‹ La Radiotherapie son application aux affections cutaneesChapitre 13 sur 94 · L’AGENT ACTIF EN RADIOTHÉRAPIE · texte numérisé non relu

L’AGENT ACTIF EN RADIOTHÉRAPIE

On a beaucoup discuté et on discute encore sur l’agent actif en radiothérapie. Si le tube de Crookes produisait seulement et directement des rayons X, la question serait facile à résoudre. En réalité, il se passe autour d’une ampoule en activité des phénomènes multiples. Comme il paraissait invraisemblable qu'un agent invisible pùt produire des accidents aussi graves que les radiodermites aiguës, on chercha la cause de ces phénomènes en dehors de lui. Successivement, on attribua aux facteurs les plus divers les modifications qui se produisaient dans les tissus à la suite d’une exposition plus ou moins prolongée à une ampoule en activité.

Il nous parait utile d’élucider cette question en premier lieu. Pour cela nous exposerons les différentes hypothèses qui ont été émises et quelques-unes des expériences qui ont été faites pour les soutenir ou les anéantir.

La détermination d’une telle notion a une importance capitale; tout dépend, en effet, de l'agent actif. S’il faut attribuer aux rayons X eux-mêmes l'action thérapeutique, on devra naturellement se servir d'une ampoule capable de les produire en grande quantité ; si, au contraire, il faut accorder à d’autres agents une action prépondérante, l’instrumentation devra être réglée de façon à les produire de préférence.

l’agent actif en radiothérapie

Léopold Freund, dans son ouvrage sur la radiothérapie, paru en 1903, énumère ainsi les agents qui peuvent être responsables des radiodermites et, par suite, des résultats thérapeutiques ; c’est la liste complète des différents phénomènes qui se passent, ou peuvent se passer, autour d’une ampoule en activité:

Chaleur.

Ozone.

Rayons cathodiques.

Lumière ultra-violette.

Émission de particules matérielles.

Rayons de Rôntgen.

Décharges ou effluves électriques produites par l’ampoule.

Ondes électriques ou électrodynamiques.

Rayonnements de caractère inconnu.

Il suffit de placer un thermomètre dans le voisinage de l’ampoule pour voir que la température y est à peu près la même que dans l’air ambiant. Du reste, les sujets en traitement n’accusent le plus souvent aucune sensation de chaleur, et l’élévation de température qui peut se produire est trop faible pour que ce facteur puisse être incriminé. Enfin, les brûlures produites par un corps en ignition ne ressemblent en rien aux radiodermites, soit comme aspect, soit surtout comme évolution.

Mentionnons l’explication donnée par M. Tesla et rapportée par le docteur Gilchrist, en 1897. M. Tesla admettait que l'action nuisible viendrait, non des rayons X, mais de l’ozone formé sous l'influence de ces derniers ; il agirait avec d’autant plus d’activité que la chaleur et la moiteur de la peau seraient plus prononcées.

Cette hypothèse, dit Freund, n’explique pas les altérations produites sur le dos d'un patient dont la poitrine seule avait été exposée a une ampoule. Elle ne s’accorde pas avec deux propriétés fondamentales des rayons X : leur action cumulative et la période de latence. En outre, ajoute Freund, les tissus sous-

l’agent actif en radiothérapie

épidermiques semblent altérés les premiers, tandis que l'épiderme conserve une apparence normale ; on ne voit pas pourquoi l'ozone léserait les couches profondes en respectant les couches superficielles.

En 1898, MM. Oudin, Barthélemy, Darier, dans un travail sur les accidents cutanés consécutifs à l’emploi des rayons X, rejettent complètement cette explication pour deux raisons :

« La première, c’est que l’un de nous, qui, depuis des années, étudie l’action thérapeutique de l’ozone et a passé de longs mois en contact journalier avec des appareils en produisant de grandes quantités, n’a jamais eu le moindre accident cutané ou autre, comparable à ceux qui se sont produits chez lui, quelques semaines après avoir commencé à s’occuper de rayons X.

