‹ La Radiotherapie son application aux affections cutaneesChapitre 50 sur 94 · LICHEN PLAN — LICHEN CORNÉ · texte numérisé non relu

LICHEN PLAN — LICHEN CORNÉ

cornées, de couleur grisâtre, d’aspect stratifié, et qui semblaient prêtes à se détacher.

Quelques jours plus tard, elles tombaient, et à la place des grosses papules anciennes, la peau était souple, légèrement rosée, et présentait de petits orifices punctiformes, qui ont disparu dans la suite.

Sur d’autres éléments, où la dose fut moins élevée, il fallut faire une seconde séance au bout de 15 à 20 jours, pour compléter la omérison.

11 semble donc que la radiothérapie agisse favorablement sur le lichen ruber planus et sur le lichen corné. Mais loin de nous l’idée d’en faire la méthode habituelle de traitement de cette affection. Dans certains cas de lichen plan, les médications les plus simples, les douches par exemple, conduisent rapidement à le guérison ; mais parfois aussi cette affection est rebelle à toute thérapeutique ; dans ce cas, on a le droit d’essayer la radiothérapie, à condition que les éléments soient suffisamment groupés pour rendre le traitement praticable.

Dans le lichen corné, aucune autre méthode ne nous semble donner de résultats aussi complets et aussi rapides que la radiothérapie.

Obs. I. — Mme C..., 33 ans. — La malade présente un certain nombre d’éléments de lichen plan, disséminés sur le corps. Les démangeaisons sont très vives. On traite certains éléments par la pommade, d'autres par les rayons X. Ces rayons correspondent au n° 4 ou 5.

Du 7 au 19 mars 1904, elle a subi 5 applications sur des points différents, avec dose moyenne de 4 H par irradiation.

“23. — Les éléments traités le 7 sont modifiés: le prurit s'est calmé, l’aspect objectif n’est plus le même ; on fait une séance sur quelques papules très prurigineuses situées sur la face externe de la cuisse droite. 3 H.

5 avril. — Tous les éléments traités sont disparus ; mais ceux soignés par les pommades sont aussi en régression.

27. — La malade revient nous voir, avec une légère radiodermite sur la région traitée le 5 avril. Les éléments traités par les rayons X, et guéris,

BLLOT.

DERMATOSES PRURIGINEUSES

n’ont pas récidivé. La radiodermite est traitée par la pâte épaisse de zinc.

27 mai. — Tout est rentré dans l’ordre ; mais quelques éléments guéris ont récidivé.

Obs. II. — M. B. T,... — Lichen plan confluent , très intiltré et très rouge. Elle a reçu 5 applications (rayons n° 5) avec dose moyenne de

5 H par séance et par région. Leprurit a cessé, les éléments traités sont en régression, et quelques-uns ont totalement disparu.

Comme la lésion était très étendue, la malade est toujours en traitement.

Obs. III. — Mme G..., 40 ans. — Lichen corné. La lésion a débuté il y a

6 ou 7 ans. Aujourd’hui, la malade présente sur la jambe gauche un certain nombre de gros éléments papillomateux, cornés et de volume variable. Ils sont groupés en deux endroits. Trois sont situés sur le tiers inférieur de la jambe; 4 ou 3 sur le tiers supérieur. Le tout s’accompagne de violentes démangeaisons.

On traite chaque groupe séparément, en prenant soin de ne laisser agir les rayons que sur les papillomes eux-mêmes.

45 el 16 mars. — Une séance chaque jour (en tout 2 séances) sur les lésions du bas de la jambe. Dose totale, 10 II avec des rayons n° 6.

31. — Disparition complète du prurit. Quelques légères sensations douloureuses.

Dose de 10 H sur les éléments du tiers supérieur de la jambe.

20 avril. — 11 n’y a plus de prurit nulle part. Les lésions du bas de la jambe sont modifiées; on y voit de grosses croûtes cornées, de couleur grisâtre, d’aspect stratifié, qui semblent prêtes à se détacher. Celles du tiers supérieur sont également recouvertes de squames dures, mais moins épaisses.

La peau avoisinante est pigmentée.

On fait une séance avec dose de 4 H sur les éléments de la région inférieure de la jambe.

5 mai. — Les croùtelles et squames des éléments du bas de la jambe commencent à tomber.

14. — Les éléments de la région inférieure sont tombés ; ils ont laissé à leur place une peau cicatricielle rosée, présentant de fines ponctuations. Les éléments de la région supérieure sooten régression. On fait sur eux une séance avec dose de 3 H.

30. — Tous les éléments paraissent guéris. On voit la place qu’ils occupaient jadis par l’aspect cicatriciel de la peau.

On fait néanmoins une petite séance (dose de 4 H) pour prévenir la récidive.

ECZÉMA

ECZÉMA

On pourra s’étonner de trouver cette affection à la suite des névrodermites, des lichens et des prurigos, mais l’action vraisemblablement analogue des rayons de Rüntgen dans toutes ■ces affections nous autorise à adopter ce classement.

Hahn et Albers Schônberg semblent avoir été les premiers qui eurent l’idée de traiter, par les rayons X, l’eczéma dans ses différentes formes.

