ACTION DES RAYONS X SUR LES BACTÉRIES
riences précédentes. Le jour suivant et 8 jours plus tard, on prélève, au centre et à la périphérie, avec une aiguille en platine, une petite partie de la culture avec laquelle on ensemence de nouvelles plaques. Là encore, on ne constate aucune action bactéricide des rayons de Rontgen.
De petits morceaux de buvard stérilisés sont mouillés et ensemencés avec une culture fraîche de staphylocoque pyogène, puis légèrement séchés. Il sont irradiés les uns une heure, les autres deux : quelques-uns restent comme témoins et ne sont pas soumis à l’action des rayons.
Les bacilles se comportèrent partout de la même façon.
Freund, Giesel, Walkhoff, expérimentant sur le pouvoir bactéricide des substances radio-actives, n’ont obtenu aucun résultat : les cultures se développaient comme si elles n’avaient été soumises à aucune influence. Il faut croire que ces auteurs avaient à leur disposition des corps radio-actifs de puissance trop minime, car des expériences ultérieures semblent établir Faction bactéricide de ces substances, dans certaines conditions.
Comment expliquer cette divergence d’opinions ? On doit écarter toute erreur d'interprétation. Des observateurs, comme Rieder et Scholtz, ne se sont certainement pas trompés. C’est plutôt dans la quantité de rayons absorbée par les bactéries qu’il faut chercher la cause de cette divergence. Les uns exposaient les cultures pendant longtemps à une irradiation très intense ; dans ce cas, les bactéries étaient atteintes. Les autres les soumettaient à une action moins énergique et leur vitalité n’était pas sensiblement touchée. En effet Rieder a fait des expositions très prolongées avec un tube puissant, et les résultats qu’il a obtenus ne peuvent être comparés avec ceux obtenus par d’autres expérimentateurs placés dans des conditions différentes. Ici, comme ailleurs, les mesures exactes ont manqué ; on ne sait même pas, le plus souvent, si les rayons utilisés étaient très pénétrants ou peu pénétrants, et c’est là encore une des causes
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de la divergence des auteurs. On a eu le tort de généraliser les résultats particuliers que l’on avait obtenus, sans indiquer en même temps la technique employée. Il n’était pas légitime de conclure par oui ou par non. On aurait dù dire simplement : Dans telles conditions de technique, les rayons X sont bactéricides, dans telles autres ils ne le sont pas ; il fallait savoir avant tout à quelle dose on employait le médicament. Il est en effet certain que les rayons X occasionnent la mort des cultures, mais il faut, pour atteindre ce but, dépasser de beaucoup la dose thérapeutique maxima. C’est l’opinion de Ivienbôck, qui dit que, dans les conditions habituelles, il ne faut pas attribuer aux rayons X un effet microbicide. Scholtz admet comme exactes les expériences de Rieder, mais ce qu’il a voulu démontrer, c’est qu’en pratique, dans les applications thérapeutiques, il ne faut pas faire intervenir l’action microbicide des rayons X. Le tube qu’il employait était actif, et l’éclairage que subirent les cultures était 15 à 20 fois supérieur comme quantité à la dose thérapeutique ; la qualité des rayons restant la même.
Ces expériences prouvent qu’en pratique il ne faut pas compter pur une destruction directe des bacilles ; car la quantité nécessaire à cette opération produirait sur les tissus des lésions irréparables. C’est, du reste, là le seul point intéressant ! La chaleur, la lumière et bien d'autres agents physiques peuvent, dans certaines conditions, détruire les microbes ; mais ce qu’il importe de savoir, c’est s’ils peuvent le faire sans altérer en même temps l’organisme.
Du reste, rien ne prouve que les bactéries se comportent de la même façon vis-à-vis des rayons de Rôntgen, suivant qu’elles sont isolées en culture, ou disséminées dans les foyers morbides. Il est légitime de penser que les rayons X ont une action différente sur les plaques d’agar et sur un foyer tuberculeux ou trichophytique, par exemple.
Muhsam, Kratzensteim, Lortet et Genoud, Fiorentini et Lu-
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raschi, Rieder ont prétendu que la réaction locale de la tuberculose expérimentale était un peu diminuée par les rayons X, sans que du reste la tuberculisation générale en soit influencée.
Scholtz a élucidé cette question par une série d’expériences intéressantes, dont nous relaterons la principale.
Il introduit sous la peau de l’abdomen d’un cobaye, à droite et à gauche, un fil imprégné de bacilles de Koch (méthode de Scheffer). Le côté gauche est exposé pendant les dix jours suivants aux rayons de Rôntgen ; chaque séance dure dix minutes. L’autre côté n'est pas irradié. Trois semaines environ après la dernière séance, les poils commencent à tomber à gauche, la peau se soulève, sans qu’il se produise d’ulcération profonde. Quant aux endroits inoculés, ils présentent le même aspect. D’abord, il se forme autour des fils une infiltration de la grandeur d’une plume d’oie, qui est suivie de l’apparition d’abcès sous-cutanés. L’abcès du côté gauche est moins volumineux. Celui de droite finit par s’ouvrir à l'extérieur, pendant que celui de gauche parait se résorber lentement.
Les ganglions inguinaux sont augmentés des deux côtés et atteignent la grosseur d’un pois.
Six semaines après l’inoculation, l’animal est ‘sacrifié. On trouve de la tuberculose de la rate et, des deux côtés, des ganglions inguinaux caséifiés, dans lesquels le microscope décèle quelques bacilles de Koch. Les modifications, au niveau des endroits inoculés, sont identiques, au double point de vue macroscopique et microscopique. Tout au plus, la réaction inflammatoire est-elle moins forte sur le côté exposé aux rayons X. On ne peut du reste trouver de bacilles ni à droite ni à gauche.
Et Scholtz conclut : « Je n’ai pu observer, dans les conditions thérapeutiques, aucune influence appréciable sur la tuberculose expérimentale sous-cutanée. »
M. Sabouraud a pris des cheveux teigneux épilés par la radiothérapie et les a cultivés ; nous avons eu l'occas’on de voir
les cultures ; elles avaient poussé aussi bien que si les cheveux malades avaient été arrachés avec une pince.
De même A. -G. Ellis, dans V American Journal de janvier 1903 , n’attribue presque aucun effet parasiticide aux rayons X et dit. qu’il ne faut pas chercher dans cette propriété la cause des gué risons.
On sait que dans le lupus, par exemple, les rayons X peuvent conduire à la guérison, et probablement déterminer la disparition des bacilles. Mais il faut distinguer entre l’action • primitive et l’elîet secondaire. Ce n’est pas directement que les rayons X détruisent les bacilles ; mais ceux-ci disparaissent secondairement par suite de l'inflammation de réaction. Les processus de dégénérescence, qui apparaissent dans les noyaux lupiques eux-mêmes, déterminent une inflammation, qui se concentre précisément au niveau des points malades et peut avoir comme conséquence la mort des colonies microbiennes.
On peut donc dire avec Holzknecht : « La propriété bactéricide des rayons X n’est pas la cause de la guérison des processus infectieux, parce que la dose bactéricide est bien plus élevée que la dose curative . »