« La seconde, c’est que le tube de Crookes ne produit pas d’ozone quand on ne met pas à son contact une capacité reliée à la terre ou à une des électrodes, et ces conditions ne sont jamais remplies dans les conditions ordinaires de l’opération. Nous avons laissé pendant des heures des papiers ozonoscopiques à quelques centimètres d’une ampoule en activité ; ils ne se teintaient pas plus que dans tout autre point de la chambre. La légère proportion d'ozone formé tient aux effluves qui s’échappent des fils conducteurs de la bobine. »

On doit écarter aussi totalement l’hypothèse de Gilchrist, Ames, Foveau de Courmelles (1897), d’après laquelle les radiodermites seraient dues aux rayons cathodiques. On sait, en eflet, qu’ils peuvent traverser une lame extrêmement mince d’aluminium, comme font montré Hertz et Lenard. Mais ils sont arrêtés par le verre, même de faible épaisseur. Les parois de l’ampoule les arrêtent et les transforment en rayons X ; en tout cas, la quantité qui pourrait passer serait trop faible pour produire un effet quelconque.

On a cru aussi à l’influence des rayons ultra- violets. Bowles, Stenbeck, Elliot et d’autres ont soutenu cette opinion.

l’agent actif en radiothérapie

11 est probable, dit Freund, que la lueur phosphorescente provoquée par les rayons cathodiques contient, à un certain degré, des rayons ultra-violets. Quelques faits, démontrant une certaine analogie entre les elîcts des rayons ultra-violets et ceux des rayons de Rôntgen, vinrent à l’appui de cette hypothèse. Plusieurs auteurs ont rapporté de curieux accidents cutanés dus à une insolation. Un des cas les plus curieux est celui relaté par le professeur Lannelongue : « Plusieurs enfants hospitalisés aux Eufants-Malades présentèrent subitement, sur diverses parties du corps, non protégées par les vêtements, des brûlures qui, pour quelques-uns d’entre eux, eurent des conséquences très graves. Ils se trouvaient cependant habituellement à l'ombre, leur lieu de promenade étant une petite cour qui ne recevait le soleil que par le haut. Une enquête démontra que ces accidents étaient dus à la réverbération par le sable du sol. En se servant d’écrans de verre de strontiane, le retour de ces coups de soleil était régulièrement évité. » Ces phénomènes étaient dus aux rayons ultra-violets de la lumière solaire. Il paraissait naturel, en présence d’accidents analogues, consécutifs aux expositions radiographiques, de les attribuer à la même cause.

On avait cependant tort de conclure de l’analogie à l’identité. On devait dire simplement : les rayons X agissent àla façon des rayons ullra-violets, tout en remarquant que révolution des phénomènes était tout à fait différente.

En plus, les rayons ultra- violets prennent naissance dans l’ampoule ; il faut, pour qu’ils puissent agir, qu’ils en sortent. Or, il est démontré que le verre ordinaire absorbe presque totalement ces radiations. Seuls certains verreo, comme le Crown, offrent une perméabilité suffisante. C’est pour ce motif que les lentilles des appareils photothérapiques sont en quartz. Du reste, les corps qui arrêtent les rayons ultra-violets n’arrêtent pas les rayons X. Une observation de Môller est tout à fait probante. Il traitait

BELOT

l’agent actif en radiothérapie

par la radiothérapie une malade atteinte d’un lupus vulgaire situé au visage. La poitrine présentait des signes de réaction, quoique cette partie du corps fût protégée par une camisole rouge et un corsage noir. Môller en conclut que les rayons ultra-violets ne sont pas arrêtés par les vêtements ; il eût été plus logique d’admettre que la réaction était due aux rayons X.

Tesla a incriminé la désagrégation des électrodes. Crookes a admis que, lorsque le courant de la bobine passe dans une ampoule, des particules métalliques peuvent être lancées de la cathode. La coloration que prennent les parois d’une ampoule après un usage prolongé, semblait confirmer cette hypothèse. Mais des contrôles très précis ont prouvé que, même après de longues séances, la diminution de poids des électrodes était insensible. Du reste, c’est la face interne du verre de l’ampoule qui se colore, et il est difficile d’admettre que ces particules métalliques puissent traverser le verre pour pénétrer dans les tissus. En plus, on n’a jamais signalé la présence de ces corpuscules dans la peau ; les recherches histologiques de Gilchrist ont été absolument négatives. Enfin, M. Oudin a étudié ce bombardement moléculaire métallique, dans des conditions où il se produisait avec une grande énergie, et ne lui a jamais trouvé d’action novice, malgré un tatouage métallique très prononcé, que révélait l’examen histologique.

Toutes ces hypothèses n’eurent pas une longue existence, puisque déjà, en 1897-98, Gilchrist rejettait tous ces facteurs, en les déclarant incapables de produire les lésions de la radiodermite grave. Elles sont aujourd'hui totalement abandonnées, et nous ne les avons citées que pour en montrer le peu de valeur.

