temps chirurgical sous lumière moins vive en vue d’une accommodation plus rapide. Au reste, il est reconnu que ladaptation se fait plus vite en bonnette qu’en salle libre.
On pourrait d’ailleurs reprendre cette question de l’éclairage du champ opératoire venant du dessous de l'écran, par tubes à gaz raréfiés dont l’émission est correctement filtrée (d’Halluin).
Notons qu’en chirurgie de guerre, le relief anatomique lui-même passe au second plan. Ce qu’on cherche, c’est l’écart entre l’extrémité d’une pince et le corps étranger qui apparaissent très fortement contrastés sur l'écran.
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Il n’est pas exclu de penser à d’autres applications du stéréoradioscope en chirurgie de guerre. A côté de lextraction des projectiles, la réduction des fractures doit trouver une place très enviable. Des essais de ce genre n’ont pu être pratiqués aux Armées.
Le relief osseux est très satisfaisant dans les conditions de fonctionnement du stéréoradioscope actuel. Nous étudierons d’ailleurs les quelques insuffisances de ce prototype qui apparaissent mieux lorsqu'on s'attache à l'étude de régions plus épaisses et plus complexes, thorax et abdomen en particulier. Nous en rechercherons les causes en détail. . Fe