CHAPITRE VIII
INDICATIONS DE LA RADIOTHÉRAPIE
Si l’on parcourt la liste des affections traitées parles rayons X depuis 1896, époque à laquelle Freund a commencé à appliquer cette méthode, on constate que cette liste comprend presque toutes les dermatoses et un grand nombre d’autres lésions. Il s’est passé, comme ditM. Leredde, au sujet de la radiothérapie, ce qui s’est régulièrement reproduit jusqu’ici chaque fois qu’un nouvel agent physique a été expérimenté : une nouvelle méthode a-t-elle donné des résultats heureux dans tel cas donné, on s’empresse d’oublier le point de départ, et cette méthode, qui peut être excellente pour telle ou telle affection déterminée, on va l’appliquer au hasard à toutes les affections possibles.
Les rayons X, par leur action superfîcieile et par leur pouvoir spécial de pénétration, semblaient doublement indiqués en thérapeutique.
En effet, non seulement on possédait un agent puissant pour les affections de la peau, mais encore on pouvait espérer obtenir des effets plus profonds sur des lésions inaccessibles aux autres agents thérapeutiques. C’est là qu’il faut chercher la cause des nombreux essais faits sur la tuberculose pulmonaire.
Peu à peu, toutes les lésions qui résistaient à la thérapeutique furent soumises empiriquement à la radiothérapie, pour voir ce que produirait cette énergie nouvelle. Certaines affec-
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lions furent améliorées, d’autres restèrent stationnaires, quelques-unes même s’aggravèrent. Bientôt, des résultats furent publiés; mais comme on ne connaissait pas les instruments de mesure, il était impossible de se rendre compte exactement de la technique employée. Aussi eut-on beaucoup de difficultés à se mettre dans les mêmes conditions : ce fait explique les résultats contradictoires qu’obtiennent certains auteurs.
Si l’on connaissait à fond le mécanisme de l’action des rayons X, il serait peut-être possible de fixer, théoriquement, les affections morbides dans lesquelles ils sont susceptibles de donner des résultats favorables. Malheureusement, nous sommes sur ce point réduits à des hypothèses, puisque nous savons à peine sur quels éléments ils agissent de préférence. Aussi est-il légitime de faire des essais thérapeutiques systématiques, afin de déterminer dans quels cas la radiothérapie est applicable.
Le champ, d’abord restreint, s’est étendu peu à peu. Des résultats obtenus, on a conclu à une possibilité d'action sur d’autres lésions plus ou moins analogues. C’est ainsi que Perthes, de Leipsig, eut l'idée d’appliquer les rayons X au cancer, en constatant qu’un papillome qu’il avait sur la main avait disparu à la suite d’une radiodermite légère. De même SchifF, soignant un nævus pileux par les rayons X dans le but de le détruire, fut surpris de voir les poils se détacher et tomber, et fut ainsi conduit à pratiquer l’épilation par cette méthode.
Les avis ont été très partagés sur les indications de la radiothérapie. Déjà, en 1901, Hahn disait que seuls les cas de lupus étaient justiciables de cette méthode ; il fallait redouter une réaction trop vive si on traitait d’autres dermatoses. SchifF l’appliquait déjà à beaucoup d’affections cutanées et pensait que les processus ulcéreux et profonds des muqueuses, les lésions non susceptibles d'une intervention chirurgicale pouvaient être améliorées par ce procédé.
A la même époque, London, au XIe Congrès des naturalistes
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et médecins russes à Saint-Pétersbourg, déclarait que la radiothérapie avait sur la photothérapie de grands avantages : « L’action de cette dernière est limitée à une petite partie de la surface cutanée et aux couches superficielles de la peau, tandis que les rayons X peuvent exercer leur action sur une plus grande étendue et pénètrent plus facilement dans la profondeur.
Scholtz, dans son travail paru en 1902, indique, sans systématisation aucune, les dermatoses sur lesquelles il a appliqué cette méthode. Ce sont : le lupus vulgaire, le lupus érythémateux, le favus, la trichophytie, la folliculite de la barbe, l’acné vulgaire et rosacée, l’eczéma, le psoriasis, les nœvi, les verrues, le prurigo de Hebra, le prurit, le lichen chronique, le lichen ruber planus, le pemphigus foliacé, la lèpre, le mycosis fongoïde, le carcinome de la peau et l’hypertrichose.