Mais il en reste deux, de beaucoup les plus importantes : celle des rayons Rôntgen et celle des décharges électriques : les uns attribuent toute l’action thérapeutique aux rayons de Rôntgen, les autres aux décharges électriques.

Depuis 1897 jusqu’en 1902-1903, on a discuté sur cette ques-

l’aoent actif en radiothérapie

tion, et les travaux qu’elle a suscités sont innombrables. Les médecins allemands, viennois et français y ont pris part ; quelques-uns ont émis successivement des hypothèses totalement opposées ; c’est ainsi que Freund admit au début la seule influence des rayons X, puis la nia, et enfin finit dernièrement par dire : « Que l’action thérapeutique était due à la fois aux rayons X et aux décharges électriques. »

On sait, en effet, qu’il existe autour d’une ampoule en activité un champ électrostatique oscillant d’autant plus énergique que celle-ci est plus résistante. Les objets placés dans cette zone (dans un rayon assez court, car ces oscillations s’amortissent vite) doivent nécessairement être influencés. Kord a prouvé qu’il existait également autour d’un tube de Crookes un champ magnétique oscillant alternatif, et d’après d’Arsonvalces champs magnétiques variables pourraient produire des perturbations profondes dans les tissus organiques.

On comprend toute l’importance qu’il peut y avoir au point de vue pratique d'établir si les rayons de Rôntgen eux-mêmes sont actifs ou si ce sont les décharges et ondulations électriques qui partent des tubes durs.

Hawkes en 1896 attribuait déjà les brûlures consécutives aux rayons X aux radiations elles-mêmes. Kümmel, Rieder, Albers- Schônberg, Cowl, Forster, Jutassjq Schiff et Freund (jusqu'en 1898 seulement), M. Rollins, ont soutenu une opinion analogue. Pour eux, les modifications cutanées ne survenaient que si l’ampoule émettait des rayons X. Stràters fit sur ce sujet plusieurs communications.

Oudin, Barthélemy, Darier (au début), puis Foveau de Courmelles, Balthazard, Destot, Scholl, Leonard, Tarchanoff, Bordier et Salvador furent du camp opposé ; enfin Schiff et Freund, en 1899, adoptèrent cette manière de voir.

Pendant longtemps, la seconde hypothèse fut prépondérante ; en France, en 1898, Oudin, Barthélemy, Darier étaient tout àfait

l’agent actif en radiothérapie

enclins à faire jouer le rôle actif au champ magnétique oscillant et au champ électrostatique qui entourent l'ampoule ; on peut même dire que cette façon d’envisager le mécanisme des accidents radiographiques fut presque officiel jusqu’en 1900. A cetteépoque, Kienbock, relatant les opinions, s’exprime ainsi : « On peut dire que de nos jours l’emploi pour la radiothérapie d’ampoules dures, devenues inutilisables pour la radioscopie, est d’une pratique courante (Gocht, Gassmann et Schenkell, Schiff et Freund). Un débutant, qui s’inspirerait des publications actuelles, suivrait nécessairement cette façon d’agir. »

En 1900, Ivienbôck, à la suite d’expériences remarquables, déclara que seuls les rayons X étaient actifs, et que l’influence du courant électrique était nulle. Cette nouvelle souleva une violente polémique. Il est intéressant de suivre un peu les travaux de cet auteur, pour voir comment il a été conduit à faire cette démonstration, et quels arguments il offrait aux partisans de l’hypothèse adverse. Ses expériences furent entreprises à la suite d’une série d’accidents, qu’il est indispensable de rapporter ici en détail :

« J’ai, du milieu de novembre 1899 au mois de mars 1900, traité suivant la méthode usuelle 4 malades, qui souffraient de diverses affections au visage. Je me servais d’une ampoule à vide réglable (de la maison Reiniger, Gebbert et Schall), qui avait amené précédemment, après 37 séances, la chute des poils dans un cas de sycosis. Chaque malade fut traité quotidiennement, et j’avais l’intention de continuer de la sorte jusqu’à l’apparition d’une réaction. Les séances duraient en moyenne 15 minutes, et la distance du miroir de Rôntgen à la peau était de 15 à 25 centimètres. La bobine d’induction donnait Z|5 centimètres d’étincelle et était alimentée par courant urbain continu de 110 volts, avec un interrupteur turbine. Le courant induit produit répondait à une longueur d’étincelle de 30 centimètres au moins. L’ampoule, déjà très résistante au début, produisit

l’agent actif en radiothérapie

sur les sujets, au commencement du traitement, des desquamations très lentes. Devenant de plus en plus dure, elle donnait de moins en moins de rayons ; au contraire, les décharges électriques augmentaient. Le 17 mars, 3 des sujets avaient atteint la 80e séance, et découragés nous allions interrompre le traitement .

