LE MOQUE
Saretzky remarqua à son tour une action sur les vaisseaux différente suivant la taille de ceux-ci. Les capillaires sont oblitérés alors que les gros vaisseaux restent sans modification. Ces altérations seraient, d’après cet auteur, secondaires à l’altération du tissu. conjonctif.
Bergonié, Tribondeau et Récamier avaient,presque en même temps qu'Halberstaedter, étudié l’action des rayons X sur les ovaires. Ils avaient remarqué la diminution énorme de poids que subissait l’ovaire irradié par rapport à l’ovaire sain.
Toutes ces recherches expérimentales avaient été pratiquées sur les ovaires de petits animaux facilement accessibles aux rayons X.
Pouvait-on conclure de ces premiers résultats que les ovaires de grands animaux et de femmes, en raison de leur situation profonde, présenteraient cette même sensibilité aux rayons de Rœntgen.
Roulier ne le pense point et il croyait avoir démontré l'impossibilité d'agir efficacement sur des ovaires de femme en disposant sur un cadavre une pastille de Sabouraud. Cette pastille ne recevait qu’une quantité très insuffisante de rayons.
Des recherches précises furent entreprises par le professeur Reïifferscheid, de Bonn, sur de gros animaux. %es résultats semblent infirmer les conclusions de Roulier.
Ces expériences ont porté sur des souris, sur des guenons, sur des chiennes. Ces deux dernières espèces d'animaux avaient été choisies de grande taille, pour
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que les conditions soient plus semblables à celles des irradiations chez la femme.
Une guenon fut irradiée de telle sorte qu’un seul ovaire était rencontré par les rayons. Sacrifiée six jours après,on note macroscopiquement une diminution de volume de un tiers de l'ovaire irradié. Reifferscheid fait les mêmes constatations que celles faites par les précédents auteurs sur les souris : dégénérescence de lépithélium, folliculaire et des ovules, Une autre guenon est irradiée de même : constatations identiques. :
Une chienne reçoit 6 X 1/2 et est sacrifiée le cinquième jour. L’examen de l'ovaire donne les mêmes résultats. Cette concordance des observations histologiques chez des animaux de taille différente est d’une grande importance et permet déjà de conclure qu'il doit se produire les mêmes phénomènes chez la femme irradiée.
En 1907, Vera Rosen a trouvé dans un ovaire d’une femme irradiée (après 10 séances de dix minutes, ampoule Muller, rayons n° 6 de Wehnelt, 12 ampères au primaire) avant une ovariotomie double, une diminution des follicules primordiaux sans modification de la structure de l’organe. En 1910, Faber examine les ovaires d’une femme ayant été exposée quinze minutes; il signale de nombreux petites hémorragies dans la couche corticale.
Reifferscheid a pu étudier les ovaires de six femmes
-soumises à l’action des rayons X durant des temps variables, avant l'opération. L’examen histologique
dans ces cas montre que tous les follicules primordiaux sont dégénérés. L’épithélium folliculaire était en partie bien conservé, en parlie peu coloré ou complètement dégénéré,.
Des ovules sont flétris ; quelques-uns ont encore un noyau visible, mais plus souvent ce dernier a disparu. Dans les gros follicules, l’épithélium folliculaire présente tous les stades de dégénérescence : pychnose du noyau, cellules à noyau désorganisé, cellules disparues et remplacées par un amas hyalin.
Assez souvent les cellules de la thèque interne sont liquéfiées, le noyau peu ou pas coloré, les limites des cellules peu nettes. Les ovaires les plus fortement irradiés et depuis le plus de temps sont plus modifiés. A côté de ces lésions des follicules, on trouve de petites hémorragies capillaires, surtout dans la zone corticale, parfois entre les cellules du stroma et souvent assez abondantes pour avoir provoqué une petite destruction cellulaire en ces points.
Il n’est pas possible sur ces seules constatations de dire si les altérations vasculaires peuvent être envisagées comme le résultat de l’action directe des rayons X ; mais on est en droit de rapporter à cette action les modifications des follicules : en effet, dans l’atrésie physiologique les modifications ne sont ni si étendues, ni si généralisées à tout l'organe.
Les recherches récentes permettent donc de rapprocher l’action des rayons X sur les glandes génitales de la femme, de celle qu’ils exercent sur les ovaires
des animaux puisqu'elle se traduit dans les deux cas pas la dégénérescence des follicules.
Les modifications profondes que subit l'ovaire sous l'influence des rayons de Rœntgen apportent une explication histologique positive de l’action thérapeutique de la radiothérapie dans la cure des fibromes.
Mais est-ce à cette seule action sur l'ovaire qu’on doive atiribuer tous les heureux effets de la radiothérapie. C'est là une opinion encore soutenue par certains auteurs. D’autres plus nombreux pensent qu’à cetle castration sèche selon l'expression heureuse de Siredey, doivent s'ajouter les effets de l'irradiation directe de la tumeur. Nous passerons en revue les arguments invoqués à l’appui de ces deux hypothèses.