Freund cherche à classer les indications des rayons suivant leurs effets. Pour lui, ils agissent de deux façons : A dose faible, ils produisent une action irritative et modificatrice des éléments cutanés ; à dose élevée, l’action est destructive et peut se localiser à certains éléments. Dans certains cas, les rayons X (comme du reste quelques agents chimiques), en produisant l’irritation des tissus, stimulent les cellules conjonctives et amènent ainsi la production de tissu cicatriciel.
Puis il classe ainsi les affections dans lesquelles cette méthode a eu quelques succès :
1° Les maladies du cuir chevelu, des cheveux et des régions piliaires.Ce chapitre comprend toutes les affections qui atteignent les surfaces cutanées couvertes de poils, affections dans lesquelles l’épilation est nécessaire ; il faut aussi tenir compte d’une action spéciale des rayons X sur les tissus. Ce sont : favus, sycosis parasitaire et non parasitaire, folliculite de la barbe, blépharite, dermatite papillaire du cuir chevelu, trichoptylose, hypertrichose, herpès tonsurant, pelade.
2° Les affections ulcéreuses de la peau. Dans ce groupa
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prennent place les ulcérations non infectieuses de la peau, sur lesquelles les rayons X ont une action stimulante favorable et les ulcérations infectieuses de la peau dans lesquelles, outre l’action stimulante, on recherche la destruction d’éléments histologiques malades, l’arrêt de développement des foyers morbides. Ce sont : le lupus vulgaire, les scrofulodermies, la tuberculose cutanée, l’épithélioma, Valcus rodens. la lèpre, le mycosis fongoïde, les ulcères variqueux et atoniques, le mal perforant, etc.
3° Les dermatoses inflammatoires aiguës et chroniques et les granulomes : eczéma, psoriasis, prurigo, lichen ruber planas, pemphigus, lupus érythémateux, furonculose, acné vulgaire et rosacée. La cause des succès thérapeutiques obtenus dans ce groupe d’affections, par la radiothérapie, n’est pas élucidée. Il pense qu’il faut les attribuer aux effluves électriques qui se dégagent de l’ampoule !
li° Les dermatoses provenant d’altération vasculaire : ncevi vasculaires.
5° Les troubles progressifs de nutrition de la peau : verrues, nœvi pilaires, éléphantiasis.
Pusey, en Amérique, a essayé de fixer les indications de la radiothérapie en se basant sur les propriétés biologiques des rayons de Rontgen.
Les rayons X peuvent produire les effets suivants :
1° Atrophie des annexes de la peau et de la peau ;
2° Destruction des microbes dans les tissus vivants ;
3° Effet sur le métabolisme des tissus ;
/l° Destruction de certains tissus pathologiques ;
5° Action anodine sur la douleur dans les tumeurs malignes, les névralgies, les prurits.
Ils sont donc indiqués dans les affections suivantes :
1° Hypertrichose (teignes, sycosis, favus, etc.), affections du cuir chevelu.
Ablation des ongles.
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Atrophie et diminution d’activité des glandes sébacées (comédon, acné vulgaris, acné rosacéa) ;
2° Destruction des microbes : lupus ;
3° Influencer la nutrition de la peau : eczéma, lupus érythémateux, lichen plan, psoriasis, etc. ;
4° Détruire les tissus de faible résistance : carcinomatose ;
5° Combattre la douleur et le prurit.
Voici, d’autre part, la liste des affections traitées par la radiothérapie, en 1903, par le docteur Joli. -Th. Bowen, à l’hôpital g-énéral de Massachusetts, à Boston :
Epithélioma.
Carcinome sous-cutané.
Kératose sénile.
Lupus vulgaire et lupus verruqueux.
Sarcome.
Folliculite.
Eczéma.
Psoriasis.
Ulcère variqueux.
Acné.
Hypertrichose.
Pelade.
Erythème induré.
Sclérodermie.
Hyperhidrose.
Aïnhum.
Parmi ces affections, la plupart ont paru être favorablement influencées par la radiothérapie. Quelques-unes, comme les trois dernières, n’ont pas été modifiées.
Dans son admirable ouvrage : The Rœntgen Rays in Médecine and Surgery , Williams classe ainsi les affections dans lesquelles les rayons X peuvent être employés :