« A ce moment une étincelle, passant à travers la paroi de l'ampoule, la creva et la mit ainsi hors d’usage. Je dus, le 18 mars, poursuivre le traitement avec un nouveau tube. Celui-ci était à réglage automatique (Millier) et fournissait un bel éclairage régulier ; les rayons X étaient intenses et riches en contrastes. Il devait être rangé plutôt parmi les tubes mous, et il passait très peu d’électricité autour de lui. Le 18 mars, 1 nouveau patient fut, avec les !i autres, soumis au traitement avec cette nouvelle ampoule.

« A peu près en même temps, du 29 mars au 3 avril, les 5 malades présentèrent de notables phénomènes d’inflammation dans la région exposée aux rayons X ; on dut même, du jour au lendemain, cesser le traitement. La réaction s’accentua pendant les deux semaines qui suivirent ; les malades présentèrent de l’exfoliation, du suintement, des ulcérations, qui, dans la suite, se cicatrisèrent peu à peu. Au lieu du traitement que je croyais avoir encore à poursuivre longtemps, tous les patients traités furent, deux semaines après l’emploi d’un bon tube, subitement atteints d’inflammation grave de la peau.

« Cela démontre avec une précision parfaite que, contrairement à l’opinion répandue, un tube dur, qui émet de fortes décharges électriques et seulement quelques rares rayons X d'un fort pouvoir de pénétration, est presque sans action, tandis qu’un tube mou a une action considérable.

« La vieille méthode, qui consiste à attendre la venue de la réaction pour arrêter le traitement, est donc à la fois défectueuse et dangereuse, puisque, ignorant l’agent véritablement actif, on ne saurait se prémunir contre ses effets. »

l’agent actif en radiothérapie

Cette expérience avait mis Kienbôck sur le chemin de la vérité ; pour lui, les rayons X semblaient être le véritable agent actif à l’exclusion de toute autre force ! 11 entreprit alors une série d’expériences, qui toutes vinrent à l’appui de son hypothèse.

« En avril 1900, dit Kienbôck, j’eus à soigner, pour l’épiler, une jeune fille atteinte de teigne faveuse de toute la tête. J’éclairai le côté droit pendant trois séances avec un tube mou (celui qui m’avait servi précédemment), et pendant trois autres séances le côté gauche avec un tube qui émettait presque autant de rayons X, mais d’un pouvoir de pénétration bien plus grand, parce qu’il était plus résistant . Au bout d’environ deux semaines * tous les poils du côté droit tombèrent, tandis qu’une épilation très imparfaite apparaissait plus tard sur le côté gauche.

« Exposant le flanc droit d’un lapin à un tube très dur, qui ne produisait presque pas de rayons X, mais par contre donnait de bruyantes décharges électriques, je fis agir sur le flanc gauche, pendant le même temps, un très bon tube assez mou. Le résultat répondit à mon attente, le tube dur n’amena aucune espèce d’alopécie ; le tube mou produisit une dermatite avec alopécie étendue et complète.

« J’ai exposé le bras d’une personne à un tube mou, pendant une heure. Une plaque de plomb percée d’un orifice circulaire a été interposée entre l’ampoule et la peau, à une certaine distance de cette dernière. Au bout de plusieurs semaines, se produisit une dermatite limitée à la surface cutanée correspondant au trou ménagé dans le plomb.

« Si, remplaçant la lame de plomb par une petite plaque quadrangulaire de 2 centimètres de côté, on fait une exposition sur l’autre bras, la dermatite se produit sur une grande surface, sauf à l’endroit recouvert par la lame de plomb. Ces lésions, limitées aux régions atteintes par les rayons X, en démontrent bien la puissance.

