VI. — Productions nouvelles
Cancers.
Kéloïdes.
Lupus vulgaire.
Lupus érythémateux.
Lèpre.
Mycosis fongoïde.
Goitre et hypertrophie tyroïdienne.
Tuberculose pulmonaire.
Péritonite tuberculeuse chronique.
Adénite.
Tuberculose des sinus.
Ulcérations anciennes.
Maladie de Hodgkin.
Maladie de la cornée.
En France, un des premiers travaux d’ensemble parus sur cette question est l’article de Oudin, dans le Traité de radiologie médicale de Bouchard. L’auteur y passe en revue quelquesunes des maladies sur lesquelles les rayons X ont une action thérapeutique. Ce sont :
INDICATIONS DE LA RADIOTHÉRAPIE
La tuberculose.
Les affections articulaires et osseuses.
Le cancer (cutané de préférence).
L’hypertrichose.
L’acué et la furonculose.
Le lupus vulgaire et le lupus érythémateux.
« J’ai omis sciemment, dit Oudin, de citer, dans ce chapitre de radiothérapie, certaines applications, comme celles qui ont été tentées en oculistique ou pour le traitement d’affections très différentes de celles que j’ai signalées : la pleurésie, les ulcères de l’estomac, voire même les tumeurs cérébrales, les ulcères syphilitiques, les ulcères simples, la calvitie même ont été soumis aux rayons X. Pour tout cela les documents manquent absolument de précision. »
Dans un article paru en octobre 1903, intitulé l’état actuel de la radiothérapie dans les affections cutanées, Leredde prétend que l'on abuse des rayons X, et qu’on les emploie, à tort, dans des affections où ils ne peuvent produire aucune amélioration : « Si l'on veut cesser un instant de faire des rayons de Rôntgen une panacée universelle, et si l’on veut prendre la peine de raisonner et de réfléchir à leur mode d’action, on s’aperçoit que toutes les affections de la peau, inflammatoires et passagères, échappent, en principe, à leurs indications. Leur activité même, la puissance de leur mode d’action, qui en font la méthode la plus énergique dont puisse disposer le dermatologiste, le fait que le traitement n'est pas à la" portée de tous les médecins, et exige une longue expérience, les réservent jusqu’à nouvel ordre au traitement des dermatoses graves, persistantes, ayant résisté aux traitements antérieurs plus simples, ou rebelles, par leur nature à tout autre traitement. »
Il classe les indications de la radiothérapie en trois grands groupes :
« 1° Dans le premier, on se propose d’obtenir une destruction
INDICATIONS DE LA RADIOTHÉRAPIE
des tissus ; on ne craindra donc pas la possibilité d’une ulcération : on la recherchera même; on placera le malade très près de l’ampoule et on fera des séances relativement longues.
« Le type des lésions répondant à ces indications est le cancer cutané, dans ses diverses modalités.
« 2° Dans le second groupe, on se propose non pas la destruction des tissus mais leur modification profonde, la substitution d'un tissu de sclérose cicatriciel à un tissu pathologique. Le type dfjs lésions devant être traitées de la sorte est le lupus. On procédera aux séances avec précaution, de façon à éviter toute réaction trop intense.
« 3° Enfin, dans le troisième groupe, on a pour but de produire, au niveau des téguments, des lésions momentanées, peu importantes, ne modifiant que transitoirement la vitalité des téguments, n’entrainant donc à leur suite aucune cicatrice. Type : traitement de l’hypertrichose : on fera des séances courtes ; le malade sera assez éloigné de l’ampoule. »
Pour cet auteur, les indications des rayons X sont assez restreintes. Les épithéliomes cutanés, le lupus, l’hypertriehose, le favus, la tricophytie, les nœvi, sont les seules affections cutanées dans lesquelles on peut employer cette nouvelle méthode... et encore souvent les résultats ne sont pas probants.
Toutes ces classifications sont nécessairement mauvaises; aucune d’elles n’est basée sur des données indiscutables ; quelques-unes sont incomplètes ; d’autres réunissent ensemble des maladies bien différentes. -
Ainsi, la dernière, celle de Leredde, la moins mauvaise parce qu’elle est la plus vague, range dans le même groupe l’hypertrichose, l’eczéma, le nœvus, etc., affections sur lesquelles la radiothérapie ne produit pas les mêmes effets et ne doit pas être appliquée de façon identique.
Dans la première catégorie prennent place les lésions dans lesquelles on recherche la destruction des tissus, l’ulcération, etc.;
INDICATIONS DE LA RADIOTHÉRAPIE
mais dans le traitement de l’épithéliome cutané, l’ulcération n’est qu’un accident et il est rarement nécessaire d’en arriver là.
Il est plus sage, tant que nous ne connaîtrons pas mieux le mécanisme de l’action des rayons X, d’établir leurs indications en se basant sur les faits acquis.
Tel paraît être l’avis de notre maître, le docteur Béclère. On pourrait alors diviser en deux grandes classes les affections cutanées : celles dans lesquelles les effets physiologiques connus des rayons de Rôntgen pouvaient permettre de prévoiries effets obtenus ; et celles dans lesquelles la théorie ne permettait pas de prévoir l’action spéciale de ce nouvel agent.