Pour Bergomé, l’irradiation directe du fibrome ne - saurait amener une régression même légère de la tumeur et il invoque la loi de corrélation entre la fragilité Rœntgenie ne des cellules et leur activité reproductrice. |
En effet, dit Borgomé, les rayons X agissent avec d'autant plus d'intensité sur les cellules: 1° que l’activité reproductrice des cellules est plus grande; 2 que leur devenir karyokinétique est plus long; 3 que leur morphologie et leur fonction sont moins définitivement fixées.
Or, les cellules conjonctives et musculaires lisses du fibrome sont des cellules à activité reproductrice très ralentie pouvant sans doute se multiplier, mais
leur devenir karyokinétique est presque nul et leur différenciation plus marquée que celles de cellules des différents tissus de la peau (glandes sébacées, sudoripares, couche de Malpighi qui sont toujours en karyokinèse).' Et il conclut: nous croyons que les tissus du fibrome ne peuvent absorber une dose de rayons suffisante pour qu’il s’en suive une atrophie de la tumeur, sans que les tégaments sousjacents qui sont eux-mêmes plus sensibles ne soient profondément lésés. QUE |
Toutefois Rergonié admet que les rayons de Rœntgen sont capables de déterminer un arrêt dans le développement de la tumeur. ?
Pour lui, les cellules embryonnaires péricapillaires qui vont donner naissance aux cellules musculaires, doivent être assurément assez sensibles. Les irradiations peuvent les détruire, empêcher leur évolution et par là même, enrayer l’évolution du fibrome.
Doit-on se ranger à Fopinion émise par Bergomé ? Sans doute son argumentation semble reposer sur des bases théoriques solides. à
L’expérimentation elle-même, nous dira t-on, vient apporter une sanction pralique à cette hypothèse en nous montrant les heureux résultats de ia castration chirurgicale.
D'autre part, Haret obtenait dans plusieurs cas (obs. XX VI), chez des femmes présentant un utérus fibromateux, une suppression complète des pertes sanglantes, tandis qu’on pouvait noter une diminu-
tion très appréciable du volume de la tumeur, alors
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que les irradiations n'avaient porté que sur les régions ovariennes.
Tous ces arguments ne semblent pas devoir entraîner la conviction que l’action directe des rayons sur la tumeur est illusoire. D'abord, nous pourrons objecter à Bergomé que la radiosensibilité des cellules du fibrome est loin d’être toujours la même. Il est assez légitime de penser que les fibromes à développement rapide et présentant des cellules jeunes en karyokinèse active puissent être heureusement influencées par la radiothérapie.
D'ailleurs, comme le fait très judicieusement
remarquer Béclère, l'observation des malades nous
révèle cette loi très générale : que les éléments cellulaires de tous les néoplasmes sont en général plus sensibles à l’action destructive des rayons de Rœntgen, que les cellules des tissus sains environnants.
Pour ce qui est de la castration chirurgicale, nous
objecterons que l’inconstance des résultats même en
a fait abandonner la méthode et qu’ensuite, dans la plupart des cas heureux, les résultats n'étaient obtenus que dans un délai sensiblement supérieur à celui exigé par la radiothérapie, pour amener la guérison.
Quant aux cas de fibromateuses guéries par la seule irradiation des ovaires on pourra toujours répondre qu'il est difficile, en traitant les ovaires, de ne point atteindre en même temps l'utérus surtout quand ce dernier est volumineux.
Enfin l’observation clinique nous apporte des
mL Der faits qui nous obligent à conclure à une action indé: pendante de l’action sur l'ovaire puisqu’alors que la fonction ovarienne n’est pas encore influencée on constale déjà des modifications importantes de latumeur.
En 1909 au Congrès de Rœntgen Albers Schœnberg signale déjà une diminution nette et rapide du volume de la tumeur dans plusieurs cas,qu'il ne croit pas devoir expliquer par une action exclusive des rayons sur les ovaires, ceux-ci Ctant à peine modifiés.
En France, Bordier a publié des observations singulièrement significatives.Sur plusieurs fibromateuses il a en effet constaté une diminution très notable de la tumeur, alors que les règles persistaient encore. Dans deux cas même où le fibrome avait complètement disparu, il a vu les règles continuer à apparaître tous les vingt-huit jours régulièrement pendant deux ou trois mois.
Réciproquement Bordier cite le cas de femmes dont la ménopause est établie définitivement depuis un ou même deux ans. Ces femmes atteintes de volumineux fibromes ont vu leur tumeur régresser sous l’action de la radiothérapie. Comment interpréter ces faits si l’on n’admet pas une action directe des rayons X sur le tissu fibromateux.
Abel Speth, Beaujard, Lacaille, Jaugeas, Belot partagent cette opinion. ;
Aux arguments d'ordre clinique Faber apporte la confirmation de l'examen histologique d’une tumeur irradiée.
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La région abdominale avait été irradiée trois fois. Puis sur les instances de la malade l'intervention chirurgicale a été pratiquée.On observa dans le tissu myxomaieux en différents points et sur un grand nombre de préparations des nécroses nucléaires,des destructions cellulaires et des petites hémorragies.
. Ces lésions ne sauraient être expliquées que par l’action directe sur la tumeur.
Il semble donc, dans l’état actuel de nos connaissances, qu'il faille admettre un double mode d'action de la radiothérapie, action indirecte sur l'ovaire, action directe sur le myome lui-même.