« Si enfin on place, au-dessus de la peau, un tube disposé de

l’agent actif en radiothérapie

telle sorte que le plan du miroir antieatliodique soit perpendiculaire à la surface du derme, la dermatite ne se produit que dans la partie éclairée par l’hémisphère lumineux ; derrière le miroir, le tube est obscur et la place répondant à cette région est indemne; les deux régions sont séparées par une ligne très nette, répondant à l’intersection du miroir avec la peau. Les décharges électriques ne s’arrêtent cependant pas à cette ligne, mais se répandent également sur toute la surface de la peau, tandis que la dermatite ne se produit que dans la partie éclairée par les rayons X. »

Ces expériences sont démonstratives ; elles ne laissent pas grande place au doute et semblent élucider complètement la question. Le champ électro-statique est constitué, autour du tube comme centre, par des oscillations concentriques se propageant dans tous les sens ; si la dermatite était produite par ces oscillations électriques, elle ne serait pas limitée, comme dans 'es expériences précédentes. Il faudrait admettre l’existence de décharges directes se propageant en droite ligne, comme le feraient les effluves d'une machine statique, pour venir perpendiculairement, partant de l’ampoule, frapper les points de la peau les plus rapprochés d’elle. Mais ces décharges seraient visibles, et en tout cas elles ne pourraient, pas plus que les oscillations électriques, traverser un écran métallique relié à la terre.

On pourrait enfin penser à l'existence d’autres rayons, toujours liés aux rayons X, de sorte que, partant d’un même point, ils aient toujours la même intensité qu’eux. Cette hypothèse est trop compliquée et demande la dissociation complète des radiations 'multiples émises par l’ampoule..., ce qui n’est pas encore fait.

Aussi, Kienbück approuve-t-il totalement la conclusion de Strater : « Les ampoules molles sont actives, les ampoules dures ne le sont que très peu. »

A la fin de son travail, Ivienbock résume et combat les argu-

l’agent actif en radiothérapie

ments émis par les partisans des décharges électriques, et en particulier par SchifF et Freund. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ces pages intéressantes.

« Les partisans des décharges électriques comme agent radiothérapique appuient leur hypothèse sur les arguments suivants : « a) En interposant entre l’ampoule et la peau une mince plaque d'aluminium ou de papier d’argent réunies au sol, on évite les accidents. Les décharges sont ainsi captées et conduites à la terre; seuls les rayons X arrivent à la peau. L’expérience démontre l’exactitude de cette assertion.

« Cette observation est imparfaite, car, si l’on emploie une ampoule émettant des rayons puissants, les accidents se produisent. Du reste, Cowl a fait savoir, qu’ayant exposé un de ses yeux pendant un quart d’heure à l’action de la lumière Rôntgen, il eut, malgré l'interposition d’une mince plaque d’aluminium arrêtant les décharges électriques, une violente inflammation des paupières, dont la durée fut d’une semaine.

« b) En employant, pour produire le courant d’alimentation de l’ampoule, des machines à influence, il ne survient pas d’inflammation ; celle-ci n’apparait qu’avec les bobines de grande capacité. Dans ce dernier cas seulement, la tension électrique est assez forte pour déterminer les accidents.

« On peut répondre que c’est seulement en employant une tension électrique considérable que l’on peut avoir des rayons en quantité suffisante et suffisamment actifs.

« c) Le rapprochement de l’ampoule à la peau produit des accidents, parce que dans ce cas les décharges électriques peuvent facilement passer. Mais on peut dire que, plus l’ampoule est près de la peau, plus celle-ci reçoit de rayons X, car ceux-ci suivent la loi du carré de la distance, comme toutes les vibrations de l’éther.

d) Enfin les accidents et les brûlures seraient surtout consécutifs à l’emploi de tubes durs.

l’agent actif en radiothérapie

« Il faut considérer que les faits invoqués sont ceux où, à la suite d’opérations radiographiques, des dermatites se sont produites. En général, il s’agissait de régions d’une certaine épaisseur pour lesquelles on se servait d’ampoules dures donnant des rayons pénétrants.

« Dans ces conditions, la première épreuve ne fournissait pas une bonne image, par suite du pouvoir trop pénétrant des rayons ; alors on en faisait une deuxième, puis une troisième en rapprochant l’ampoule. On augmentait le temps déposé et l’intensité du courant pour arriver à un meilleur résultat. Or nous savons qu’en agissant ainsi, on modifie la qualité de l’ampoule ; elle s’échauffe et peut devenir plus molle. C’est donc à cette modification du tube qu’il faut attribuer les accidents, c’est-à-dire aux rayons qu’il émet et non aux décharges électriques. Du reste, si de prime abord les ampoules avaient émis des rayons X de qualité voulue, il aurait été inutile d’augmenter le temps de pose et de modifier l’intensité du courant. »

Freund, qui, à cette époque, soutenait l’action exclusive des décharges électriques, fit des expériences qui auraient pu, de prime abord, paraître concluantes.

Ainsi, il montra un cobaye qui avait reçu sur le flanc des décharges électriques négatives pendant 8 séances. A la suite, il présentait, sur le côté traité, une petite plaque alopécique circonscrite, avec peau normale.