Les effets physiologiques connus, ce sont les modifications que subit la peau saine exposée aux rayons X, c’est-à-dire : rubéfaction, épilation, vésiculation, ulcération, escharification. Les affections dans lesquelles on cherchera à obtenir une de ces réactions constitueront la première catégorie. En réalité, cette première classe doit surtout comprendre les maladies du système pileux. On peut rechercher l’épilation pour deux motifs : lésion du cheveu, ou trop grand développement du système pileux. L’hypertrichose, la tricophytie, le sycosis, etc., et toutes les affections parasitaires des poils appartiennent donc à cette catégorie.
Dans la seconde classe prennent place toutes les affections dans lesquelles les effets obtenus furent une surprise de l’expérience, sans qu’il soit possible de faire entrer ces effets dans les phénomènes précédemment connus.
Ainsi, Freund a employé la radiothérapie contre le sycosis, parce qu’il connaissait la propriété épilante des rayons X ; tandis que les premiers résultats favorables obtenus sur l'épithélioma, par exemple, ne pouvaient en aucune façon être théoriquement prévus.
On peut objecter à cette division de ne pas constituer une classification. Si nous ne connaissons pas le mécanisme intime
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de l’action des rayons X sur certaines lésions, nous savons cependant qu’ils ont une action élective sur les tissus pathologiques. Maison remarquera que cette électivité ne s’adresse pas à tous les tissus pathologiques ; c’est ainsi que certaines formes de néoplasme ne semblent pas être influencées par la radiothérapie.
Il est plus logique, dans l’état actuel de la science, de ne pas chercher à baser une classification sur des hypothèses plus ou moins vraisemblables. Nous savons que les rayons X ont une action favorable sur certaines affections. Pourquoi ? Nous l’ignorons totalement. N’en est-il pas souvent de même en thérapeutique ?
Les rayons de Rôntgen constituent un agent thérapeutique puissant, encore imparfaitement connu, difficile à manier, et qui réclame de la part de ceux qui s’en servent beaucoup de doigté et de prudence. Il faut toujours proportionner les risques à la difficulté du but que l’on se propose d’atteindre. Ainsi, il serait ridicule d’appliquer la radiothérapie à tous les cas d’eczéma, de psoriasis, d’hypertrichose, d’ulcère variqueux, de carcinome, etc. C’est en agissant de la sorte que l'on porte préjudice à une méthode cependant digne d’intérêt. Les rayons X doivent être réservés aux affections rebelles, à celles dans lesquelles les autres procédés thérapeutiques donnent des résultats inconstants, parfois même des insuccès. Que l’on traite de cette façon la plupart des épithéliomas cutanés, cela est tout à fait légitime, à cause de l’incertitude des autres méthodes et surtout de la beauté des cicatrices consécutives à la radiothérapie. Les teignes favus, etc., relèvent aussi de cette méthode, qui seule assure une épilation complète et rapide. Mais dans l’eczéma, le psoriasis, etc., il faut d’abord s’adresser aux agents thérapeutiques médicaux, en changer la nature, en poursuivre l’emploi ; en un mot, faire le traitement habituel de ces affections. Ce n’est que dans les formes graves, récidivantes, alors que toutes les
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méthodes ont échoué, qu’il est légitime d'essayer la radiothérapie : souvent elle produira l’amélioration et la guérison, parfois aussi les lésions resteront stationnaires ou s’aggraveront.
Et ce fait nous amène à recommander au praticien qui s’engagera dans cette nouvelle voie un excès de prudence. Cette prudence ne devra pas être une prudence craintive, mais une sage prudence ! Il faudra d’abord et avant tout connaître à fond la technique instrumentale et employer, comme le dit Béclère, des mesures exactes. Sans cela, on vogue dans l’incertain et on court à la catastrophe. Puis, il faudra agir doucement, par doses modérées. Si on hésite sur la sensibilité de la peau du sujet, on tâte sa susceptibilité par un petit traitement d’essai, ainsi que l’ont conseillé Schiff, Freund et bien d’autres. Peu à peu ou s’habituera à manier cette nouvelle forme de l’énergie, et à en distribuer la dose convenable aux diverses lésions que l’on aura à traiter.
Si l’on a des insuccès, il ne faudra pas trop s'en étonner ; on les notera consciencieusement et on en recherchera la cause. Parfois ils seront imputables à une technique défectueuse ; le plus souvent, il faudra les attribuer à la nature même de la lésion, objectivement semblable à d’autres guéries par la même méthode, mais en réalité différente par sa constitution intime et par le terrain sur lequel elle s’est développée.
De cet ensemble de constatations jaillira la lumière, et ainsi, peu à peu, on fixera avec exactitude les indications précises de la radiothérapie.
Nous allons, dans la troisième partie de cette ouvrage (partie clinique), passer en revue les affections cutanées dans lesquelles la radiothérapie a été employée avec succès. Chemin faisant, nous indiquerons les résultats thérapeutiques que nous avons obtenus, en y joignant le détail de quelques-unes de nos observations ; quelques photographies rendront les résultats plus évidents.