ACTION DES RAYONS X SUR LA PEAU
Quelquefois, nos malades se plaignent bien de lourdeur de tête et d’étourdissement, lorsque la séance est finie, mais nous croyons qu’il faut attribuer ces phénomènes à la position déclive que nous leur faisons prendre. Nous les couchons en effet sur un lit, la tête ordinairement très basse, dans une salle chaude, où se fait entendre le bruit fatigant de l’interrupteur mécanique... ensemble de faits qui suffisent amplement à expliquer ces malaises passagers, sans avoir besoin de faire appel aux radiations elles-mêmes.
Les modifications objectives subies par les tissus exposés aux rayons X ont été étudiées par différents auteurs, particulièrement par Oudin et Kienbôck ; nous leur ferons de larges emprunts.
Stade de latence. — Lin premier point est de déterminer à quel moment commence à apparaître la réaction. Autrement dit, existe-t-il un stade de latence entre l’exposition aux rayons X et l’apparition de la radiodermite consécutive.
Pour M. Oudin, la réaction commencerait 24 à 36 heures après l’application, par l’apparition d’un erythème léger à marche progressive. Scholtz et Kienbôck croient que la durée de la période de latence est plus longue.
« Dans la règle, dit Kienbôck, l’irradiation est suivie d’une latence complète de longue durée ; le plus souvent, c’est après
10 à 12 jours que commence soit la chute des poils, soit l’éry— thème, même dans le cas d’une absorption considérable. »
Scholtz fit des expériences sur le porc, pour déterminer combien de jours après l’application commencent à apparaître les phénomènes de réaction.
Il conclut ainsi : « Le temps nécessaire pour l’apparition des premières modifications macroscopiques est un peu plus long pour une irradiation de faible intensité que pour une de grande intensité ; mais, même dans les rayonnements les plus intenses,
11 faut attendre 7 à 8 jours. De plus, les phénomènes n’atteignent leur maximum que quelques semaines plus tard. »
Le soir même, ou le lendemain d’une séance radiothérapique, il survient parfois un érythème plus ou moins intense sur la partie éclairée. Ce fait a été cité par beaucoup d'auteurs, et nous avons eu, nous-mème, l’occasion de le constater souvent. Pour quelques-uns, c’est le début de la réaction. Nous avons cité les conclusions de Scholtz et de Kienbôek ; elles sont tout à fait opposées à cette opinion. A quoi faut-il attribuer ce. phénomène ?
11 faut d’abord remarquer que, le plus souvent, cet érythème évolue de la façon suivante : 11 apparaît le soir même de l’application, parfois le lendemain, et acquiert en quelques heures son maximum, pour décroître progressivement et n’ètre presque plus visible !\ à 5 jours après son apparition. Il peut s’accompagner de démangeaisons légères. Au moment où il disparait ou va disparaître, commence à se la sser entrevoir le véritable érythème réactionnel. En effet, les 5 à 6 jours de latence habituelle, même après des irradiations intenses, se sont écoulés. On confond alors la fin de l’érythème avec le commencement de la réaction, et on dit : « La réaction a débuté immédiatement après le traitement et se continue progressivement. » Si l’on interroge avec soin les malades traités, on arrive à leur faire raconter la marche de ces phénomènes, et on est bien obligé d’admettre deux phénomènes distincts. Du reste, dans un certain nombre de cas, l'érythème primitif disparait totalement et c’est seulement quelques jours plus tard que la réaction véritable commence à se montrer. Cette rougeur locale ne constitue donc pas le début de la réaction. Kienbôek, à Vienne, Béclère, en France, sont de cet avis.
Enfin, lorsquel’on emploie certaines ampoules allemandes, dont l’anticathode est refroidie et de ce fait ne rougit pas ou rougit fort peu, on n'observe ordinairement pas d’érythème consécutif. C’est un fait constaté par plusieurs expérimentateurs. Il est probable qu’il faut attribuer cette pseudo-réaction aux rayons lumi-
RADIODERMITES
neux qu’émet l’anticathode, portée à l’incandescence ; ce serait un érythème analogue «à celui que produit sur la peau un coup de soleil, ou un éclairage artificiel intense. Peut-être s’y joint-il une légère action calorifique.
Ce n’est donc que quelques jours après l’exposition aux rayons X qu’apparait la réaction. Cette latence varie suivant la quantité de rayons absorbée, la sensibilité spéciale de l’individu et la région atteinte.
Si l’irradiation a été légère, l’érythème ou l’alopécie apparaîtra huit, dix, douze jours plus tard ; si la quantité absorbée a été plus considérable, la période de latence pourra ne durer que cinq ou six jours.
RADIODERMITES
On distingue généralement deux sortes de radiodermites, l’une aiguë et l’autre chronique. C’est ainsi que les ont classées Kienbôck et Oudin. « Ces termes, dit ce dernier, sont absolument faux, s’ils entendent signifier, comme c’est l’habitude en clinique, la marche de l’affection et sa durée ; c’est aux causes des radiodermites et non à leur évolution que doivent s’appliquer ces dénominations. »
Cette division utile pour la description peut induire en erreur les médecins qui débutent dans la méthode. Il n’y a pas deux espèces de réaction; ce qui varie, c’est l’intensité des phénomènes et la forme spéciale qu’ils affectent suivant les régions atteintes. Il est évident que la radiodermite consécutive à un traitement intempestif ne pourra se comparer à celle occasionnée par une irradiation modérée. Le médecin qui fait des examens radioscopiques présente sur les doigts des réactions légères, qui ne ressemblent en rien à l’eschare, car il absorbe chaque jour, à dose faible, ce qu’un autre prend en une seule fois à dose massive. La progression ne sera plus la même, il manquera des
phases dans l’évolution ; la réaction s’arrêtera à un certain degré ou atteindra d’emblée tel ou tel stade ; mais au fond ce seront toujours des manifestations identiques, dont la différence objective relèvera de la sensibilité de région et surtout de l’intensité de l’irradiation.
Néanmoins, pour la facilité de l'étude, nous distinguerons deux sortes de radiodermite : l’une propre au malade, à l’opéré ; l’autre plus spéciale (comme forme) à l’opérateur.
Radiodermite des opérés. — Dans la radiodermite des opérés, autrement dit parmi les réactions de la peau, consécutives à un traitement par les rayons X, il nous faut établir plusieurs degrés. Il ne faut pas croire que ces formes soient absolues ; elles peuvent varier totalement d’un individu à l’autre, suivant differents facteurs ; bien plus, la réaction peut sauter un des premiers stades, s’arrêter à une phase quelconque, ou passer successivement par différentes formes, pour aboutir à l’ulcération ou à l’eschare. 11 ne faut donc voir, dans la description qui va suivre, qu’une indication générale sur les réactions qui peuvent se produire et ne pas croire que les phénomènes évoluent dans l’ordre indiqué.
Alopécie. — Un premier effet des rayons X qui se montre parfois, en dehors de toute autre réaction, est la chute des cheveux et des poils. Cette alopécie, sans érythème bien marqué, est surtout spéciale au cuir chevelu : c’est 1*2 à 15 jours après une irradiation moyenne que les cheveux commencent à tomber, puis peu à peu une alopécie complète s’établit.
Selon certains auteurs, un léger érythème précéderait toujours la chute des cheveux ; mais sa localisation en rend la constatation difficile et c’est dans ce fait qu’il faut chercher la cause de la divergence des opinions.
Pendant quelque temps, la peau reste lisse et glabre, presque sans apparition d’autres phénomènes ; parfois survient un peu d’hyperpigmentation. Au bout de quelques semaines, la peau