Mais Kienbôck, qui vit l’animal, répondit de la façon suivante : « L’essai n’ayant été entrepris que 15 jours auparavant, il serait étonnant de voir apparaître aussi vite une telle réaction. De plus, la limite exacte de l'alopécie, l’absence de dermatite cutanée font surgir l’hypothèse d’une erreur d’expérimentation. Il est probable qu’en cherchant à voir, après chaque séance, si les poils commençaient à tomber, on a fini par les arracher sans développer un grand effort et sans que l’animal cherchât à se défendre.

l’agent actif en radiothérapie

Ne connaissant pas le travail de Kienbôck, Oudin, en France, fit à la même époque d'intéressantes études sur la nature de l’agent actif. Au début, il avait attribué aux décharges électriques la plus grande part d’activité; mais frappé par l'action nocive des tubes peu résistants, il fit des expériences, qui l’amenèrent à cette conviction : « Que l’électricité n’est pour rien dans les dermatites de Rontgen. »

Il interposa entre la peau et l’ampoule des écrans de substances isolantes, celluloïd, ébonite et constata que les réactions n’étaient pas diminuées. Or ces corps sont transparents aux rayons X et cependant mauvais conducteurs. On pourrait, il est vrai, au point de vue électrique, leur reprocher de ne rien arrêter, parce qu’ils agissent comme condensateurs. Cependant un écran de verre formant lui aussi un condensateur, mais plus opaque aux rayons X, diminue notablement l’intensité de l’érythème consécutif.

Enfin une expérience démonstrative permit d’affirmer que la lésion est absolument proportionnelle à la transparence aux rayons X du métal interposé. Nous la citerons entièrement :

« Nous avons fait river l’une à l’autre par un de leurs bords deux feuilles de métal de 8 centimètres carrés chacune, l’une en aluminium, l’autre en plomb, de même épaisseur. Ces deux lames de métal formaient, au point de vue électrique, un écran parfait et continu ; et il ne viendra à l’idée de personne que, dans ces conditions, l’électricité puisse se comporter différemment pour une de ses moitiés que pour l’autre. Ceci d’ailleurs nous l’avons vérifié en plaçant derrière elles un électroscope à feuilles d’or ou un électromètre capillaire de Lippmann, instrument dont on connaît l’exquise sensibilité, et en les criblant avec l’effluve statique d’une puissante machine ou d’un résonnateur de haute fréquence ; en plaçant tout contre leur face opposée à l’élecjromètre un tube de Rontgen en action, jamais nous n’avons observé la moindre oscillation de la colonne de mercure ou des

l’agent actif en radiothérapie

feuilles d’or, à condition que l’écran métallique soit relié à la terre. Si, après s'être ainsi assuré de l’impénétrabilité absolue de cette surface métallique pour l'électricité, on l’interpose entre le flanc d’un lapin et une bonne ampoule de Crookes, laissée en marche pendant une demi-heure à 15 centimètres de la peau, 15 jours après apparaît l'épilation , puis une dermatite violente qui siège exactement au-dessous de la moitié de l’écran en aluminium, le plomb ayant complètement préservé les régions sous-jacentes de toute espèce de lésion. Celle-ci s’était même étendue assez loin au delà des limites de l'écran. Quand, 15 autres jours après, la lésion a été complète, tout le flanc de l’animal était violemment enflammé, rouge suintant, sauf une surface carrée, absolument régulière, ayant 8 centimètres et demi de côté, répondant exactement à la projection de la plaque de plomb et ne présentant pas trace d’altération cutanée. »

A la suite de ces faits, la plupart des partisans de l’hypothèse des décharges électriques, abandonnèrent leur opinion et passèrent dans le camp opposé. Quelques-uns ne voulurent pas officiellement se rendre à l'évidence. Schiff et Freund eux-mêmes furent influencés par ces démonstrations.

Aussi, dans le rapport qu’il fit en 1 901 au Congrès de dermatologie de Vienne, Schiff émet l'opinion que ce sont plutôt les tubes mous qui doivent être plus actifs; que, par contre, dans les essais thérapeutiques, des résultats aussi bons peuvent être obtenus avec des tubes durs. De plus, avec ces derniers, le dosage est plus facile, et les accidents consécutifs peuvent être évités.

De même, Freund admit que les rayons de Rontgen n’étaient pas tout à fait inactifs en radiothérapie, quoiqu'ils ne puissent produire les effets cutanés qu’avec d’autres facteurs, comme les décharges et ondes électriques. En résumé, pour lui, l’agent le plus actif reste néanmoins l’électricité.