Après un petit nombre de séances, ils constatèrent la cessation du suintement et du prurit, la desquamation et la dessiccation de la peau. Après avoir traité, ensemble, ï!\ cas d’eczéma aigu ou chronique, ils ont formulé les conclusions suivantes :

« Dans l’eczéma accompagné d’exsudation, ce phénomène morbide disparait après 1 à 4 séances, et ne réparait pas.

« Dans l'eczéma prurigineux, les démangeaisons cessent souvent après une seule application.

« Sur l’eczéma sec, l’influence des rayons X est remarquable.

« En général, après la quatrième séance, il se produit un changement notable. Les placards, qui étaient secs, perdent cette apparence. Leur surface devient unie ; elle rougit un peu, mais les squames et croùtelles tombent et ne se reforment pas. »

Sjôgren et Sederholm ont eu de bons résultats dans les affections suintantes et lichénifiées. Le succès fut surtout frappant dans les cas où existaient de l’infiltration et des épaississements partiels du derme.

Sur 20 cas traités par Gron, 1 1 peuvent être considérés comme guéris.

Souvent, dit Scholtz, l’eczéma est favorablement influencé par la radiothérapie. Il a constaté la disparition du prurit, après quelques séances, chez tous les malades soumis à ce traitement. Dans 3 cas d'eczéma très tenace, ayant déjà récidivé

DERMATOSES PRURIGINEUSES

plusieurs fois, l’état objectif s’est amélioré d’une façon frappante. Le suintement a diminué, ainsi que la desquamation ; la rougeur elle-même a rétrocédé. Pour s’assurer de l’action réelle des rayons X sur cette dermatose, ses essais ont porté sur des cas d’eczéma symétrique. Un des côtés était irradié et ne recevait aucune autre médication ; sur l’autre côté, on appliquait les topiques habituels. La guérison fut beaucoup plus rapide sur le côté irradié. Aussi recommande-t-il la radiothérapie dans les cas d’eczéma tenace, sans pouvoir cependant se prononcer sur la sûreté de la méthode et sur l'absence des récidives.

Williams a obtenu quelques succès. Il fait des expositions de 5 minutes, tous les deux jours et parfois tous les jours.

Les expériences de Freund lui permettent de confirmer les idées de Hahn et d’Albers Schônberg.

Gi’unmach, Y. Ziemssen. Jutassy, Sharpe, Payne, Scliiff, Bowen, Pusey, Williams L. Heeve ont obtenu des résultats analogues.

Il est probable, ainsi que l’a dit Pusey, que les rayons X agissent sur cette dermatose, en stimulant la bio-activité de la peau.

En plus, l'irritation locale que produit cet agent peut être comparée à celle que l’on obtient par les procédés médicaux, et l'on sait que, dans certains cas, l’amélioration ne survient qu’en irritant et en calmant successivement la peau malade.

Nous avons obtenu quelques guérisons locales complètes par ce procédé. La plupart de nos malades sont encore en traitement, mais les éléments guéris n’ont pas récidivé. Il s’agissait surtout de placards d’eczéma suintant, peu enflammé. Il est certain que des irradiations modérées ont fait disparaître le prurit. Le suintement diminue également assez AÛte ; l’infiltration devient moins profonde et finit même par disparaître. Puis, peu à peu, la peau reprend son aspect normal, et présente toutes les apparences de la guérison.

ECZÉMA

En général, nous avons fait absorber, à chaque placard, une quantité égale à 3 ou 4 unités H ; mais il est évident que cette dose doit être modifiée suivant l’état de la lésion.

Certains auteurs ont dit que ces résultats ne signifiaient rien. Pour eux, c’est l’état général qu’il faut modifier, et tant que ce résultat n’aura pas été obtenu, les poussées locales se reproduiront. Nous sommes tout à fait de cet avis; mais rien n’empêche d’agir en même temps sur l’état général. La radiqthérapie n’a pas la prétention de remplacer le régime et l’hygiène ! Elle agit comme les topiques locaux, et nier son utilité, c’est nier en même temps l’utilité des pommades, des emplâtres et des colles !

Ce qui en fait un agent précieux, c’est que cette méthode donne des résultats dans certaines formes rebelles à toute autre médication locale.

C’est dans ces cas chroniques, rebelles, récidivants, que, judicieusement employée, elle permettra d’obtenir de bons résultats.

Enfin, nous ne croyons pas que son usage soit légitime dans les eczémas aigus en poussée, facilement irritables. Il faudra d’abord calmer l’irritation, et essayer les autres méthodes.

Obs. I. — Mme II..., 51 ans. — La malade présente un certain nombre de placards d’eczéma suitant avec inliltra tion du derme. Les lésions sont très prurigineuses. On y voit de petites croùtelles consécutives au grattage. La plupart des éléments existent depuis 5 ou b ans.

Du 11 février 1904 au 17 mai. — La malade a reçu 8 séances sur des points différents avec doses moyennes de 4 à 6 H, suivant l’état de la peau et l’épaisseur de l’infiltration (rayons n° 5). Les démangeaisons ont disparu rapidement; les croùtelles sont tombées, le suintement, d’abord exagéré, s’est tari, l'infiltration a fini par disparaître et aujourd’hui la plupart des points traités sont objectivement guéris.

Trois autres malades sont très améliorés ; mais ils sont encore en traitement.

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