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CHAPITRE Y

LES RAYONS X COMME ANALGÉSIQUE

Il est certain que les rayons X ont la propriété de calmer la

douleur, lorsqu’ils sont absorbés par un organe douloureux. On sait que les cancéreux voient souvent leurs douleurs s’atténuer rapidement et même disparaître totalement, à la suite des premières applications radiothérapiques faites pour agir sur leur néoplasme. L’accord est presque unanime sur ce point, entre les différents auteurs qui se sont occupés de cette question.

En 1903, au congrès d’Angers, Guilleminot, Weil et Bloch, etc., ont rapporté des observations concluantes. Nousmême, nous avons presque toujours vu la douleur s’atténuer,, même dans les cas de cancers graves, étendus, inopérables, sur lesquels, du reste, la cessation de la douleur fut la seule modification que l’on put constater. Ce fait est important et constitue par lui seul une nouvelle indication de la méthode.

L’accalmie des phénomènes douloureux commence, en général, le soir même de l’application (si celle-ci a été quelque peu active) ou le lendemain. La durée de cette période de bien-être est excessivement variable suivant les sujets ; mais lorsque la douleur reprend son acuité, une nouvelle application modérée réussit, en général, à en atténuer de nouveau la violence. Nous ne pouvons pas dire pendant combien de temps le traitement sera efficace, et si, à la longue, le malade ne finira pas par ne plus

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être soulagé. Mais tout nous porte à croire que l’accoutumance ne doit pas être la règle, car les tissus deviennent de plus en plus sensibles aux rayons X, à mesure qu’ils sont exposés à cet agent.

Nous pouvons citer le cas d'un homme atteint d’un épithélioma de l’oreille, avec envahissement de l’apophyse mastoïde et des plans profonds, qui fut envoyé à Broca par M. le docteur Lermoyez. Cet individu était inopérable, et éprouvait des douleurs épouvantables dans l’oreille atteinte : il ne pouvait dormir et était désespéré. Sur les indications de M. Brocq, nous le traitâmes pour agir sur le néoplasme lui-même, et particulièrement sur une ulcération située sur le pavillon de l'oreille. La dose absorbée fut d’environ 5 à 6 H. Le lendemain, le malade nous dit qu’il avait passé une meilleure nuit : nous lui faisons une nouvelle séance, pour atteindre la quantité choisie, 10 H, et durant 2 à 3 jours, il ne ressentit qu’une douleur légère et très supportable; le sommeil fut possible la nuit. Ces phénomènes se sont, du reste, reproduits de la même façon, chaque fois que nous lui avons fait de nouvelles applications. Il est probable que, dans ces cas, il serait préférable de fractionner les doses, de façon à pouvoir les répéter souvent ; car il semble qu’une quantité peu élevée, 3 à !\ H, suffit à produire une diminution de la douleur.

Une statistique récente, établie par Skinner, semble indiquer que l’action analgésiante est moins certaine sur les tumeurs profondes que sur les cancers superficiels. Elle nous a paru être la règle pour les épithéliomes superficiels et sur les tumeurs profondes, Skinner a obtenu :

Soulagement permanent des douleurs dans 14 cas

Soulagement temporaire 2 —

Soulagement partiel 8 —

Aucun soulagement 14 —

Cas sans douleur

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Mais cette propriété analgésique a été aussi utilisée avec succès contre d’autres phénomènes douloureux.

Freund raconte que Grunmach, en 1899, eut des résultats encourageants dans plusieurs cas de névralgie et de rhumatisme articulaire.

Stembo, sur 28 cas de névralgie traités par cette méthode, obtint 21 guérisons. La durée des séances varia de 3 à 10 minutes et leur nombre de 3 à 10.

Freund vit survenir une notable diminution de la douleur chez un homme atteint d’une grave névralgie du trijumeau ; il n’était pas soulagé par les piqûres de morphine. Un autre cas fut réfractaire.

Y. Allen et Bondurant ont obtenu de bons résultats ainsi que Hildebrand. Ce dernier préfère les tubes durs. Dans un cas de névralgie du trijumeau traité par Gocht, l’amélioration fut rapide, mais au bout d’un certain temps la douleur reparut.

William Sweet, de Philadelphie, a constaté une action spéciale des rayons X sur les éléments nerveux. D’après lui, la peau qui a été exposée pendant un certain temps à une puissante ampoule perd une partie de sa sensibilité, au point qu’on peut faire des interventions superficielles sans que le malade ressente de fortes douleurs. Dans nos expériences, nous n’avons jamais remarqué ce phénomène.

Il paraît démontré que l’action analgésiante des rayons X existe en dehors du traitement du cancer et qu’elle peut rendre des services dans certaines affections. Nous nous souvenons d’un tabétique, qui présentait une plaque d’hypéresthésie cutanée. Quelques légères irradiations amenèrent une diminution notable de la douleur. Plusieurs cas de névralgie furent également soulagés, et Bisserié a signalé ces faits à l’une des dernières réunions de la Société de dermatologie.

S’agit-il là d’un phénomène d’ordre psychique, ainsi que l’ont prétendu quelques auteurs ? Cette opinion ne paraît guère sou-

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tenable. Dans les cas de cancer, se produit-il un peu de décompression des filets nerveux, ou ceux-ci sont-ils directement influencés ?

L’avenir nous renseignera peut-être sur ce point ; mais, pour le moment, il faut nous contenter d’enregistrer les résultats sans pouvoir en établir la pathogénie.

En tout cas, la radiothérapie constitue une méthode de traitement facile à essayer contre les phénomènes douloureux rebelles; si elle ne donne pas de résultat favorable, elle ne présente aucun danger. Les doses devront osciller entre h et 6 H au maximum. La pénétration des rayons devra être proportionnée à la situation des points douloureux.

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