Scholtz reprit l'étude de cette importante question, encore discutée malgré les travaux de Ivienbôck et de Oudin. Dans son

l’agent actif en radiothérapie

oirvrage paru en 1902, il énumère les diverses expériences qu’il fit pour élucider la question. Nous en résumerons quelques-unes et citerons en détail ses conclusions. Cette étude est, en effet, la dernière qui ait été faite sur ce sujet; elle prouve, de façon irréfutable, l’action exclusive des rayons X.

Les premières expériences de Sclioltz portèrent sur des lapins et des cobayes, mais, dans la suite, il se servit de jeunes porcs, parce que leur peau est celle qui ressemble le plus à la peau humaine. En plus, les modifications produites par les rayons de Rôntgen : l’alopécie, les ulcérations, etc., sont analogues à celles produites chez l’homme, non seulement par leur forme et leur évolution, mais encore par la durée de la période de latence.

Scholtz établit d’abord la différence qui existe entre les effets de l’ampoule dure et ceux de l’ampoule molle :

« Un jeune porc est pris comme sujet. On irradie ses deux flancs (sur une étendue d’environ 5 marks) ; à droite on se sert d’un tube mou, à gauche d’un tube dur. En tout, on fait 17 applications à 15 centimètres de distance, du 9 au 27 février 1901. Les conditions d’alimentation des ampoules, les dimensions et la nature de celles-ci sont identiques ; seul le degré de vide varie.

« Le 27 février, il se produit à droite, une chute considérable des poils ; à gauche, aucune modification n’apparait.

« Le 3 mars, à droite, tous les poils sont tombés, l’épithélium est soulevé par des phlyctènes, la région est squameuse et suintante ; à gauche, une légère alopécie commence à se laisser entrevoir.

« Le 9 mars, à droite, la peau est très nécrosée, elle présente une membrane diphtéroïde ; les tissus sous-jacents sont fortement infiltrés ; la ligne de démarcation avec la peau voisine, qui avait été protégée par un écran métallique, est très nette ; à gauche, presque tous les poils sont tombés, la peau prend un aspect légèrement atrophique.

l’agent actif en radiothérapie

« Dans les deux semaines suivantes, on put voir sur le côté droit une nécrose et une gangrène profonde. Les masses musculaires furent atteintes et la cicatrisation mit plusieurs mois à se faire ; à gauche, la région irradiée devint alopécique, sans qu’on vit jamais trace de nécrose. »

Une autre expérience rappelle celle de Kienbock. Scholtz plaça le tube de Crookes de telle sorte que le miroir anticathodique fût perpendiculaire à la surface qui reçoit les rayons. 11 marqua sur la peau avec du nitrate d’argent la limite entre la région irradiée et celle qui, étant située derrière le plan du miroir anticathodique, n’était pas éclairée. Les réactions n’apparurent que sur le coté qui était frappé par les rayons X.

« Quoique ces expériences, dit Scholtz, aient donné les mômes résultats que celles de Kienbock, et montrent que les réactions cutanées consécutives à l’emploi des rayons X doivent être attribuées aux rayons X eux-mêmes, j’ai entrepris encore quelques essais d’une autre nature pour éloigner toute espèce de doute.

« Sur le dos d’un jeune porc, on choisit une surface circulaire grande comme une assiette. Elle est divisée en cinq segments :

« Le premier segment est recouvert par une mince feuille de plomb d’un quart de millimètre d’épaisseur ; le deuxième, par une lame de verre d’un demi-centimètre d'épaisseur ; le troisième, par un morceau d’aluminium ayant exactement un demimillimètre de section; le quatrième, par une triple couche de papier noir, et le dernier est laissé à découvert.

« d oute la région reçoit des rayons X, à une distance de 0 m. 20 pendant trois quarts d’heure.

« Au bout de 10 jours, sur le cinquième segment (nu), ainsi que sur le quatrième (papier noir), les poils commencent à tomber, tandis que la peau des autres régions ne montre aucune espèce de modification.

« Après trois semaines, la peau des quatrième et cinquième

l’agent actif en radiothérapie

segments se nécrose superficiellement. Dans le troisième segment (aluminium) les poils sont moins nombreux, et on s’aperçoit qu’ils sont peu solides ; sur les deux autres, aucune réaction n’est apparue.

« Cette expérience fut répétée plusieurs fois avec des résultats analogues. Sur deux hommes atteints de favus et soumis aux rayons X pour l’épilation, les phénomènes furent les mêmes ; on avait remplacé le papier noir par de l'emplâtre mercuriel. Les rayons de Rôntgen employés étaient assez pénétrants pour produire l’alopécie sous la région préservée par une mince lame d’aluminium. On constata que l’emplâtre mercuriel laissait passer moins de rayons actifs que l’aluminium ; ce qui, du reste, correspond exactement à l’intensité de l’ombre projetée sur l’écran par ces deux corps. »

Enfin Scholtz pose les conclusions suivantes, que nous reproduisons en entier ; elles mettent au point presque toutes les questions importantes de ce chapitre :

« Plus la quantité de rayons X émis par l’ampoule est grande, plus l’effet sur la peau est intense. Par conséquent, il est préférable, en général, d’employer des tubes mous en radiothérapie.

« En modifiant l’intensité du courant, la distance du tube à l’objet et la durée de l’exposition, on peut faire varier à volonté l’effet produit.

« Plus une substance arrête les rayons Rôntgen, plus elle arrête aussi les rayons actifs qui arrivent à la peau. Le papier noir ne donne aucune espèce d’ombre sur l’écran fluorescent ou la plaque photographique ; il laisse donc passer intégralement les rayons et ne préserve pas la peau de la radiodermite.

« Une lame d’aluminium et, dans une mesure un peu plus forte, un emplâtre mercuriel donnent sur l’écran une ombre faible et grise ; ils empêchent, à un degré correspondant, l’action nocive des rayons sur la peau.

l’agent actif en radiothérapie

« Les minces feuilles de plomb, les lames de verres épaisses 11e se laissent presque pas traverser par les rayons X ; elles protègent, par conséquent, presque complètement la peau contre leur influence. Il faut faire remarquer que des corps, qui, comme l’aluminium, produisent sur l’écran une ombre très faible, arrêtent cependant une partie considérable des rayons actifs.

« Gela prouve que ce sont précisément les rayons les moins pénétrants qui sont les plus actifs.

« En tout cas, toutes ces expériences montrent nettement que les râpons Rôntgen eux-mêmes constituent l'agent actif en radiothérapie. »

Les observations cliniques sont, du reste, en parfaite concordance avec ces conclusions. Les médecins qui utilisent des tubes durs doivent, pour obtenir un résultat, faire un nombre considérable de séances, relativement longues. Ainsi Sehiff et Freund font, pour arriver à l’épilation, 10, 15, *20 expositions de 10 à 30 minutes de durée ; avec un tube mou. au contraire, il sullit d’une séance peu prolongée.

Les partisans les plus acharnés de l'opinion adverse furent obligés de se rendre à l'évidence. Aussi aujourd'hui est-il rare de rencontrer un expérimentateur sérieux attribuant les effets de la radiothérapie à un autre agent qu’aux rayons X.

Enfin, s’il restait encore un doute dans l’esprit, les accidents produits par les substances radio-actives suffiraient à le dissiper. M. Becquerel, M. et Mme Curie, ayant placé sur eux des substances radio-actives énergiques, virent apparaître sur les régions sous-jacentes des lésions analogues à celles produites par les ampoules. Elles se montrèrent également au bout d'un certain temps.

M. Oudin a vu les actino-dermites de M. et Mme Curie, de Becquerel et en a constaté l’analogie absolue avec les radiodermites. Des expériences analogues furent faites par Walkhoff, Giesel, etc.

l’agent actif en radiothérapie

Or, dans ce cas, on peut difficilement faire intervenir l'électricité. Ce sont des rayons X ou des radiations très voisines, émises spontanément par ces substances, qui peuvent seules être incriminées. Du reste, dit M. Oudin, en admettant même l’hypothèse qu’il s’agit ici de projection de corpuscules arrachés à l’atome et véhiculant des charges négatives, si énormes que soient ces charges relativement à la masse des corpuscules, elles peuvent être considérées comme nulles, quand on les compare aux oscillations produites autour d'un tube de Crookes.

Depuis que nous faisons de la radiothérapie, nous avons eu l'occasion de refaire quelques-unes des expériences précédentes, et nos résultats ont été absolument les mêmes que ceux de Kienbôck, Oudin et Scholtz.

Aussi dirons-nous, en terminant ce chapitre : « Les rayons de Rônlgen eux-mêmes constituent l'agent actif en radiothérapie , à l' exclusion des décharges électriques et autres phénomènes physiques qui se passent autour d'une ampoule en activité. »

Page 1